Le parcours de Lucien Descaves (1861-1949) traverse plusieurs époques, embrasse des champs multiples, culturels, littéraires, politiques, des écoles, des tendances, des partis pris qui, en cette occurrence, ne sont pas hétérogènes, mais se conjuguent. Il n'est pas spécialiste, mais singulier et, cependant, en relation constante, évolutive, à l'écoute des principaux représentants et acteurs de ces différentes Strates. Ses Souvenirs, publiés en 1946, commencent comme l'autobiographie d'un modeste Parisien autodidacte et se poursuivent comme un recueil de témoignages, mesurés, réfléchis, évoquant des personnalités littéraires, qu'elles soient demeurées fameuses aujourd'hui ou aient été déjà menacées par l'oubli ou une mise à l'écart en leur temps. Signe de son ouverture et de son intégrité, Descaves fut l'exécuteur testamentaire et l'éditeur posthume de Joris-Karl Huysmans, archétype de l'artiste esthète, et de Gustave Lefrançais, socialite libertaire, ancien membre et historien de la Commune de Paris en 1871. Auteur "fin de siècle", aux marges du réalisme, du naturalisme, et d'une contestation satirique très vive alors, il publie d'abord des romans dénonçant les moeurs de l'armée française, qui lui valent procès, censure, mise à l'index. Journaliste, critique dramatique, introduit dans les milieux théâtraux, il écrit des drames iconoclastes mis en scène par le Théâtre Libre d'André Antoine, dont plusieurs connaitront un insuccès de convenance et le scandale. D'abord marqué entre autres (comme il l'évoque dans ses Souvenirs) parle style pamphlétaire de Drumont, il participe aux luttes des dreyfusards, et, à la différence de plusieurs de ces derniers, récusera toujours l'antisémitisme (dont il trace rapidement un portrait quasi sociologique et glaçant). Cofondateur de l'Académie Goncourt sous l'influence d'Edmond de Goncourt et de Huysmans, lorsqu'il s'agissait initialement de soutenir des écrivains inconnus et le plus souvent pauvres dont les tirages oscillaient de 500 à quelques milliers d'exemplaires, il sera de plus en plus marginalisé par un réseau de notables et d'influences éditoriales, a fortiori lorsque ceux-ci évolueront dans les années 1930-1940 vers une collaboration tranquille. C'est ce qu'il appellera le "déclin" de cette Académie, dont il restera, en tant qu'ancien fondateur, un secrétaire honorifique plutôt qu'écouté. Ce témoin discret aura croisé ainsi une infinité d'écrivains de l'entre-deux-guerres. Evitant la dénonciation polémique, ses portraits d'auteurs célébrés, les scènes de jeux d'influences qui concluent ses Souvenirs contribuent peut-être à expliquer l'oubli qui les engloutira, et lui avec, sous la survivance de l'institution. Or cet oubli recouvre aussi une époque culturelle, animée de contradictions politiques aiguës, de tendances libératrices, de nostalgie pour la poésie et l'art ; il en suggère le caractère passager, la fréquente obscurité des aspirations les plus dignes, leur destin souvent ingrat.
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Nombre de pages
268
Date de parution
10/03/2020
Poids
417g
Largeur
156mm
Plus d'informations
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EAN
9782845052635
Titre
Souvenirs d'un ours
Auteur
Descaves Lucien
Editeur
RESSOUVENANCES
Largeur
156
Poids
417
Date de parution
20200310
Nombre de pages
268,00 €
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Ce roman est la chronique d'une petite ville durant la guerre de 14-18. Il décrit fort bien l'état d'esprit et l'inquiétude des familles et de réfugiés.
Le 23 décembre 1914, Palmyre Boussuge et son ex-amie, Agathe Chévremont, la femme du vétérinaire, se trouvaient parmi les dames notables de Bourg-en-imerais, dit aussi Bourg-en-Forêt, convoquées par le maire, le docteur Chazey, pour recevoir un train de réfugiés du département de l'Aisne, chassés par l'invasion. Ils arrivèrent dans la soirée transis, fourbus, poudreux, avec deux heures de retard. Le convoi se composait d'une douzaine de vieillards hébétés et dépaysés de toutes les manières au milieu des mères et des enfants dont le flot les avait charriés ; cent personnes en tout qui fuyaient devant l'orage et tournoyaient aux coups de vent comme feuilles mortes".
Fac-similé en un volume de l'édition par Yves Gandon (deux tomes, Ed. Crès, Paris, 1927). Au motif d'un guide de voyage en France (publié en en 1838), l'auteur, qui dit lui-même n'avoir aucune des qualités qui font le touriste, anime ses descriptions, parfois inspirées de Mérimée ou de voyageurs divers, d'aphorismes et de notations de psychologie sociale. Ce sont ses confidences qui forment la matière réelle de ses évocations.
Les luttes paysannes - de la résistance à l'insurrection - auxquelles furent confrontés les bolcheviks après Octobre 1917 ont longtemps été occultées. Aujourd'hui encore, les crimes de la bureaucratie fondatrice à l'égard des masses rurales - réquisitions, expropriations, déportations et fusillades - sont justifiés plus ou moins implicitement, quand on admet leur existence, comme " crimes de classe " : une classe " révolutionnaire ", suggère-t-on, aurait dû défendre, avec les moyens adaptés, son projet " utopique " contre une " réaction " paysanne. Dans la partie liminaire de cet ouvrage, J. -L. Van Regemorter montre qu'une " révolution paysanne unique " commencée sous le tsarisme, outre qu'elle contribue à expliquer 1917, a poursuivi ses objectifs et sa stratégie contre l'appropriation étatique du bolchévisme. La seconde partie recueille des documents historiques traduits pour la première fois en français. Rapports de militants socialistes-révolutionnaires, tracts et appels d'insurgés, et surtout consignes, notes, mémoires internes de bolcheviks dessinent en creux l'histoire non écrite de l'" Antonovchtchina ", l'insurrection du paysannat dans la province de Tambov en Russie occidentale de 1919 à 1921. Les réquisitions de l'ordre militaro-bureaucratique, incompétent, prédateur, menées jusqu'à la famine et la déstructuration de la production agraire, ressortent à la fois des descriptions hostiles aux bolcheviks et des rapports et dissensions de ces derniers, qui les pratiquaient à grande échelle. Nous ne sommes pas en 1937, ni en 1956, mais en 1921, et l'autodénonciation cyclique de la bureaucratie s'instaure avec celle-ci même. A ce système correspondent d'emblée une planification, naïvement préconisée sans fards, de la terre brûlée par le haut, de l'omniprésence policière, de la coercition dogmatique, des déportations civiles, enfin le projet, méthodiquement consigné, débattu, appliqué, de " déployer la terreur rouge jusqu'à des proportions massives " (Antonov-Ovséenko). L'ordre n° 13o, de Toukhatchevski, est à cet égard éloquent. Dans les maladroites circonlocutions de son zèle glacé, il faut lire les ordres et contre-ordres manipulateurs, les concessions et les consignes secrètes de l'appareil en guerre contre une société insurgée. Ce fut la construction d'un " monde nouveau ", " désert et ténébreux ", habité par " des esclaves affamés, nus et sans voix " : ses moyens s'identifiaient à sa fin.
Exilé en Suisse après l'écrasement de la Commune de Paris, Lefrançais publia à la fin de 1871 la présente Etude... , reconnue comme un témoignage majeur, et qui, selon Kropotkine, fut la seule "qui mît dans sa vraie lumière la véritable importance historique - communaliste - de ce mouvement" . Fac-similé de l'édition originale (Imprimerie James Guillaume), augmenté d'un Index historique des noms cités.