Par décret des Anges, par les mots des Saints, nous bannissons, écartons, maudissons et déclarons anathème Baruch de Spinoza avec toutes les malédictions écrites dans la Loi. Maudit soit-il le jour et maudit soit-il la nuit, maudit soit-il à son lever, maudit soit-il en sortant et maudit soit-il en entrant." Spinoza a vingt-quatre ans lorsque, en 1656, s'abat sur lui la sentence de la communauté juive d'Amsterdam. Sa faute ? Affirmer que tout l'être est l'être en ce monde, et qu'il n'y a rien au-delà. L'hérésie fera son chemin : deux siècles plus tard, Nietzsche proclamera la mort de Dieu et Freud le primat du désir dans l'homme. Ce livre nous convie d'abord à saisir cette révolution intellectuelle dans son contexte historique et culturel. La disposition du juif d'Amsterdam à se tourner vers les choses terrestres, sa quête d'un salut séculier, cette tendance à l'équivoque et au double langage, tous ces traits plongent leurs racines dans l'aventure de ses ancêtres marranes, ces juifs d'Espagne et du Portugal convertis de force et pourchassés par l'Inquisition. En examinant de près le cas d'autres intellectuels, tant dans les premières années du marranisme que chez les contemporains de Spinoza, Yirmiyahu Yovel montre le caractère récurrent de ces structures et la façon dont elles s'expriment lorsqu'elles quittent le domaine de la transcendance religieuse pour celui de la raison. La philosophie de l'immanence a bel et bien façonné la pensée moderne. Et c'est à relire Kant, Hegel, Heine, Nietzsche et Freud, ces autres hérétiques, à la lumière de l'oeuvre spinozienne que nous invite ensuite ce maître-livre. Qui douterait, au terme du voyage, que la connaissance rationnelle a partie liée avec la dissidence et la critique des religions ...
Nombre de pages
564
Date de parution
03/10/1991
Poids
710g
Largeur
153mm
Plus d'informations
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EAN
9782020125178
Titre
Spinoza et autres hérétiques
ISBN
202012517X
Auteur
Yovel Yirmiahu
Editeur
SEUIL
Largeur
153
Poids
710
Date de parution
19911003
Nombre de pages
564,00 €
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Cette nouvelle analyse de Kant, originale et pénétrante, dévoile la dimension historique qui imprègne toutes les couches du système critique de Kant - particulièrement l'éthique, mais également la religion, la politique, le droit, l'éducation, ainsi que la méthodologie et l'histoire de la science et de la philosophie. A l'encontre des idées reçues, l'auteur montre à quel point le concept d'une histoire de la raison est indissociable du système kantien, et rend le passage de Kant à Hegel bien plus intelligible qu'il ne l'était jusqu'à présent. Depuis sa publication en anglais, l'ouvrage du Professeur Yovel a été salué comme ouvrant des voies nouvelles dans les études kantiennes.
La conversion forcée puis l'expulsion des juifs espagnols et portugais aux XIVe et XVe siècles nesont pas des événements anodins ou secondaires de l'histoire européenne. Yirmiyahu Yovel revientici, longuement, sur l'histoire de ceux qu'il préfère désigner du nom de conversos: sur leursorigines dans l'Ibérie musulmane; les raisons complexes de leur conversion forcée à la fin du XIVesiècle; leur expulsion pour raison de « pureté du sang » à la fin du XVe; leur « fortune » ultérieureen Europe. En se fondant sur une considérable documentation, Yovel n'hésite pas à prendre parti,avec des arguments, sur les nombreuses questions qui restent ouvertes à propos des conversos.Mais son travail historique, d'une particulière clarté, est avant tout prétexte à une interrogationphilosophique ou anthropologique: « qu'est-ce », au fond, qu'un marrane? Que furent-ilshistoriquement et mais surtout « en soi »? Que signifie, à quoi aboutit une conversion forcée? Etcomment vit-on intérieurement une conversion par la force? Pourquoi les marranes sont-ilsdevenus, pour certains d'entre eux, des précurseurs de l'âge moderne? Sont ainsi abordées lesquestions de l?« autre intérieur », de l'identité multiple, de la subjectivité scindée, de l'illusion del'identité homogène, de la valeur de l'accomplissement individuel, de la sécularisation moderne parindifférence au judaïsme comme au christianisme, par l'importance accordée aux « choses de cemonde »...
Dans l'imagerie courante, Hegel est le philosophe de la "raison dans l'histoire", et Nietzsche une des sources irrationnelles de l'antisémitisme moderne. Pourtant, si l'on examine avec précision l'image du judaïsme et des juifs chez l'un et l'autre, on arrive à une conclusion quasi inverse. Le Hegel de la dernière période a certes abandonné l'antijudaïsme primaire de son enfance. Mais le rôle des juifs, émancipés par la Révolution française, est désormais pour ainsi dire terminé. Pour Hegel, l'existence comme juif n'a plus de sens dans l'histoire moderne. Nietzsche, au contraire, pourtant éduqué dans l'antijudaïsme et environné d'antisémites, devient un anti-antisémite passionné. Il sera un admirateur fervent du judaïsme ancien et des juifs de la Diaspora, qui joueront, selon lui, un rôle important dans l'Europe à venir. Il réserve tous ses coups, en revanche, au judaïsme "sacerdotal" du Second Temple, ancêtre du christianisme, du message décadent de Jésus, de l'inversion des valeurs qu'il lit dans le Nouveau Testament et qui fait la "maladie" de l'Europe chrétienne. Dans ce livre brillant et convaincant, Yovel montre que l'antisémitisme et ses sources ne se trouvent pas nécessairement là où l'on croit : une philosophie de la raison n'en est pas démunie, tandis qu'une pensée de la "volonté de puissance" peut y échapper.
Yokel Nathalie ; Verrièle Philippe ; Buffard Claud
Dès la création d?Ulysse, en 1981, critiques et spectateurs savent que la Jeune Danse française tient un de ses chefs-d??uvre? Jean-Claude Gallotta reprend l??uvre en 1984, l'adapte pour l'Opéra de Paris en 1993, puis en 1995 sous une forme très remaniée et le titre Les Variations d'Ulysse? Ulysse, toujours là, n'a cependant pas cessé d'évoluer tout en restant ce voyage en blanc joyeux comme un rêve d'adolescence éternelle.Car le paradoxe d'Ulysse tient à ce qu'à feindre ignorer le temps qui passe, il en avive la conscience. Et constitue l'une des étapes de la prise de conscience du répertoire chorégraphique contemporain.Nathalie YokelJournaliste, critique de danse (Danser, La Terrasse), co-rédactrice en chef de la revue Ballroom (2014-2019), elle est aussi directrice des projets artistiques et du développement territorial, responsable danse et cirque du Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France.
Le 29 décembre 1956, l'Algérie française portait en terre l'un de ses leaders, Amédée Froger, tué la veille, alors qu'il sortait de son domicile. La nouvelle de l'assassinat a fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger ont rassemblé une foule nombreuse. Elles ont surtout été l'occasion de ratonnades qui ont marqué les observateurs. S'appuyant sur de nombreuses sources, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault retrace ces événements et propose à travers eux une généalogie des violences exercées par les Français sur les Algériens dans le contexte de la colonisation. Trop souvent résumées à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux seules exactions de l'OAS à la toute fin de la guerre, ces violences - non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de la minorité française, née là-bas - s'inscrivent dans une histoire longue. Elles se nourrissent d'un rapport de domination brutal, empruntant à toutes les formes d'oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s'ancrent dans un espace urbain où les différences et les inégalités se lisaient à la moindre échelle, celle du quartier, voire de la rue ou de l'immeuble. Faisant des événements ayant entouré la mort et l'enterrement d'Amédée Froger le chaînon manquant de cette longue histoire, Sylvie Thénault propose ici une histoire spatiale et sociale de la guerre à Alger, en plaçant au coeur de l'interrogation ce que les ratonnades doivent aux rapports entre les populations en présence.
XVIIe siècle. Aux Antilles. C'est la nuit sur une plantation où se déroule une veillée mortuaire. Un vieux-nègre esclave entre dans le cercle des flambeaux. Dès ses premiers mots, il se métamorphose en " maître-de-la-Parole ". Comment ce vieil homme a-t-il pu s'ériger en père fondateur de la littérature des Amériques ? Quels sont les secrets de cet improbable résistant à l'esclavage et à la colonisation ? D'où lui vient cette assignation à ne conter que la nuit, sous peine d'être transformé en panier ? Et pourquoi un panier ? Partant de l'extraordinaire émergence du conteur créole, Patrick Chamoiseau interroge son propre travail d'écrivain, sa mémoire intime et les mystères de la création. Quels sont les grands enjeux de la littérature contemporaine ? En quoi rejoignent-ils ceux de ce vieux maître-de-la-Parole ? ... " Chaque création est une avancée de la réflexion, de la connaissance, du rapport désirant avec cet horizon sans horizon qu'est la Beauté. " Patrick Chamoiseau, né en 1953, a élargi la portée de la littérature antillaise à un niveau mondial. Prix Goncourt pour Texaco (Gallimard, 1992), il est l'auteur d'une oeuvre narrative et théorique majeure où se mêlent imaginaire foisonnant et conscience politique. Sa voix est aujourd'hui l'une des plus influentes de la Caraïbe. Au Seuil ont récemment paru La Matière de l'absence (2016), Frères migrants (2017), Contes des sages créoles (2018) et, en Points Thriller, J'ai toujours aimé la nuit (2018).
Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore.Ce livre est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées...Il s'agit ici non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ...Car le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.E.M.
Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s'évertuent à punir par eux-mêmes les fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l'ordre, ils s'improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux. Des groupes d'autodéfense du Far West aux chasseurs de pédophiles en Russie contemporaine, les justiciers hors-la-loi sont typiquement des hommes blancs, réactionnaires et xénophobes. Toutefois, mouvements révolutionnaires et défenseurs des dominés ne s'interdisent pas de manier, à leur tour, le fouet et le feu. L'auto-justice compte en outre de fervents zélateurs dans les services répressifs. Et quand policiers et paramilitaires s'affranchissent du cadre légal pour nettoyer la société, ils précipitent l'avènement de l'Etat justicier. Cet essai comparatif s'aventure dans les eaux troubles de la justice sommaire. Au terme d'un périple dans le monde perturbant des redresseurs de torts, une question s'impose : la France est-elle immunisée contre cette fièvre punitive ...