Extrait de l'introduction de Pascal DenécheauGuide d'écouteC'est avec Hippolyte et Aride que Rameau, alors âgé de cinquante ans, débuta sa carrière de compositeur de musique dramatique. Sans doute nourrissait-il depuis plusieurs années le projet d'écrire un opéra pour la scène de l'Académie royale de musique. C'était le but ultime à atteindre, le couronnement d'une carrière; s'il réussissait, le musicien entrait alors dans le cercle restreint des compositeurs d'opéras et son nom côtoierait les illustres Lully, Campra et Marais.À la recherche d'un livret...La principale difficulté que Rameau eut à surmonter fut de convaincre l'un des librettistes en vogue à cette époque de lui écrire les paroles d'un opéra. Rameau n'était alors connu que par son Traité de l'harmonie, ses pièces de clavecins, ses motets et ses cantates, et par quelques pièces comiques pour le théâtre de la Foire. L'auteur qui acceptait d'accéder à la demande d'un compositeur novice en matière d'opéra, tel que Rameau, prenait le risque de voir son travail non rémunéré si l'ouvrage était refusé par les directeurs de l'Académie royale de musique ou chutait après les premières représentations.Après une tentative infructueuse auprès d'Antoine Houdarde La Motte en 1727, Rameau se tourna vers l'abbé Simon-Joseph Pellegrin qui venait de remporter un immense succès avec son opéra biblique Jephté (musique de Michel Pignolet de Montéclair). C'est vraisemblablement grâce à l'entremise du mécène et richissime fermier général La Poplinière, que le compositeur finit par obtenir du librettiste l'ouvrage tant espéré. Pellegrin exigea cependant une avance de cinq cents livres sur ses émoluments dans le cas où l'opéra n'aurait aucun succès. Lors d'une répétition du premier acte & Hippolyte et Aricie, l'abbé touché par la beauté de la musique, aurait déchiré la reconnaissance de dette que Rameau lui avait faite en déclarant «qu'un pareil musicien n'avait pas besoin de caution». Malgré cette marque d'admiration de la part du librettiste, Hippolyte et Aricie demeurera l'unique ouvrage issu de la collaboration de Pellegrin et Rameau.Dès qu'il eut dans les mains le texte de Pellegrin, Rameau s'empressa de le mettre en musique, appliquant les principes musicaux qu'il avait exposés dix ans auparavant dans ses écrits théoriques. Bien qu'Hippolyte et Aricie soit son premier opéra, le compositeur fait preuve d'une totale maîtrise; il produit un récitatif de grande qualité, à la fois souple et parfaitement adapté à la déclamation. Il met sa science musicale au service de la dramaturgie, émaillant son discours d'harmonies audacieuses qui soulignent les émotions des personnages et touchent en même temps l'auditeur. Ses choeurs sont extrêmement travaillés, tant du point de vue contrapuntique que formel et ses pièces symphoniques au fort pouvoir évocateur traduisent en musique orages, tempêtes et mouvements des flots.Dans la préface du livret, Pellegrin déclare s'être inspiré de la tragédie Hippolyte de Sénèque ainsi que de la Phèdre de Racine. C'est à ce dernier qu'il emprunte l'invention du personnage d'Aricie. Mais, contrairement à ses prédécesseurs qui font mourir tragiquement Hippolyte, Pellegrin est contraint de donner à sa tragédie une fin beaucoup plus heureuse, plus à même de plaire au public de l'Opéra. Pour sauver le jeune homme, le librettiste a recours à un deus ex machina très compliqué: afin de soustraire Hippolyte à la vengeance de Neptune, un dieu très haut placé dans la hiérarchie olympienne, Pellegrin fait intervenir Diane dont les pouvoirs sont bien moindres que ceux du dieu des mers. Ce faisant, il enfreint la règle dite de vraisemblance qui veut qu'une divinité subalterne ne peut pas contrecarrer une divinité de plus haut rang. Il faut donc que Diane n'agisse pas en son nom propre mais en celui du Destin, puissance à laquelle tous les autres dieux sont soumis. Pellegrin développe le même thème dans le prologue qui, d'une manière très habile, introduit la tragédie et justifie l'intervention de la chaste Diane en faveur du couple Hippolyte/Aricie, en dépit de sa haine farouche de l'amour. Pellegrin renforce les liens qui unissent prologue et tragédie en citant le même vers dans les deux parties: «En faveur de l'Hymen, faites grâce à l'Amour» (Jupiter, prologue, se. 3); puis «En faveur de l'Hymen, je fais grâce à l'Amour» (Diane, acte V, se. 6). Et la boucle est bouclée!
Au-delà du plaisir, nous savons aujourd'hui que l'acte de chanter est largement recommandé par les spécialistes de la santé pour un grand nombre de raisons... Déterminer sa voix, la poser, la travailler, la libérer, comprendre le fonctionnement de son système phonatoire, l'importance d'une bonne posture, développer son souffle, perfectionner la respiration du chant... Ce traité de technique vocale est destiné à tous, chanteurs amateurs ou professionnels, choristes, mais aussi chefs de choeurs, professeurs et enseignants. Le DVD qui accompagne l'ouvrage - une véritable master classe filmée - apporte des démonstrations et des explications précises sur le geste vocal et ses implications corporelles.
Adoré ou honni, l'opéra reste quatre siècles après sa création un art prompt à déchaîner les passions. Régulièrement pointés du doigt par ses amateurs comme ses contempteurs, les maux qui aujourd'hui l'agitent prouvent sa vitalité. Ce sont ces phénomènes historiques, économiques, sociologiques, ces personnes, ces tics et ces travers, que ce petit lexique cherche à inventorier d'un ton léger, parfois impertinent, toujours argumenté. Sous diverses formes, chaque entrée propose un regard actuel, amusé ou polémique, sur l'art lyrique. De quoi alimenter la discussion entre initiés, instruire le néophyte, interpeller l'incrédule ou, au contraire, conforter l'opposant dans ses positions, tout en divertissant les uns et les autres.
En 100 courts chapitres pénétrants, André Tubeuf revient ici sur son compositeur fétiche. Car, nous explique-t-il, il y un miracle Mozart, permanent, et qui à chaque fois recommence. Et sous ce miracle se tient un mystère, celui de la bonté de Mozart, de sa charité, " du bien qu'il nous fait, quand il nous adresse ces messagers que sont ses personnages de théâtre ". Il sera donc question des opéras. Mais aussi des Concerto pour piano. Ou des Quintettes. Mozart leur infuse ce que Richard Strauss appelle " la mélodie de l'âme humaine ", jamais entendue ailleurs... Oui, l'affirme Tubeuf, Mozart est bien cet Ange de Rilke, ce " Visiteur " qui laisse vivre en nous les plus belles des musiques, celles qui nous aiment et nous consolent. Grâce à ce nouvel essai, Mozart n'a jamais été aussi haut dans nos coeurs. Ni si proche. "Un Mozart de plus ? Pour qui, et pourquoi ? Tout ce que nous avons besoin de savoir de lui a été rassemblé, communiqué, et souvent bien dit. Moi-même j'ai essayé voici presque trente dans un " Mozart, chemins et chants " que certes je ne renie pas, et qui devrait me suffire. Mais l'angle... Si un angle vraiment neuf se présente, et qui oblige à voir autrement, alors le paysage, les perspectives changent et un Mozart apparaît ; non pas un autre, mais vu d'ailleurs, vu autrement." André Tubeuf
Comment ne pas être touché par le pouvoir des hymnes nationaux, ces musiques, ces chants qui rassemblent les peuples ? Comment sont-ils nés, dans quelles circonstances, et en quoi réside leur magie ? '"Aux hymnes, citoyens ! " explore le contexte politique et culturel leur ayant donné naissance. Ce voyage, qui dans un premier temps se limitera aux frontières de l'Union européenne, offre une occasion unique et originale d'explorer l'anima Europae, l'âme de l'Europe.
Destiné à un large public qui, amateur ou passionné, cherche des repères pour s'orienter, Le Guide de l'opéra offre, de façon chronologique, un panorama représentatif de l'extrême diversité de l'opéra, des premiers opéras à l'opéra contemporain, en passant par l'opéra bouffe, le mélodrame, le drame wagnérien, l'opérette...Pour chaque ?uvre retenue Le Guide de l'opéra présente:- les rôles et les voix- l'orchestre ou la formation instrumentale - l'argument résumant le déroulement de l'action dramatique et les principaux airs- une analyse musicale- l'activité du compositeur en matière de théâtre lyrique - une développement sur le livret, le contexte de la création, le genre ou les développements que l'?uvre a engendrés- une version discographique de l'?uvre mais également d'autres ?uvres à découvrir dans le même registre
Architectures, machineries, musiques, odes, lumières, voix et corps en mouvement : pour Léonard de Vinci, la scène aura été le premier lieu de ses inventions et de leur incarnation. Plus encore que pour ses oeuvres picturales, le Quattrocento l'aura célébré pour ses spectacles lyriques sans précédent. Plus d'un siècle avant Peri, Caccini et Monteverdi, ils auront marqué l'avènement des premiers opéras. Ce sont cette invention et cette révolution que révèle ici Olivier Lexa. Quatre années de recherche lui ont été nécessaires pour réunir livrets, notes et croquis, indications de mises en scène de Léonard de Vinci ainsi que les témoignages de ses contemporains. Ces documents inédits, racontés et commentés avec intelligence et sensibilité, nous confrontent à une évidence : l'opéra permet à l'artiste de réaliser ce que la peinture et le dessin lui interdisent. En un temps de renouveau de la théâtralité et du champ des passions, son génie est de rassembler en une totalité visuelle les diverses innovations artistiques et philosophiques de la Renaissance. Alliance remarquable entre découverte scientifique et divulgation culturelle, cet essai inaugural dévoile un pan méconnu mais essentiel de la vie et de la vision du plus universel des esprits humains. A ce point extrême où, avec lui, tout se fait dramaturgie. Metteur en scène et historien de l'opéra, Olivier Lexa travaille pour les plus grands théâtres. Il a dirigé le Palazzetto Bru Zane et le Venetian Centre for Baroque Music. Il est notamment le biographe du compositeur Francesco Cavalli.
Depuis trois quarts de siècle, le Kobbé est l?ouvrage de référence des amateurs d?opéras dans le monde entier. Paru pour la première fois en 1922 ? quatre ans après la mort accidentelle de son auteur, Gustave Kobbé (1857-1918), écrasé par un hydravion alors qu?il faisait du bateau au large de Long Island ?, cette bible des mélomanes a connu d?innombrables rééditions et de nombreuses traductions.À trois reprises (1954, 1976, 1985), Lord Harewood ? qui a dirigé pendant plus de vingt ans le Royal Opera House de Londres, puis l?Opéra de Covent Garden ? a complété et mis à jour cet incomparable instrument de travail.Aujourd?hui, il présente, secondé par Antony Peattie, une version entièrement renouvelée. Enrichi de soixante oeuvres nouvelles, portant à près de cinq cents les opéras répertoriés, le Nouveau Kobbé présente, par ordre alphabétique des compositeurs, des analyses fouillées et faciles à lire d?un répertoire en constante évolution. Un classique dont le succès ne se dément pas.