Extrait Écrire la nature C'est avec la parution de Nature en 1836 que l'histoire littéraire a coutume de dater la naissance du transcendantalisme. Commencé à l'automne 1833, lors de la traversée de l'Atlantique qui ramène Emerson de son premier voyage en Europe, et terminé trois ans plus tard, quelques mois après le décès brutal de son frère Charles en mai 1836, ce bref volume fait figure de manifeste. Le texte s'ouvre en effet sur une impérieuse déclaration d'indépendance et celui qui prend alors la parole - appelons-le Emerson - affirme vouloir retrouver une «relation originale à l'univers» afin d'élaborer une «théorie de la nature» qui permette de percer le secret de la «création» et rende raison de 1'«ordre» du monde. Or, l'exploration des «usages» et des «fins» de la nature conduit à déceler dans les formes sensibles des symboles de l'esprit, de sorte que l'observation de la nature équivaut in fine pour le sujet à contempler sa propre image. La mise au jour de la correspondance entre l'esprit et la matière annule la distance qui les sépare, consacrant l'union du sujet à lui-même et au monde. La théorie des correspondances qui sous-tend Nature a pour horizon l'avènement d'une coïncidence immédiate : elle cherche à se passer des structures intermédiaires et relève d'une logique de l'absolu où le sujet s'affranchirait de toutes les médiations, où toutes les différences seraient enfin résorbées dans la fusion du moi et du monde. C'est toutefois sur un ton étonnamment mélancolique qu'Emerson revient, huit ans plus tard, sur le rapport de l'homme à la nature et rouvre ce chapitre que l'on pensait clos. Dans «Nature», qui paraît en 1844 dans Essays : Second Series, l'affirmation exaltée de la puissance de l'esprit cède la place à l'aveu désenchante de l'impuissance du sujet à coïncider avec la nature : confronté à un dehors en perpétuelle métamorphose, ce dernier constate son impossible adéquation à ce qui non seulement l'excède, mais se dérobe à toute tentative de saisie. Découvrant l'inanité de ses rêves de congruence, la pensée prend acte de sa défaite à convertir la nature opaque en double transparent de l'esprit, tandis que le sujet reconnaît sa condition de créature déchue et se désole d'être devenu le jouet d'une nature qu'il avait cru à tort pouvoir dominer. Une telle lecture revient à partager la carrière d'Emerson entre l'enthousiasme des jeunes années et l'acceptation progressive du tragique de l'existence. Pour beaucoup, l'évolution d'Emerson vers un scepticisme grandissant se voit même confirmée à la lecture de «The Method of Nature», prononcé en 1841. Pivot de cette triade de textes, cette conférence amorcerait le renversement de perspective qu'accomplira l'essai de 1844, puisque Emerson y décrit déjà une nature inchoative, fluide, métamorphique - en un mot, insaisissable -, et un sujet conscient de sa propre finitude. Le mouvement du texte, qui opère par substitutions successives et ne pose de sujet du discours que pour mieux le retirer aussitôt, vient lui-même reproduire la dynamique transférentielle de la nature : comme si elle n'avait d'autre choix pour rejoindre un objet lui-même fuyant, l'écriture mime la méthode «extatique» de la nature, différant à jamais l'élucidation de son secret. La pensée semble alors prendre pour modèle l'excès à l'oeuvre dans la nature et renonce à y traquer sa propre image, sinon sous la forme d'un reflet brisé.
Nombre de pages
267
Date de parution
14/03/2012
Poids
348g
Largeur
146mm
Plus d'informations
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EAN
9782728804733
Titre
Ralph Waldo Emerson. L'Amérique à l'essai
Auteur
Constantinesco Thomas ; Duplay Mathieu
Editeur
ULM
Largeur
146
Poids
348
Date de parution
20120314
Nombre de pages
267,00 €
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Ce livre montre comment lEurope des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles inventa le « je-ne-sais-quoi » en tentant de mettre en mots tout ce que la relation humaine a de proprement énigmatique. Il tente de retrouver la dynamique de cette énigme en traçant lhistoire du je-ne-sais-quoi et de son lacis de significations à travers différents contextes, linguistiques, littéraires et philosophiques, dans la période de son apogée. Contrairement à ce que lon pense dordinaire, le champ dapplication du je-ne-sais-quoi ne se limite pas au discours littéraire ou esthétique, mais il couvre également les domaines discursifs des passions humaines, de la nature, de la culture et de la théologie. Cest ce que montre lanalyse détaillée de textes littéraires et philosophiques très divers, dont certains (Corneille, Descartes, Pascal et Leibniz) sont bien connus des lecteurs daujourdhui, tandis que dautres restent à redécouvrir. Enfin, pour esquisser une manière de sauver le je-ne-sais-quoi du déclin auquel le voue sa propre histoire, ce livre se tourne vers lamont pour sintéresser à la « préhistoire » du je-ne-sais-quoi qui se donne à lire chez Montaigne et Shakespeare. Cest là une manière de détacher le « je-ne-sais-quoi » de son histoire dans lespoir de rester fidèle à lénigme humaine quil est censé désigner.
Derail Agnès ; Constantinesco Thomas ; Folliot Lau
Longue est l'ombre portée de l'aventure puritaine qu'inaugurèrent en 1620 les Pèlerins de la Mayflower et les quelques centaines de dissidents venus d'Angleterre lors de la Grande Migration de 1630, afin de poursuivre la Réforme protestante inachevée dans la Vieille Europe et de planter sur les rives américaines les fondations d'une Nouvelle Jérusalem. Si cette entreprise nous est parvenue avec son cortège de mythes et légendes, ou à travers les strates historiographiques qui ont exposé son prestige ou les causes de son déclin, le vaste corpus d'écrits qu'elle a engendré nous reste quelque peu étranger. Orthodoxes ou hérétiques, théologiens ou poètes, visionnaires ou pragmatiques, les puritains d'Amérique furent nombreux à tenter de donner un sens, par l'écriture, à l'exil et à la colonisation. En traduisant les textes présentés ici, nous avons moins cherché à rendre leurs auteurs familiers qu'à offrir au lecteur l'occasion de percevoir la singularité de leur expérience.
Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist, encore meurtris par leur rencontre avec Alexander Zalachenko, se retrouvent pour enquêter sur un complot au coeur des services secrets américains.
A la fin de la République romaine, deux figures contrastées ont dominé la scène philosophique le Romain Cicéron et Philodème de Gadara, un Oriental hellénisé. Le rôle de Cicéron est bien connu, au moins comme historien de la philosophie ; celui de Philodème, le maître épicurien de la baie de Naples, commence seulement à l'être, depuis que sont réédités scientifiquement les textes transmis par les papyrus d'Herculanum. Il restait à étudier de près les liens unissant ces deux contemporains dont les ?uvres présentent des problématiques qui méritent d'être comparées, sur la politique, l'éthique, la théologie et surtout sur l'esthétique (rhétorique, poétique et musique) tel est l'objet de ce volume qui rassemble une bonne vingtaine de contributions de spécialistes français et étrangers. Leurs travaux font apparaître la fécondité philosophique des polémiques conduites par Cicéron et par Philodème et dessinent des perspectives nouvelles et prometteuses pour l'étude de la polémique philosophique en milieu romain.
Si je devais donner le nom de trois ouvrages américains qui promettent d'avoir une longue, même une très longue vie, je dirais sans hésiter La Lettre écarlate, Huckleberry Finn et Le Pays des sapins pointus. " Ce commentaire de Willa Cather dans sa préface de 1925 au livre de Jewett (1er éd. 1896) étonnera sans doute le lecteur français qui n'a pu encore parcourir dans sa langue les sentiers rocailleux du pays de Jewett. Il est temps aujourd'hui d'ajouter à la cartographie littéraire de la Nouvelle-Angleterre - entre le Boston de Henry James, le Walden de Thoreau et le Salem de Hawthorne - un autre coin de terre. Ce " pays " devient le lieu d'exploration d'une esthétique propre, lieu de négociation avec un imaginaire qui, retaillé à l'aune du quotidien, du féminin, donne au lecteur de ces petites pièces cousues à la manière d'un roman l'occasion de découvrir une autre vision de l'Amérique.
Cuore ("C?ur"), que les Italiens appellent couramment Le livre C?ur, a été le texte le plus lu en Italie entre sa publication en 1886 et la fin des années 1960. Reconstituant les multiples événements d'une année scolaire vécue par des enfants de Turin, il a connu une immense fortune littéraire avant de susciter chez certains intellectuels comme Umberto Eco une profonde et spirituelle aversion. Depuis sa traduction incomplète et approximative en 1892, on ne disposait d'aucune édition critique intégrale en français de ce livre, dont la portée pédagogique et politique pour l'Italie de la fin du XIXe siècle est comparable à celle du Tour de la France par deux enfants sous la IIIe République, et qui permet d'appréhender l'alchimie rêvée des vertus individuelles, civiques et patriotiques dans l'Italie libérale et bourgeoise une génération après son unification. Lire Le livre C?ur aujourd'hui, que l'on soit captivé ou irrité par l'abondance des bons sentiments qui s'y expriment, c'est d'abord vouloir retrouver une société où les apprentissages personnels prennent leur sens en incarnant une communauté nationale idéale.
Qu'elle s'appuie sur l'ornement, la peinture corporelle, le masque ou le pictogramme, la mémoire des peuples "sans écriture" a toujours paru labile, désordonnée, vouée à l'échec. Les "supports mnémoniques" dont parlent les historiens de l'écriture à propos de ces traditions sont régulièrement décrits connue des tentatives avortées de reproduire la forme extérieure d'un objet, ou des moyens graphiques simples d'exprimer des concepts élémentaires. Ce livre nous présente les résultats d'une vaste enquête anthropologique menée en Amérique indienne et en Océanie. Il analyse nombre de ces dispositifs visuels, tout en étudiant les contextes d'énonciation rituelle qu'ils impliquent et démontre une tout autre hypothèse: il existe une voie de la représentation chimérique par laquelle s'inventent des arts de la mémoire non occidentaux. Rien d'imitatif dans ces "supports mnémoniques" dont la forme mobilise le regard et invite à les décrypter. Ils sont les témoins visuels d'une série d'opérations mentales condensées en images efficaces, intenses et fragmentaires à la fois. Un nouveau champ de recherche s'ouvre grâce à l'étude de ces traditions iconographiques et orales qui concerne l'histoire des arts autant que l'ensemble des sciences sociales - une anthropologie de la mémoire.