Le roi Ngwa'fo des Mankon est ingénieur agricole, homme d'affaires et premier vice-président du parti de Paul Biya. Il a succédé à son père en 1959. Son règne couvre cinquante ans d'indépendance. Il affiche des convictions modernisatrices tout en remplissant à la lettre ses fonctions monarchiques. Il fait des offrandes aux défunts. Son corps propre est investi de substances de vie ancestrales. Il les communique à son peuple et à ses épouses par sa parole, son souffle, sa salive, sa semence, et par des substances qui démultiplient ses humeurs corporelles. Il agit comme un "roi-pot" muni d'une enveloppe et d'orifices qui ordonnent et contrôlent des transits en flux entrants et sortants. Ses sujets mettent en ?uvre des techniques du corps et des techniques de soi qui les identifient à des récipients en rapport avec le corps du roi. Le fardeau de la royauté consiste à dispenser des substances unifiantes, tout en fabriquant des limites et du transit, afin d'assigner à la localité des sujets soumis aux forces centripètes des conflits, de la sorcellerie, du marché, de la modernité, des migrations du travail. La combinaison d'une problématique d'inspiration foucaldienne de la gouvernementalité et d'une ethnographie très concrète des pratiques matérielles et motrices, peu verbalisables, démontre que le pouvoir s'adresse aux corps et aux objets. Les sujets s'assujettissent, sans prise de conscience critique, aux enveloppes qui les contiennent.
Nombre de pages
338
Date de parution
01/04/2009
Poids
460g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782811101763
Auteur
Warnier Jean-Pierre
Editeur
KARTHALA
Largeur
135
Date de parution
20090401
Nombre de pages
338,00 €
Disponibilité
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Pour un apprenti conducteur, la voiture, un objet pourtant familier de son environnement quotidien, est un corps étranger. Ses gestes sont gauches. Son corps ne répond pas. L'apprentissage terminé, le conducteur fera corps avec son auto. Il conduira sans presque plus penser aux automatismes gestuels qu'il a eu tant de mal à acquérir. Il aura réalisé ce que Paul Schilder appelle sa synthèse corporelle. Il intègre dans son corps une perception implicite du volume de la carrosserie, de la dynamique de l'accélération et du freinage ou de la distance à sauvegarder par rapport aux autres véhicules. L'objet s'est intériorisé. Le sujet-conducteur s'est transformé. Il participe d'une nouvelle culture matérielle.Il existe de par le monde une grande diversité de cultures matérielles depuis celle du pilote de ligne qui doit maîtriser son Boeing 747 jusqu'à celle du paysan nigérian qui manie sa houe, en passant par la ménagère qui repasse son linge au fer électrique dans un habitat urbain européen. La thèse centrale de Jean-Pierre Warnier, dans la lignée des travaux de Schilder, Mauss, Leroi-Gourhan ou Merleau-Ponty hier, ou de Pierre Parlebas aujourd'hui sur le sport, est que l'action motrice du corps permet une "mise en objet" des sujets, hommes ou femmes, en fonction de leurs différentes cultures matérielles. L'objet n'est plus seulement un signe extérieur, il est une partie incorporée de l'action en société. Il révèle la partie la plus opaque du sujet, celle où la verbalisation ne suffit plus, celle où seul le corps peut exprimer ce que la matérialité veut dire.Livre anthropologique, il intéressera tous ceux, historiens, psychologues, sociologues ou professionnels des objets qui prennent au sérieux la place de la matérialité dans la vie sociale, comme un ensemble de techniques de construction du soi qui différent de sujet à sujet et de société à société.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.