Fin des grands récits, fin du monde, fin de l'homme : nous n'en finissons plus de penser les fins et de nourrir la pensée du post-, et d'interroger ce faisant les conditions de notre présence. C'est qu'il faut encore des humains pour penser le posthumain... S'il révèle les limites de la réflexion sur l'après, inversement le posthumain peut fissurer le socle épistémologique de la finitude humaine. Le "post" est toujours un "déjà". Dans la fiction et dans les pratiques, cette réflexion elle-même hybride donne naissance à des manifestations hybrides, parmi lesquelles les cyborgs, les mutants et les hackers occupent une place privilégiée en tant que figures singulièrement populaires dans la représentation de nos rencontres avec d'autres formes - animales, machiniques, médiatiques... Si le principe de comparaison laisse entendre précisément qu'hybrider, c'est penser, une approche de ces figures et structures hybrides semble propre à la compréhension des systèmes et des communications dans lesquelles nous nous inscrivons.
Roman de moeurs écrit par une expatriée et donc doublement marqué par la distance, qui seule permet de comprendre et peut-être de juger, The Custom of the Country, publié en 1913, brosse le portrait sans complaisance de l'ambitieuse la plus dépourvue de scrupules de l'histoire de la littérature. Cet ouvrage collectif propose plusieurs lectures dans le but de rendre compte de la complexité de ce portrait, celui d'une femme mais aussi celui d'une époque.
Comme son titre l'indique, ce numéro d'Otrante s'inscrit dans la continuité d'un autre qui l'a précédé, "Mutations 1 : Corps posthumains". Ce dernier mettait en avant un processus d'évolution où le corps devient mutant, se modifiant en fonction d'un imaginaire de l'altérité posthumaine qui relève aussi d'une réflexion philosophique. C'est d'abord du corps lui-même que l'imaginaire de la mutation était envisagé. Le présent numéro sur "Homme/machine" offre plutôt des analyses qui, à l'inverse, montrent comment elle altère la réalité sociale, et pour cette raison, provoque des mutations qui ont des effets sur les individus : sa psyché, son ontologie, et même sa physiologie. De la machine à la machination, se dessine souvent un dispositif coercitif qui pèse sur les existences. Malgré les apparences parfois trompeuses, les machines sont rarement des entités neutres et il arrive qu'elles agissent sur la nature humaine, au point de la transformer. Des trains symbolisant le progrès de l'âge industriel aux ordinateurs produits par Bill Gates et Steve Jobs en passant par le téléphone et la voiture, la machine a complètement transformé l'environnement, imposant la mécanique au coeur de la nature et transformant par la même occasion les comportements et les modes de pensée de l'humanité. La fiction, plus que jamais, en traduit les effets. Ce sont ces effets que les articles de ce volume entendent explorer.
Boof-Vermesse Isabelle ; Monfort Bruno ; Paquet-De
Jeu fluide qu'inquiéterait le ballet subreptice des métaphores, The House of Mirth, somptueux roman de Wharton, prend et donne la mesure de la théâtralité du social et de la facticité du réel. Exclue du cercle enchanté, l'héroïne livrée au délitement des certitudes donne corps à un mystère de la grâce. Le sombre naturalisme d'une certaine tradition du cinéma vient le relayer un siècle plus tard : dans l'adaptation filmique de Terence Davies, la mise en scène étudiée trace l'épure d'une chute inexorable faute de catharsis. Le succès critique et public du film comme du livre se nourrit ainsi de l'échec de Lily Bart. La collection bilingue "Intercalaires : Agrégation d'anglais" s'adresse aux candidats préparant le concours, ainsi qu'à tous ceux qui s'intéressent aux sujets inscrits au programme. Elle propose un complément aux cours qui se veut une ouverture sur les questions abordées par la recherche contemporaine.
Selma Lagerlöf est célèbre mais toujours mal connue. Les lecteurs français ont encore beaucoup à découvrir de l'auteure du "Merveilleux Voyage de Nils Holgersson" à travers la Suède, l'une des oeuvres suédoises les plus traduites à travers le monde. L'ouvrage examine la traduction et la diffusion des oeuvres de Selma Lagerlöf en France et en Europe, mais aussi leur adaptation au cinéma. Les différents articles recueillis étudient également le personnage de l'auteure et son succès auprès du public français. Finalement, des chercheurs et traducteurs français et suédois réfléchissent à la situation particulière de Selma Lagerlöf, placée à la fois au centre et à la périphérie de la littérature mondiale.
Les contributions qui vont suivre examineront, librement, les variations de la temporalité chez certains romanciers du XXe siècle, riche en avatars et en subversion. Petit à petit, le temps devient lui-même un acteur privilégié de l'univers romanesque. Selon le mot de Claude Lévi-Strauss, que Proust n'aurait pas contredit, il accède au statut de " héros du roman ". Si le temps raconte son histoire, c'est qu'il " est né de l'exténuation des mythes ", et même " se réduit à une poursuite exténuante de sa structure. " (Mythologiques, t. III, 1968). Le temps romanesque peut se jouer des lois du temps réel, le contracter ou le dilater, l'accélérer ou le ralentir. Il mélange des segments et des séquences parfois fort éloignés au plan diachronique. Pour avoir été considéré comme un miroir du temps, un Zeit-Spiegel, le temps romanesque devient, au XXe siècle, un Zerr-Spiegel, un miroir déformant. Ainsi que le montrent les études de cet ouvrage, cet effritement ne nuit pas au genre : la liberté de la fiction y puise un renouvellement constant et assure à sa propre création un avenir qui déjoue les lois du temps. Pari gagné à en juger les auteurs de ce volume.