La vie et rien d'autreCe sont des lieux que rien ne distingue; une maison du village parmi les autres. Ceux qui furent un temps à la pointe de la modernité ont une enseigne lumineuse. D'autres se satisfont de quatre vieux caractères formant le mot «CAF? ou de la célèbre carotte imposée par leur statut de débitant de tabac. Bien souvent, seul le petit carré de tôle émaillée attestant de la licence d'exploitation et apposé à proximité de l'entrée indique au visiteur la nature de l'endroit. Vous poussez la porte et vous n'avez pas l'impression de pénétrer dans un espace ouvert au public. Non, vous entrez chez quelqu'un. Il vous reçoit dans ce qui semble sa cuisine ou sa salle à manger. Une table centrale couverte d'une toile cirée aux motifs fleuris, des bancs, un poêle, un évier, un fourneau à gaz...Une dame âgée vous salue. Elle a revêtu une blouse bleue à petits carreaux. Vous lui demandez s'il est possible de boire un café. «Naturellement!» Elle sourit de votre gêne, vous invite à vous asseoir tout en saisissant de sa main veineuse une casserole aux bords noircis. Silence, un grand silence. On entend juste l'eau bouillir et le tic-tac de la comtoise. Elle vous donne un bol de porcelaine et vous verse votre réconfort noir et fumant. «C'est la première fois que vous venez chez la Berthe. Vous êtes de passage dans le pays?» Elle s'assoit face à vous. Un chat saute sur ses genoux et éteint ses miaulements sous les caresses. Vous répondez, un brin évasif. L'endroit vous charme et vous remue. Un vrai voyage hors du temps, hors de tout. Vous n'y êtes jamais venu et, pourtant, vous avez l'impression de toujours l'avoir connu. Vous vous revoyez, enfant, dans la maison de votre grand-mère. Cette tranquillité, cette sérénité... Une parenthèse dans la vie quotidienne, une pause, un oubli; le temps suspendu, comme si les actualités, que vous écoutiez sur votre autoradio tout à l'heure, étaient celles d'un autre monde... Vous portez le bol à vos lèvres. Ce goût vous réchauffe l'âme et le coeur.Au fil de la conversation, toute une vie se dévoile. La femme avoue fièrement ses quatre-vingt-huit printemps. Le café, elle l'a toujours connu. Pensez donc! C'est son arrière-grand-père qui l'a créé. Ses parents exerçaient une double activité. Son père était fermier; il élevait des limousines et cultivait quelques parcelles. Sa mère tenait le café toute la journée, depuis l'aube jusqu'à plus ou moins tard dans la soirée en fonction du nombre de clients. Elle se remémore la grande époque, celle où les ouvriers agricoles affluaient, notamment lors des moissons: «De sacrés gaillards! De sacrés soiffards aussi! Ils travaillaient à la journée ou à la semaine dans les fermes. Dès qu'ils touchaient leurs trois sous, ils venaient les dépenser ici et dans tous les bistrots du coin. Ils tenaient l'alcool comme personne aujourd'hui, mais les moins solides ne marchaient pas toujours droit en sortant.» Elle se souvient de ce terrain de boules qui jouxtait l'établissement et des habitués qui s'y défiaient chaque dimanche des heures durant. Elle se revoit aller à la fontaine, à la demande de sa mère, remplir les cruches. Elle sourit lorsqu'elle repense à certaines anecdotes: ce paysan qui avait relevé le défi de faire entrer son cheval dans la salle du café en échange d'un casier de bouteilles de vin; «C'est qu'il s'acharnait, le bougre! L'animal avait déjà deux pattes dans le bar. Il paniquait, hochait fort de la tête. Ses sabots glissaient sur le carrelage. Et lui qui le tirait par la bride! J'ai appelé mon mari à la rescousse. Ni une ni deux, il l'a foutu dehors sans lui demander son compte.» Et cet autre familier surnommé Napoléon par les copains à cause de son habitude de toujours mettre sa main à l'estomac: «Celui-là, c'était un peu le souffre-douleur des autres. Ils se fichaient toujours de lui, mais cela restait bon enfant. Un jour, le plus costaud l'a attrapé par la ceinture et suspendu au portemanteau. Aux autres, il a lancé: "Regardez les gars, Jésus-Christ est parmi nous." Ils riaient, Napoléon aussi. Tout se terminait autour d'un dernier canon.»(...)
A partir du XIIe siècle, sous l'impulsion des seigneurs et des moines, les moulins se multiplient. Les forces de l'eau et du vent remplacent alors le pilon et la meule à main. Le pain se substitue aux bouillies de céréales : l'artisanat du fer, du chanvre et des étoffes se développe. Les moulins acquièrent peu à peu un statut particulier au sein des villages et deviennent des lieux de sociabilité. Ces endroits pittoresques et enchanteurs ont stimulé l'imaginaire collectif : leur position isolée, leur mécanisme puissant ont donné naissance à nombre de légendes et de chansons qui, à leur tour, ont inspiré artistes et écrivains. Images hors du temps, les moulins comptent aujourd'hui parmi les fleurons de notre patrimoine. Qu'on les découvre au détour des chemins, derrière des rideaux d'arbres, juchés sur des promontoires aux prises avec le vent ou accrochés à la cascade de leur rivière, ils rassurent par leur présence chaleureuse. Aujourd'hui, de nombreux moulins ont conservé une atmosphère d'antan : le charme désuet de leur mobilier nous fait goûter une douceur de vivre qui sent encore la poussière et le grain.
Si les cathédrales élancent leur flèche au c?ur des villes, les chapelles se blottissent au fond des bois ou s'isolent sur les hauteurs d'une colline. Mille ans durant, elles ont accompagné la vie des fidèles en proie aux épidémies et aux guerres : on vient y prier pour son salut et celui de ses proches, on s'y rend en pèlerinage pour adresser des suppliques au saint protecteur, supposé accomplir des miracles. Parfois l'église du village est même désertée au profit des chapelles environnantes. Aujourd'hui, ces croyances tombent en désuétude condamnées à leur âpre solitude, certaines chapelles voient leurs murs se lézarder. Pourtant, de la Bretagne à la Corse en passant par la Provence ou les Pyrénées, elles conservent leur charme et leur douce atmosphère de recueillement. Romanes, gothiques ou baroques, elles renferment d'authentiques trésors : statues de saints entourant la Vierge et le Christ, anges et démons rivalisant sur le jubé dans les reflets des vitraux. Parois et voûtes sont ornées de fresques : une scène de l'Ancien Testament, une danse macabre où le souvenir d'une croisade... Le silence règne. Puis le tintement soudain de la cloche projette le promeneur dans un autre temps, celui des campagnes.
Les villages corses participent à la magie de l'île de Beauté. Leurs noms chantent : Quercitello, Cristinacce, Carticasi... Leur seule évocation émerveille : paysages pittoresques ou dantesques, sensations de vertige ou de plénitude. Ici s'impose la rudesse de la montagne : Sant'Antonino, Montemaggiore, Calasima... Là règne la douceur de la mer ou des bois : Centuri, Erbalunga, Verdèse... Partout s'affirme la même force de séduction. Ces villages reflètent l'âme corse ; ils nous guettent, nous attirent, puis nous retiennent dans leur dédale de richesses : venelles, maisons simples ou nobles, chapelles... Ils nous intriguent aussi, leurs places et ruelles gardent parfois le souvenir des tragiques vendettas. Cet ouvrage nous invite à les découvrir, à respirer leur atmosphère enivrante et à revivre leur grandeur passée.
Résumé : On y vient certes pour se désaltérer, mais les cafés et bistrots sont d'abord, et depuis toujours, des lieux de rencontre, d'échange, de convivialité, de réconfort et, plus rarement désormais, des lieux de représentation sociale. Refuges pour les artistes, ils ont inspiré les plus grands peintres, romanciers et poètes. Consacrés " parlement du peuple ", ils sont souvent apparus comme les premiers et ultimes lieux du débat politique ou philosophique. Derniers remparts contre la solitude, ils représentent un havre chaleureux pour les âmes en peine, qui parfois s'y noient. Par le texte et l'image, Christophe Lefébure nous entraîne dans une découverte historique et littéraire de ces vénérables institutions, dont il nous dévoile les multiples visages : enseignes célèbres des grandes villes, mais aussi humbles cafés de quartier ou de campagne, perdus au c?ur de la France profonde. Autant de lieux chargés d'émotions, de souvenirs de fête, d'amours et de naufrages, de solidarité, bref, d'humanité...
Nordin Magnus ; Clauss Lucile ; Stadler Maximilien
Nina vient à nouveau de déménager. Son père lui a promis que c'était la dernière fois. Heureusement, tout a l'air tranquille dans cette banlieue de Stockholm. Elle en oublierait presque les rumeurs que même ses meilleures copines ont déversées sur elle, dans son précédent lycée. Jusqu'à cette grande fête donnée par une fille de la classe, dans le quartier le plus luxueux de la ville...
Lou a une bande de pote. Avec eux, elle grandit, sort doucement de l'enfance, va au lycée, fait la fête, fait des conneries, prépare son bac, se dispute et se marre. La vie quoi. Quand avec ses amis, elle découvre dans une grotte à côté de chez eux, trois migrants, une jeune fille et ses oncles, leur quotidien à tous prend un tournant inattendu. Pour eux, c'est inconcevable de ne pas les aider. Pour Lou, encore plus. Mais comment faire ? Et comment expliquer sa fascination pour Farah, son histoire terrible, ses yeux vairons, son sourire et sa force ? Avec toute la justesse qui caractérise son écriture, Myren Duval peint l'adolescence aux prises avec l'un des plus grands drames contemporains. Jamais larmoyant, à la fois drôle et touchant, un roman nécessaire !
Ils sont quatre, tassés dans un van, avec 2500 kilomètres de highway devant eux, depuis Vancouver jusqu'à Santa Fe. Il y a Mina, une petite brune mignonne qui photographie tout ce qu'elle voit. Moon, un grand Indien baraqué, le genre qui plaît aux filles. Blondie, une Chinoise teinte en blonde, comme Marilyn Monroe. Et Herb, qui a fui son ghetto de riches, les cendres de son grand-père sous le bras. Le van file au travers des forêts et des déserts. Un décor de western ou de road-movie, à part que c'est la vraie vie. Avec des rencontres, des rires, le souvenir des morts... et des coups de foudre! Biographie de l'auteur Née en 1960, Élise Fontenaille écrit des romans pour les adultes, dont le dernier, Unica (Livre de Poche), a reçu le Grand Prix de la SF 2008 et le Prix Rosny. Chasseur d'orages est son premier roman pour adolescents.
Extrait Darwin et Ophélie Mon nom, c'est Darwin, je vis dans un quartier de la ville en chantier permanent : chaque jour ici on démolit, et en même temps, on reconstruit. Seulement, c'est pas ceux qu'on chasse des taudis qui vivront ici, ça non : le quartier est devenu super cher, à ce que dit ma mère, et ma mère, elle s'y connaît en vie chère. Ça expulse à tour de bras, et ça c'est un spectacle bien triste à voir : des familles entières à la rue, parce que les parents - des mères seules avec leurs mômes souvent - ne peuvent plus payer le loyer, qui grimpe en flèche... même quand on a un travail, c'est plus possible de suivre. Ma mère encore, elle s'en sort, elle a un bon job, et puis notre proprio n'est pas un requin, c'est rare, mais ça existe. Juste en face de chez nous, il y a un grand mur en parpaings gris - un garage abandonné -, toutes nos fenêtres donnent dessus, c'est tout ce qu'on voit, ça lui flanque le cafard ce grand mur gris à ma mère : - Ils pourraient pas le foutre en l'air, au lieu de fracasser l'immeuble d'à côté à coups de bulldozer et de chasser ces pauvres gens ? Moi je m'y suis fait, je suis né ici, je l'ai toujours connu ce mur moche, alors... Ma mère s'appelle Ophélie. Elle est chauffeur de taxi, elle travaille de nuit, le jour je ne dois faire aucun bruit ; elle rentre à l'aube et dort la journée, comme les chauves-souris. Elle est née dans un pays d'Afrique où j'ai jamais mis les pieds : la Somalie. Un pays où j'ai pas trop envie d'aller : il y a la guerre tout le temps, les gens meurent de faim par milliers... Un ami d'Ophélie, qui bosse pour une ONG et va souvent là-bas, Jean-Bernard (on l'appelle Jibé), m'a dit qu'en Somalie, il y a les plus belles femmes du monde. -... Et je m'y connais, en femmes ! Regarde ta mère : elle ressemble bien plus à une princesse des Mille et Une Nuits qu'à un chauffeur de taxi - la Reine de la Nuit. Et ils se marrent, tous les deux. J'aime bien quand elle rit, Ophélie, j'aime quand elle chante aussi, une langue que je ne comprends pas, mais qui me remue le coeur, des paroles douces et chaudes comme le vent qui racle les montagnes bleues de Somalie, loin d'ici. Ma mère, Jibé l'a connue une nuit à l'aéroport -il revenait d'Afrique, où il passe la moitié de sa vie à essayer d'aider les gens à ne pas mourir de faim, de soif, de maladies... mais ça ne marche pas vraiment. Les guérillas compliquent tout, à ce qu'il dit, comme si la sécheresse et le désert qui s'étend ne suffisaient pas... et les corps des enfants finissent dévorés par les mouches.
Cet ouvrage décrit les procédés de fabrication et de restauration qui font du vitrail un métier d'artisanat d'art. La première partie présente l'évolution de cette technique au fil des siècles, les matériaux - complémentaires au verre -, ainsi que les principaux outils de coupe, de polissage, de soudure et de décoration. L'élaboration du projet et du carton, la découpe, la mise en plombs, la soudure, le masticage, le patinage : l'ensemble des étapes de réalisation est présenté avant une série de pages d'exercices. Ces pas-à-pas permettent notamment de réaliser des vitraux assemblés, peints ou sertis. Le dernier chapitre est dédié aux méthodes de remise en état et de nettoyage des vitraux qui constituent une partie importante du travail de maître verrier.
Blégiers Juliette de ; Quin Elisabeth ; Bussi Mich
L'atelier de sculpture français Leblon Delienne oeuvre dans la rigueur de l'artisanat d'excellence depuis 1985. Dans ce lieu hors du temps, on célèbre le beau geste en réin ventant la saga des icônes pop à travers des collaborations entre un créateur et une licence. Mickey, Snoopy, Hello Kitty, Batman et bien d'autres prennent vie en trois dimensions entre les mains d'artisans à l'inventivité et à la qualité d'exécution irréprochables. Leblon Delienne est le précurseur d'une forme d'art en haute sculpture qui redéfinit la beauté et la contemporanéité d'une pièce originale. The French sculpture workshop Leblon Delienne has been dedicated to the rigor of exceptional craftsmanship since 1985. In this timeless space, artistry is celebrated by reinventing the saga of pop culture icons through colla borations between creators and renowned licenses. Mickey, Snoopy, Hello Kitty, Batman and many others come to life in three dimensions in the hands of artisans whose inventiveness and impeccable craftsmanship are second to none. Leblon Delienne is a pioneer of haute sculpture, a unique form of art that redefines beauty and modernity in an original piece.
L'Hommel Raphaël-Didier de ; Abad Charlie ; Etchec
Le livre présente l'artisanat qu'est la réfection des sièges, ses outils spécifiques, ses techniques et propose de suivre, étape par étape, la réfection d'une dizaine de fauteuils et sièges, du crapaud à la chauffeuse en passant par le fauteuil Voltaire. Chaque étape, chaque geste, est illustrée par de nombreuses photographies et expliqué de manière didactique par l'auteur.
Extrait Introduction Vous trouverez, dans cet ouvrage, des techniques professionnelles et des techniques d'apprentissage. En aucun cas elles ne sauraient être les seules valables; d'autres existent, tout aussi efficaces que celles qui sont décrites ici. Peut-être vous-même en connaissez-vous d'autres ? Dans ce cas, laissez-vous tout de même tenter et essayez celles que nous vous proposons. Il est toujours enrichissant d'apprendre plusieurs façons de faire. Il m'arrive d'utiliser et de répandre des techniques ou des astuces mises au point ou découvertes par certains de mes élèves ; la tapisserie n'est heureusement pas une activité figée, elle évolue sans cesse. À vous, ensuite, d'adapter telle méthode à tel ou tel autre cas. Il n'y a pas de mauvaise technique, à partir du moment où celle-ci permet d'aboutir à un bon résultat, toujours dans le respect du métier et de l'objet. Un bon ouvrier a toujours de bons outils, n'hésitez donc pas à vous référer au chapitre en question pour investir dans l'outillage spécifique. Certaines étapes ne supporteront pas les à-peu-près ! Même si la tendance veut remplacer le traditionnel crin végétal (le vert) par de l'élancrin (crin également végétal, mais plus souple et moins poussiéreux), je reste fidèle au «végo», que je trouve plus vigoureux et plus facile à doser. Le port d'un masque filtrant est alors conseillé lors de la mise en crin, tout comme il l'est pour le dégarnissage. N'hésitez pas non plus à soigner votre «atelier». Nous n'avons pas besoin d'une salle de bal, mais un espace bénéficiant d'une bonne aération et d'un bon éclairage semble être un minimum. Il devra comporter une table ou un établi assez grand et solide, pour permettre d'y travailler et d'y dérouler le tissu et les toiles. Quelques étagères supporteront les fournitures et les produits alors qu'un espace complètement vide de quelques mètres carrés permettra de travailler «au tabouret». En effet, la plupart des étapes de l'assise se font plus aisément au tabouret (on maintient le siège au moyen des jambes), alors que les dossiers se travailleront plutôt à plat sur une table. Dans tous les cas, les conditions de travail sont un facteur important dans la réussite de l'objet. Même si certaines étapes vous semblent rébarbatives, qu'elles vous donnent l'impression de faire et défaire, ne les supprimez pas ! Elles contribuent à la longévité de votre travail. Si leur efficacité n'est pas forcément visible sur le siège terminé, soyez certain que leur absence se fera sentir dès les premières utilisations. Parce qu'il est important de pouvoir reconnaître en un coup d'oeil le style auquel appartient le siège qu'on travaille, nous commencerons par un rapide résumé des styles de Louis XIII à 1900, avant d'entrer dans le vif du sujet. Passez de bons moments de garnissage...