Dix ans de bonheur. Un couple bourgeois à l'Age des extrêmes
Warnier Jean-Pierre
KARTHALA
30,00 €
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EAN :9782384090525
Exploitant au mieux le "moment postal" (1860-1970) qui a fait de la correspondance privée un vecteur majeur de la subjectivité, de l'ordre familial et des rapports sociaux, Jean-Pierre Warnier retrace la microhistoire d'un couple bourgeois, de sa parentèle, de ses intérêts matériels, de son style de vie à l'Age des extrêmes : ceux des deux guerres mondiales, de la Grande Crise, de l'effet de ciseaux entre le nazisme et le bolchevisme qui prend en otage la société française de la première moitié du XXe siècle. Aux antipodes des interprétations culturalistes ou structuralistes, il restitue l'historicité de cette dernière. Il place sous une lumière toute en nuances ses conflits, ses indéterminations, ses ambivalences, ses hésitations, ses retournements. Il apporte des informations inédites sur le catholicisme antimoderne qui a joué un rôle méconnu au sein du patronat français de l'entre-deux guerres et de la reconstruction, notamment dans la création du Centre des jeunes patrons (CJP) et du CNPF, et sur l'influence millénariste, dans ces milieux, de Marthe Robin, la mystique de Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme, et de son confesseur le Père Finet, avant que ne s'affirme la puissance idéologique du modèle américain. Au-delà de cette belle leçon d'histoire sociale et culturelle qui permet de mieux comprendre le conspirationnisme de la droite conservatrice et réactionnaire en ce début de XXIe siècle, Jean-Pierre Warnier affine son anthropologie historique et compréhensive du politique qui avait déjà excellé dans l'analyse des royaumes de l'ouest du Cameroun. Attentive à la culture matérielle et aux techniques du corps, sa méthode fournit un antidote salubre à l'"escroquerie intellectuelle" de la définition libérale du sujet performant et manageur de lui-même.
Nombre de pages
448
Date de parution
24/03/2023
Poids
560g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782384090525
Auteur
Warnier Jean-Pierre
Editeur
KARTHALA
Largeur
135
Date de parution
20230324
Nombre de pages
448,00 €
Disponibilité
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L'auteur, professeur d'anthropologie, et socialiste de conviction revisite le "socialisme" (d'où le s final du titre), de manière historique et critique. Le livre est écrit de manière non académique, sans aucune note de bas de page ; il est donc d'une lecture simple et s'adresse à tout "honnête homme" , quelles que soient par ailleurs ses opinions politiques. Un CD, comportant toutes les sources et références, sera fourni gracieusement (bon de commande à la fin de l'ouvrage) à tout lecteur qui voudrait en savoir plus.
Pour un apprenti conducteur, la voiture, un objet pourtant familier de son environnement quotidien, est un corps étranger. Ses gestes sont gauches. Son corps ne répond pas. L'apprentissage terminé, le conducteur fera corps avec son auto. Il conduira sans presque plus penser aux automatismes gestuels qu'il a eu tant de mal à acquérir. Il aura réalisé ce que Paul Schilder appelle sa synthèse corporelle. Il intègre dans son corps une perception implicite du volume de la carrosserie, de la dynamique de l'accélération et du freinage ou de la distance à sauvegarder par rapport aux autres véhicules. L'objet s'est intériorisé. Le sujet-conducteur s'est transformé. Il participe d'une nouvelle culture matérielle.Il existe de par le monde une grande diversité de cultures matérielles depuis celle du pilote de ligne qui doit maîtriser son Boeing 747 jusqu'à celle du paysan nigérian qui manie sa houe, en passant par la ménagère qui repasse son linge au fer électrique dans un habitat urbain européen. La thèse centrale de Jean-Pierre Warnier, dans la lignée des travaux de Schilder, Mauss, Leroi-Gourhan ou Merleau-Ponty hier, ou de Pierre Parlebas aujourd'hui sur le sport, est que l'action motrice du corps permet une "mise en objet" des sujets, hommes ou femmes, en fonction de leurs différentes cultures matérielles. L'objet n'est plus seulement un signe extérieur, il est une partie incorporée de l'action en société. Il révèle la partie la plus opaque du sujet, celle où la verbalisation ne suffit plus, celle où seul le corps peut exprimer ce que la matérialité veut dire.Livre anthropologique, il intéressera tous ceux, historiens, psychologues, sociologues ou professionnels des objets qui prennent au sérieux la place de la matérialité dans la vie sociale, comme un ensemble de techniques de construction du soi qui différent de sujet à sujet et de société à société.
Le roi Ngwa'fo des Mankon est ingénieur agricole, homme d'affaires et premier vice-président du parti de Paul Biya. Il a succédé à son père en 1959. Son règne couvre cinquante ans d'indépendance. Il affiche des convictions modernisatrices tout en remplissant à la lettre ses fonctions monarchiques. Il fait des offrandes aux défunts. Son corps propre est investi de substances de vie ancestrales. Il les communique à son peuple et à ses épouses par sa parole, son souffle, sa salive, sa semence, et par des substances qui démultiplient ses humeurs corporelles. Il agit comme un "roi-pot" muni d'une enveloppe et d'orifices qui ordonnent et contrôlent des transits en flux entrants et sortants. Ses sujets mettent en ?uvre des techniques du corps et des techniques de soi qui les identifient à des récipients en rapport avec le corps du roi. Le fardeau de la royauté consiste à dispenser des substances unifiantes, tout en fabriquant des limites et du transit, afin d'assigner à la localité des sujets soumis aux forces centripètes des conflits, de la sorcellerie, du marché, de la modernité, des migrations du travail. La combinaison d'une problématique d'inspiration foucaldienne de la gouvernementalité et d'une ethnographie très concrète des pratiques matérielles et motrices, peu verbalisables, démontre que le pouvoir s'adresse aux corps et aux objets. Les sujets s'assujettissent, sans prise de conscience critique, aux enveloppes qui les contiennent.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.