
Pour Clemenceau
Extrait CHOUAN BLEU «Papa était un dur à cuire.» Débuts trompeurs, sans rien d'éclatant; les événements décidant pour lui. De Gaulle enfant se savait de Gaulle, lui ne se savait pas Clemenceau. Il naquit le 28 septembre 1841 en Vendée dans une famille protestante établie là depuis la Réforme, d'un père, Benjamin, athée de combat, qui façonna sa personnalité. Le christianisme pour Benjamin était «... la doctrine qui depuis deux mille ans n'a produit que misère et tyrannie...» Athée de combat, républicain intégral - dévot de Robespierre, malgré son invention de l'Être suprême -, médecin, homme de culture. Un buste de l'Incorruptible trônait sur sa cheminée dans son manoir de l'Aubraie. Manoir ? Château ! Des douves, des tours, un pont-levis, de beaux arbres, où, la nuit, des chouettes rappelaient les chouans haïs. Des écuries qui n'étaient pas vides. La famille avait du bien; elle était considérée. Dans ce cadre médiéval Georges reçut l'éducation d'un hobereau héréditaire. Chasse - à tir, quand même pas à courre -, équitation, escrime, grec, latin, sérieusement. Il contractera le culte de la Grèce à la fréquentation des grands Athéniens du siècle de Périclès, la détestation des Romains à celle de César et Tacite ; les premiers étant des hommes libres, les seconds les esclaves de leur volonté de puissance. Il est campagnard dans le sang. Benjamin cultivait des amitiés considérables : François Arago, l'évadé récidiviste de la guerre d'Espagne sous Napoléon, l'astronome, le physicien, le Premier ministre de 1848; John Smart Mill, le philosophe, l'économiste, le champion de l'utilitarisme (autre nom du matérialisme), surnommé - en Angleterre - le «modèle des maris» ; Auguste Blanqui dit l'Enfermé, icône des ultra-gauches, inspirateur incontestable du slogan moderne «Élections, pièges à cons». Ces trois-là sont de ses amis et correspondants ; Georges en profitera. À vingt ans, étudiant en médecine à Paris, Benjamin avait participé aux Trois Glorieuses de 1830 contre Charles X. Récidiva en 1848 contre Louis-Philippe. Fut interné à Nantes lors du coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. En 1859, l'attentat d'Orsini, qui manqua Napoléon III, lui valut d'être condamné à la déportation en Algérie. Georges écrira : «Lorsque mon père partit pour l'exil, tous ses amis l'avaient fui. Deux seulement osèrent venir lui serrer la main. Après leur départ [...] je lui dis : "Je te vengerai." Il me répondit : "Si tu veux me venger, travaille."» Georges lui dit : «Sois tranquille, je travaillerai, je te l'ai promis et les dernières paroles que tu m'as dites sont à jamais gravées dans mon coeur. Ton espérance ne sera pas déçue. Oui, je te le jure, tu n'auras pas lieu de me renier pour ton fils.» Benjamin sera élargi à Marseille avant de prendre le bateau. Il avait en Georges un fils selon son coeur. «Il n'y a pas de bon père, c'est la règle», affirme Sartre dans Les Mots. Benjamin fut pour Georges une exception notable. Il le vénéra et le suivit en tout, toute sa vie, jusqu'à se faire enterrer tout seul à ses côtés sous l'Arbre de la Liberté planté en Vendée par Benjamin même en 1848, qui est un cèdre.
| Nombre de pages | 281 |
|---|---|
| Date de parution | 22/10/2014 |
| Poids | 426g |
| Largeur | 155mm |
| EAN | 9782877068789 |
|---|---|
| Titre | Pour Clemenceau |
| Auteur | Deschodt Eric |
| Editeur | B.DE FALLOIS |
| Largeur | 155 |
| Poids | 426 |
| Date de parution | 20141022 |
| Nombre de pages | 281,00 € |
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