L'anthropologie à l'époque de l'enregistreur de paroles
Traimond Bernard
WILLIAM BLAKE
30,50 €
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EAN :9782841031665
Extrait Extrait de l'introduction : Comme une nouvelle de Borges ou une vitrine d'un musée d'anthropologie, ce livre pourrait commencer par juxtaposer plusieurs objets disparates, un enregistreur de son, la photo d'un chercheur au travail peut-être face à son locuteur, un manuscrit, un livre d'anthropologie. L'année de cette juxtaposition - 1960 - justifie cet assemblage aussi arbitraire qu'hétéroclite. Apparu à ce moment de l'histoire de l'anthropologie, l'irruption du magnétophone - selon l'expression de Jack Goody (1996 : 127) - modifie chacun des différents éléments énumérés. Exprimé après coup par un récit, l'usage généralisé du graveur (et du reproducteur) de paroles fournit un même dénominateur à des éléments antérieurement séparés. À ce moment-là, par le miracle de l'enregistrement et de la transcription, les modalités des enquêtes et les informations recueillies changent de statut et d'échelle. L'écriture et même l'objet de l'anthropologie s'en trouvent modifiés. Je voudrais reconstituer les récits qui permettent de relier ces éléments hétéroclites, proposer une généalogie des liens qui les organisent, établir une dramaturgie qui organise des relations entre des objets disparates. Le terme de magnétophone est nettement antérieur. Ce fut d'abord le nom d'une marque, celle donnée à un appareil d'enregistrement sonore sur bande magnétique construit à partir de 1936 - en plein nazisme - par l'entreprise allemande AEG-Téléfunken. Mais vingt ans plus tard, en 1956, Marcel Griaule parlait encore dans ses derniers cours de «graveur de son». Aujourd'hui, les mots de dictaphone, de lecteur-enregistreur ou de MP3 s'ajoutent à celui de microphone pour désigner des appareils servant à réaliser les mêmes tâches.
Nombre de pages
198
Date de parution
05/11/2008
Poids
390g
Largeur
157mm
Plus d'informations
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EAN
9782841031665
Titre
L'anthropologie à l'époque de l'enregistreur de paroles
Auteur
Traimond Bernard
Editeur
WILLIAM BLAKE
Largeur
157
Poids
390
Date de parution
20081105
Nombre de pages
198,00 €
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Pourquoi, à nos yeux, l'orthographe a-t-elle une si grande importance ? Lorsque le regard se porte soit sur le passé, soit sur d'autres langues, la place de la graphie n'apparaît pas aussi déterminante. Jusqu'à ces dernières années, un Anglo-Saxon ne se souvenait pas comment il avait appris la façon dont il écrit sa propre langue alors que pas un Français ne l'ignore. Mieux, dans ce dernier pays, chacun dispose généralement sur ce point d'une conception très arrêtée de l'orthographe, sur sa dégradation, sur les causes de son irrespect. Chacun se sent capable de proposer des solutions. L'orthographe partage avec quelques autres thèmes, comme la religion musulmane, les " maths modernes " ou l'apprentissage de la lecture, le privilège de constituer un objet sur lequel quiconque a un avis. Dès lors, qu'ils choisissent la conformité, la nécessité ou le refus de l'orthographe, les locuteurs que nous avons rencontrés expriment chaque fois des relations aux autres. Ils doivent impérativement prendre position par rapport à leur entourage. Aussi, avec la question de l'orthographe, nous rencontrons un " lieu de cristallisation " issu non seulement des émotions ressenties dans l'activité quotidienne mais aussi de l'intériorisation des plus dogmatiques des doctrines. Le " vécu " des locuteurs s'articule aux théories des linguistes plus ou moins consciemment intériorisées, exprimées avec plus ou moins de bonheur. Ce faisceau de rencontres déterminera notre recherche. Il s'agira de garder dans leur intégralité, non seulement ces émotions - l'arc-en-ciel des joies et des terreurs que suscite l'orthographe - mais aussi les théories aussi farfelues ou abstraites soient-elles, afin de rendre compte, autant que faire se peut, de la façon dont, dans ce pays, tout locuteur tente d'écrire sa langue. Nous rencontrons ainsi un lieu où se bousculent les discours les plus divers, ceux du théoricien et ceux du praticien, ceux du savant et ceux du vulgaire, chacun prenant généralement le plus grand soin d'occulter ses objectifs.
... Ce livre peut se lire comme un plaidoyer en faveur de la critique des sources en anthropologie. En effet, pour diverses raisons - parfois contradictoires - cette discipline s'est rarement préoccupée de la qualité des informations dont elle dispose. Généralement, l'anthropologue fabrique lui-même les données qu'il utilise au moyen d'entretiens avec les locuteurs qu'il rencontre. Par là même, il s'adresse directement à l'objet de ses recherches, sans utiliser le moindre biais, le moindre intermédiaire. Il enquête auprès de ceux qu'il étudie. Mais les informations ainsi récoltées résultent d'une interaction dans laquelle le chercheur joue un rôle décisif. Une question induit une réponse et si l'enquêteur ou même le moment changent, les propos tenus feront de même. Au mystificateur cynique, Psalmanaazaar, a succédé l'honnête chercheur calomnié puis réhabilité, La Villemarqué. Avec Bladé, nous avons cherché à suivre toute la démarche de l'enquêteur, de ses collectes en langue indigène peu connue, ici le gascon, à sa traduction et sa publication en langue nationale chez les éditeurs de la capitale. Il ne nous restait donc plus qu'à examiner des supercheries contemporaines, Castañeda, avant de montrer que certaines critiques peuvent porter même sur des domaines difficilement contestables (Freeman et Mead). Ce parcours nous conduit au carnet d'enquête, aujourd'hui objet de focalisation de toute critique des sources en anthropologie.
Quand deux personnes parlent d'économie, le moindre examen des conversations le montre, elles invoquent rarement la même chose. D'où proviennent cette polysémie et ces ambiguïtés ? Partant de cette singulière constatation, l'ouvrage examine les glissements successifs qui ont installé un type de discours fondé sur des catégories immuables depuis trois siècles, gagnant ainsi une autorité qu'il est devenu impossible de discuter. Pourtant, la tradition de déconstruction installée depuis quelques décennies dans les sciences sociales qui a déjà démantelé les mentalités, l'ethnie, l'auteur, l'opinion publique... rend nécessaire le démontage de l'" économie ". Il suffit alors de dévoiler les raisons historiques de sa mise en place et les contradictions entre les divers principes qui la fondent. Cet examen permet sans peine de préciser quelques-unes des raisons pour lesquelles le " discours économique " présente d'extrêmes faiblesses qui contrastent avec son universel succès. Les critiques qu'il suscite de ci de là méritent d'être rassemblées de façon un peu systématique. En proposant une autre approche du monde, en déplaçant les points de vue " indiscutés ", l'auteur cherche à ouvrir la voie à une mise en cause des discours dominants, des catégories pré-construites et des problématiques imposées pour surtout laisser la place à des démarches plus sérieuses... et qui sait à un nouvel enchantement du monde...
Matsuo Bashô (1644-1694) est resté un des poètes les plus chers au c?ur des Japonais qui tous peuvent réciter au moins un de ses tercets ou hokku (que l'on appellera haiku par la suite). Ce fils et frère de samouraï quitta très tôt le service des armes pour se consacrer à l'étude des littératures classiques du Japon et de la Chine et à la pratique du haikai, poésie enchaînée collective très populaire en son temps. Bien vite, il fit entendre une tonalité, un style, un esprit spécifiques, et créa son école appelée le shômon. Bashô, tout en conservant les sujets réalistes, le langage quotidien et l'humour du haikai, y transfuse l'exigence esthétique et la sensibilité de la poésie classique (waka, renga). Sa manière se caractérise notamment par son attention aux petites choses de la vie et à la profondeur qu'elles recèlent. Le poète consacra les dix dernières années de sa vie à voyager à travers le Japon pour donner des leçons, établir des cercles de disciples, mais aussi pour renouveler son inspiration et poursuivre sans concession la vérité du monde. Le voyage devint dès lors un pèlerinage et une ascèse mystique. De ces pérégrinations, Bashô tira plusieurs journaux poétiques dont le plus célèbre est L'Étroit Chemin du fond où il consigne et met en ?uvre l'essentiel d'un périple à pied de cinq mois dans le nord du Japon, de temples en sanctuaires, de sites géographiques en lieux marqués par les tragédies de l'histoire, à travers un paysage sauvage, montagneux ou marin. Voyage au fin fond du pays, voyage au fond des choses et des êtres, vers le fond de la parole: quête à la fois physique et langagière du Sens et de la Réalité ultime. De ce chef-d'?uvre, nous donnons ici, en regard du japonais, une traduction entièrement nouvelle, accompagnée d'un important appareil de notes et commentaires, indispensable pour saisir les allusions historiques et littéraires, les citations déguisées, les références culturelles, et permettre à ce texte plutôt mince de prendre sa dimension réelle, presque infinie. Alain Walter.
Le 29 mars 2023, l'auteur assista dans la cadre du festival ?Cinéma du réel? à Beaubourg à la projection d'Eventide, film de Sharon Lockhart d'une durée de 35?. Ce film consiste en un unique plan fixe tourné sur une plage de l'île de Götland, en mer Baltique, fin août, c'est-à-dire au moment où les pluies d'étoiles filantes sont les plus visibles. Dans l'espace de ce plan apparaissent peu à peu, au fur et à mesure que la nuit s'épaissit, des silhouettes qui se déplacent. Munies seulement de la lumière d'un téléphone portable, elles évoluent avec lenteur puis elles s'éclipsent. Rien d'autre n'aura lieu que le passage de ces existences dans la nuit, sans qu'on sache rien d'elles, mais le film est fait de telle manière qu'il restitue intégralement leur mystère et celui de la puissance nocturne. En le voyant l'auteur ne put que se remémorer la découverte qu'il avait faite peu avant, en visitant la Pinacothèque de Munich, du tableau d'Adam Elsheimer qui représente La Fuite en Égypte. La parenté entre ce tableau qui date de 1609 et le film de Sharon Lockhart, qui lui parut évidente, est l'objet de son récit. Même intensité des points lumineux dans la nuit, même omniprésence du ciel (on dit que le tableau d'Elsheimer a été le tout premier à prendre en compte les observations de Galilée), même discrétion de la présence humaine, même élongation du silence. Si jamais le mot de paix eut un sens, peut-être peut-on le trouver dans le point de rencontre entre ces deux ?uvres, si différents que soient leur médium ou leur époque. Le récit qui est fait de cette rencontre s'efforce de rester dans sa lumière, sans rien lui rajouter. Le titre en langue anglaise est une citation de la chanson entonnée par la petite Pearl dans La Nuit du chasseur.
Si ton itinéraire te désavoue accepte de tomber sans précaution. La chute est humaine. Ne pleure pas. Elle est le témoin de la traversée des sentiers. Ne pleure pas. L'expérience est au prix de la marche éternelle. Verse des larmes si ton coeur mordu par la douleur te le réclame mais ne pleure pas.