Tissus ornés de broderies d'un style extraordinaire et d'une grande richesse polychrome, les textiles funéraires de Paracas figurent parmi les plus beaux du monde. Découverts dans les années 1920 lors de fouilles archéologiques menées en particulier par Julio C. Tello, ils proviennent de nécropoles situées dans la péninsule de Paracas sur la côte sud du Pérou, région aride dont le climat a permis leur conservation miraculeuse pendant plus de deux mille ans. Fabriqués en vue d'être intégrés à des fardos ou paquets funéraires, ces riches tissus enveloppaient le corps du défunt, auquel ils étaient spécialement destinés. Autour étaient disposés des poteries, des objets en or et autres offrandes rituelles au mort. Un fardo pouvait ainsi compter une centaine de pièces, dont un tiers de textiles. L'exposition présentée au musée Branly est la première en France qui soit exclusivement consacrée à la culture Paracas et à son exceptionnelle production textile. Elle a été l'occasion pour le musée de promouvoir la restauration de très nombreuses pièces, dont la plupart, trop fragiles, ne sont jamais sorties du Pérou.
Qu'est-ce qu'un Hôtel à la fin du Moyen Âge ? ", se demandait Ferdinand Lot en 1958. Près d'un demi-siècle plus tard, la question demeure. L'auteur tente d'y répondre en étudiant l'Hôtel des ducs d'Orléans, ces parents pauvres de la recherche historique, au XVe siècle. S'intéresser à leur entourage était un excellent moyen d'approcher au plus près ces oubliés de l'histoire : l'Hôtel prospère ou s'appauvrit avec le prince qu'il sert dans un même cycle de vie. Pour autant, cet ouvrage ne se veut pas une étude des d'Orléans mais bien celle de l'institution à leur service et des hommes qui la peuplent. Donnant de l'Hôtel une définition large, l'auteur a voulu mesurer l'importance politique d'une institution que l'on a trop longtemps cantonnée au seul rôle domestique. Indispensable pour saisir la réalité multiple de l'Hôtel, l'analyse prosopographique d'un groupe constitué de plus de 1 700 officiers est complétée par une étude biographique de tous les détenteurs de l'office de chambellan, choisi parmi les très nombreux offices relevant de l'Hôtel (plus d'une centaine, aussi variés qu'écuyer d'écurie, gardien d'ours, galopin de cuisine ou échanson...). Véritables éminences grises du prince, les chambellans incarnent à eux seuls cette mutation qu'a connue l'institution au cours du XVe siècle et prouvent que, loin d'être une entité figée, aux traits immobiles, l'Hôtel vit, évolue, se transforme au fil du temps et des besoins princiers.
Barcelone. L'assassinat d'une secrétaire de direction dévorée d'ambition provoque bien des remous. Trois hommes vont entreprendre d'en élucider le mystère : un avocat, un journaliste et le vieil inspecteur Méndez. Rares sont, dans la littérature policière, les personnages de son acabit : malpropre, disgracieux, vulgaire, toujours prompt au sarcasme, il incarne pourtant aussi l'âme de la vieille cité. L'intrigue, conduite de main de maître, est prétexte à découvrir l'envers de cette ville aux plaies mal refermées. Oui, Barcelone est ici l'héroïne véritable ; protéiforme, elle tisse sa toile vénéneuse où viennent s'engluer des êtres en transit. Et cette ballade féroce et drôle pour une ville d'exception figure au rang des chefs-d'oeuvre du roman noir espagnol.
L'éducation physique et sportive (EPS) est une discipline scolaire qui, en France, reconnait le sport comme le support essentiel de son enseignement depuis 1967. Le changement de nature d'un curriculum ne se fait pas sans débats ni conflits qui mettent au jour le caractère à la fois épistémique et social du choix des contenus d'enseignement. Si la notion de controverse s'entend comme un dispositif privilégié du développement des connaissances, nombre d'études de controverse remettent en cause les justifications rationnelles avancées au bénéfice de rapports de force qui seraient déterminants. Qu'en est-il précisément pour l'EPS ? La première partie de cet ouvrage examine à partir de certains éléments du curriculum officiel ce qui ressort comme les principales controverses en EPS. En appui de la première, la seconde partie développe trois études de cas qui portent respectivement sur la revendication d'une science de l'action motrice, sur la production des programmes contemporains de la discipline et sur la pertinence d'un « savoir s'entraîner » dévolu à certaines activités dans le cadre scolaire.
Le grand penseur espagnol Xavier Zubiri n'est pas seulement l'auteur d'une remarquable trilogie sur l'intelligence, dont nous avons publié le premier volume et dont le second va paraître prochainement. On lui doit également de nombreux travaux de philosophie de la religion - par exemple L'Homme et Dieu paru en 2005 dans la collection " Ouverture philosophique " voire de théologie, notamment conçus durant son exil à Paris pendant la guerre civile. C'est cet aspect de l'œuvre de Zubiri qu'a étudié Antonio Gonzalez. Les trois textes que nous présentons ici dégagent des problèmes de méthode et les enjeux métaphysiques majeurs de thèmes théologiques fiels que la Création ou l'Incarnation. Ils introduisent également à un écrit de Zubiri lui-même, portant sur un aspect particulièrement important de la théologie de saint Paul, qui forme la seconde partie du présent ouvrage.
Qu'est-ce que la nostalgie sinon une mélancolie humaine rendue possible par la conscience de quelque chose d'autre, d'un ailleurs, d'un contraste entre passé et présent ? Et cette nostalgie n'est-elle pas aussi provoquée essentiellement par l'irréversibilité du temps ? Car on ne saurait remonter le cours du temps, tel est l'obstacle insurmontable qu'il oppose à nos entreprises. C'est notre impuissance devant cette impossibilité qui fait toute l'amertume de la nostalgie et l'absurdité des chimères du rajeunissement. La nostalgie n'est pas le mal du retour : on peut toujours revenir à son point de départ, à son lieu natal (l'espace se prête docilement à toutes nos allées et venues) mais il est impossible de redevenir celui qu'on était au moment du départ. Mais si le temps s'oppose irréductiblement à la rétrogradation il ouvre devant nous une carrière infinie à la liberté. L'homme peut s'ouvrir à l'idée du futur et confirmer ce que le temps affirme. Se servant d'exemples tirés de la vie quotidienne aussi bien que d'oeuvres poétiques, philosophiques ou musicales, Vladimir Jankélévitch démontre en fin de compte que l'irréversible n'admet qu'un seul remède : le consentement joyeux de l'homme à l'avenir, au futur.