Extrait S.E. 2, section 10, Commune 8, Terrain 4E. À la fin de l'été, Line lui apprit qu'elle était enceinte de deux mois. Encore une bouche à nourrir. Et puis, dit-elle, elle était trop vieille à quarante-trois ans. Il aurait une tête comme un melon, dit-elle, ou un bec-de-lièvre, ou il serait infirme car Dieu devait être en colère après eux, après tout, voyez ce qui leur était déjà arrivé cette année. Au printemps, la maladie du charbon avait emporté tout leur troupeau, à l'exception d'une vache et de son veau. A la même époque, Virgil, leur unique fils de seize ans, un garçon débordant d'ambition, s'était enfui pour aller chercher de l'or et de la pyrite en Californie. La grêle de juillet avait détruit leur blé et en août, alors que le maïs sortait de terre, deux semaines d'un vent venu tout droit de l'enfer en avaient brûlé tant qu'une fois l'automne venu ils avaient décroché les maigres petits épis à la main avant de les décortiquer plutôt que de s'embarrasser à les porter jusqu'au moulin. Huit hectares de blé anéantis et douze de maïs. Des récoltes pour subvenir à leurs besoins. Dieu faisait la pluie et le beau temps, disait Vester. C'était le mois de mars, à présent, et Line continua à lister leurs malheurs comme un enfant récite un poème, et il l'écouta jusqu'au bout car elle parlait peu, ces derniers temps, et cela la soulagerait peut-être. Avant les premières neiges, quand ils avaient compris qu'il serait trop compliqué de se nourrir pendant l'hiver, ils avaient envoyé Loney, leur aînée, à vingt kilomètres pour trimer au service d'une famille bien mieux lotie. Pour le gîte dans un lit partagé à trois et le couvert, la pauvre enfant. Un de leurs boeufs avait attrapé le varron, des vers lui grouillaient sous la peau. On pouvait entailler une boursouflure et tuer les vers en les aspergeant d'huile de charbon si l'on possédait de l'huile de charbon. Au lieu de quoi, les vers dévoreraient le boeuf jusqu'à l'âme, Line en était certaine, et une fois le printemps arrivé, on lui passerait le joug et il tomberait raide mort au beau milieu du champ, le pauvre animal. Et pour finir, cet hiver infernal. Avaient-ils tant péché ? Il faisait si froid qu'ils étaient arrivés à court de bois et d'épis de maïs dès la fin janvier, et qu'ils avaient dû se chauffer et cuisiner avec leurs réserves de foin. À deux reprises, alors que la température était tombée à -40 °C, ils avaient dû faire rentrer les deux cochons dans la maison la nuit pour éviter qu'ils ne meurent de froid, mais ils les avaient oubliés un soir et une meute de loups les avaient dévorés jusqu'aux os. Les blizzards étaient si violents que l'on ne voyait pas à plus de dix mètres de la porte. Il leur fallait tendre une corde de la porte à l'étable, puis une deuxième vers les toilettes extérieures pour ne pas se perdre. Le révérend Dowd leur avait rendu visite en janvier, durant un court dégel, tout comme Mary Bee qui était venue depuis ses terres, en février, pour leur apporter à manger. À l'exception de ces deux-là - le pasteur itinérant et leur plus proche voisine -, la famille n'avait posé les yeux sur aucun autre être humain en cinq mois. La neige rendait l'école-église inaccessible, personne ne hurlait jamais un salut cordial et ils se languissaient d'entendre l'archet courir sur un violon. Père, mère et les trois filles frissonnaient, ils étaient malades et buvaient dans la même louche. Et un bébé, à présent, conclut Line. Vester avait quarante-quatre ans. Il posa la main sur le ventre de sa femme et lui dit que le bébé n'était pas de sa faute. L'homme avait des besoins, dit-il, et le Seigneur avait créé la femme pour les assouvir.
Au tournant du XXe siècle, John Bernard Books est l'un des derniers survivants de la conquête de l'Ouest. Après des années passées à affronter les plus grandes gâchettes du Far West, il apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable : il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Les vautours se rassemblent pour assister au spectacle de sa mort, parmi lesquels un joueur, un voleur de bétail, un pasteur, un croque-mort, une de ses anciennes maîtresses, et même un jeune admirateur. Mais Books refuse de disparaître sans un dernier coup d'éclat et décide d'écrire lui-même l'ultime chapitre de sa propre légende. À l'instar de Larry McMurtry avec Lonesome Dove, Glendon Swarthout signe avec Le Tireur un western incontournable.
Ils sont six adolescents à s'être rencontrés dans ce camp de vacances en plein coeur de l'Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d'eux cet été-là, et ils ont décidé d'endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air pour qu'ils deviennent de "vrais cow-boys". Au sein du camp, ces enfants se sont trouvés, unis par le fait que personne ne voulait rien avoir à faire avec eux. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier qu'ils valent quelque chose. Et ils iront jusqu'au bout de leur projet, quel que soit le prix à payer.
Résumé : En mars 1916, une troupe de cavalerie sous le commandement du chef révolutionnaire mexicain Pancho Villa franchit la frontière des Etats-Unis, attaqua la ville de Colombus, dans le Nouveau Mexique, tua quelques hommes, militaires et civils. En représailles, le président Wilson ordonna une expédition punitive contre le Mexique. Elle fut commandée par le général Pershing, dura onze mois et détruisit les forces de Villa, sans toutefois pouvoir se saisir du général mexicain. Tel est le contexte historique où prend place l'histoire du major Thorn et des cinq hommes proposés pour la Médaille d'Honneur, qu'il a reçu mission d'escorter à travers le désert de Chihuahua jusqu'à Cordura. Une femme, espionne présumée, fait partie de la troupe, et sa présence est l'occasion de conflits qui ne font qu'accroître les conditions périlleuses du voyage. Or le major Thorn a eu une conduite déplorable au cours d'un combat ; c'est un lâche, et il le sait. Il y a donc un paradoxe à ce que ce soit lui qui ait été chargé de conduire les cinq héros en lieu sûr. Le sujet de ce très beau roman n'est autre que le drame d'un lâche qui s'interroge sur le courage. Fasciné par les hommes qu'il conduit, Thorn leur voue une sorte de culte. Ils se conduisent brutalement, presque bestialement tout le long de la route, obsédés par la faim, la soif, la luxure, la fièvre et la peur. Il ne s'en sent pas moins le devoir de les conduire sains et saufs à Cordura, où ils recevront la récompense promise pour leur conduite magnifique. Thorn remplit sa mission, mais lui-même n'atteindra pas Cordura. Ce roman d'aventure, qui est aussi une admirable étude psychologique, a connu aux Etats-Unis un immense succès et fait l'objet d'un film important.
Dans le sud du désert de Mojave, Dan et Tamma traversent leur dernière année de lycée comme on aborde une voie d'escalade, entre appréhension et excitation. Dan est un garçon prodige et discret, Tamma, une fille bavarde et intrépide. Inséparables, ils passent leur temps à escalader des rochers durant les froides nuits du désert. C'est là qu'est né leur rêve commun, leur désir d'aventure. Mais à mesure que l'année avance, ils se heurtent aux réalités du monde adulte. Leurs différences de milieu social, de talent et d'ambition ne peuvent plus être balayées d'un rire ou d'un serment. Un choix se profile, inévitable : rester fidèles à eux-mêmes, ou céder aux exigences du monde. Chacun devra, quoi qu'il en coûte, tracer sa propre voie. Après My Absolute Darling, le deuxième roman de Gabriel Tallent est une histoire lumineuse et pleine d'adrénaline sur le pouvoir rédempteur de l'amitié et l'importance de savoir tout risquer pour changer sa vie.
Arc et Daffy sont nées à une minute d'intervalle. Unies par leur indomptable chevelure rousse et une imagination fertile, les deux soeurs sont inséparables. Pourtant, irrémédiablement engluées dans les ténèbres familiales, elles ne peuvent échapper aux fantômes qui les hantent. Adulte, Arc lutte toujours avec ses souvenirs lorsqu'on découvre le corps d'une femme noyée dans la rivière. Bientôt, les cadavres s'accumulent. Arc devra peu à peu se rendre à l'évidence : tenir la promesse qu'elle a faite à Daffy de les protéger des puissants remous du "côté sauvage" de l'existence se révèle impossible.
Une minute. Pas une seconde de plus. C'est le temps dont dispose la proie d'un assassin sadique pour prendre une terrible décision : choisir entre deux êtres les plus chers lequel vivra et lequel mourra. Impuissante à trouver le criminel, la police fait appel à Marzio Montecristo, le patron d'une petite librairie de Cagliari spécialisée dans le polar. C'est également le quartier général d'un étonnant club de lecture : "les enquêteurs du mardi", une poignée de super-experts qui, un an plus tôt, ont aidé la police à résoudre une affaire particulièrement complexe. Les enquêteurs du mardi parviendront-ils à élucider ce nouveau mystère ?
En 1845, Henry David Thoreau part vivre dans une cabane construite de ses propres mains, au bord de l'étang de Walden, dans le Massachusetts. Là, au fond des bois, il mène pendant deux ans une vie frugale et autosuffisante, qui lui laisse tout loisir de méditer sur le sens de l'existence, la société et le rapport des êtres humains à la Nature. Une réflexion sereine qui montre qu'il faut s'abstraire du monde et de ses désirs pour devenir réellement soi-même. Walden est un monument de l'histoire littéraire américaine à l'immense postérité.
Un véritable coup de cœur ! L’intrigue est admirablement construite. L’auteur distille savamment les informations à travers ses 4 narrateurs en jouant avec les nerfs du lecteur. Il le laisse découvrir les personnages, s’y attacher, pour mieux le surprendre en révélant certains pans dérangeants de leur passé. Il questionne les limites de sentiments tels que l’empathie, l’amour, le pardon ; au grand dam du lecteur qui ne sait plus quoi penser et ne se reconnait plus.
Dans le sud du désert de Mojave, Dan et Tamma traversent leur dernière année de lycée comme on aborde une voie d'escalade, entre appréhension et excitation. Dan est un garçon prodige et discret, Tamma, une fille bavarde et intrépide. Inséparables, ils passent leur temps à escalader des rochers durant les froides nuits du désert. C'est là qu'est né leur rêve commun, leur désir d'aventure. Mais à mesure que l'année avance, ils se heurtent aux réalités du monde adulte. Leurs différences de milieu social, de talent et d'ambition ne peuvent plus être balayées d'un rire ou d'un serment. Un choix se profile, inévitable : rester fidèles à eux-mêmes, ou céder aux exigences du monde. Chacun devra, quoi qu'il en coûte, tracer sa propre voie. Après My Absolute Darling, le deuxième roman de Gabriel Tallent est une histoire lumineuse et pleine d'adrénaline sur le pouvoir rédempteur de l'amitié et l'importance de savoir tout risquer pour changer sa vie.
Le richissime Philip Brooke vient de mourir, laissant derrière lui un patrimoine grandiose : le plus beau manoir du Sussex, datant du XVIII ? siècle et comprenant pas moins d'une vingtaine de chambres, entouré d'un domaine luxuriant de centaines d'hectares. Mari volage et père absent, il n'est regretté ni de sa femme ni de ses trois enfants. En revanche, sa vaste fortune déclenche des conflits galopants dans la famille car chacun veut mettre la main sur cette succession hors norme. Le clan Brooke réussira-t-il à ne pas voler en éclats avant le jour de l'enterrement ? Drame familial haut en couleur et en tensions, Nos héritages nous plonge dans les arcanes fascinants d'une famille d'aristocrates britanniques tiraillée par l'argent et les secrets du passé. Anna Hope signe ici son grand retour au roman, qui comblera les lecteurs de Nos espérances.
Ces gamins blancs, Huck et Tom, m'observaient. Ils imaginaient toujours des jeux dans lesquels j'étais soit le méchant soit une proie, mais à coup sûr leur jouet. [... ] On gagne toujours à donner aux Blancs ce qu'ils veulent". Qui est James ? Le jeune esclave illettré qui a fui la plantation ? Ou cet homme cultivé et plein d'humour qui se joue des Blancs ? Percival Everett transforme le personnage de Jim créé par Mark Twain, dans son roman Huckleberry Finn , en un héros inoubliable. James prétend souvent ne rien savoir, ne rien comprendre ; en réalité, il maîtrise la langue et la pensée comme personne. Ce grand roman d'aventures, porté par les flots tourmentés du Mississippi, pose un regard incisif entièrement neuf sur la question du racisme. Mais James est surtout l'histoire déchirante d'un homme qui tente de choisir son destin. Percival Everett est l'auteur d'une vingtaine de romans, de plusieurs recueils de nouvelles, de poésie et d'essais. James a reçu en 2024 le National Book Award et connaît un immense succès dans le monde entier. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut