C'est lors d'un séjour à la Factorie - Maison de Poésie de Normandie en décembre 2022 que débute l'écriture de "Seuls les oeufs durs résisteront". Le paysage singulier de l'Ile du Roi à Val-de-Reuil, bande de terre située au milieu de l'Eure, en face du centre de détention d'une ville créée ex-nihilo dans les années 1970 par l'Atelier de Montrouge, a inspiré ce livre qui explore les espaces liminaux, aussi bien physiques qu'identitaires. La ville et ses codes y trouvent leur envers, l'île, une île au milieu d'une rivière, une île près d'un lac qui est un étang, une île où l'on ne tranche pas. A la ville il y a il, il y a elle. Sur l'île, il y a elle et il et le sauvage, l'autre en soi, de chair, de souvenirs, l'autre que l'on repousse, que l'on ne sait pas accepter ou qui prend le contrôle, l'autre que l'on espère quand on perd le contrôle. Une voix naît de ce va-et-vient. La parole poétique laisse divaguer les multitudes et une seule chose est sûre : seuls les oeufs durs résisteront, dont voici un extrait : '' Plein comme un oeuf on dit plein comme un oeuf et pas serre? comme des oeufs parce que les oeufs ne sont pas serre?s pas particulie?rement serre?s les oeufs sont moins serre?s que les sardines dans leur boi?te me?tallique les oeufs eux sont a? l'aise les oeufs jouissent d'espace dans leur boi?te en pulpe de papier dans leur carton recycle? chacun son alve?ole de moine ou moniale sa cellule molletonne?e a? dire vrai les oeufs sont plus fragiles que les sardines sont moins serre?s que les poussins broye?s en batterie que les poules et poulets mal e?leve?s les oeufs sont pre?cieux les oeufs sont une denre?e les oeufs sont dans la recette des petits macarons colore?s les oeufs fre?quentent des aro?mes nobles comme la rose la framboise le yuzu le litchi le chocolat pa?tissier d'artisans chocolatiers le blanc des oeufs se monte en neige les oeufs sont une force de la nature ils ont de l'espace a? l'exte?rieur de l'espace a? l'inte?rieur qu'on appelle le vide le vide est dans les oeufs (un peu) le vide est dans la recette des oeufs (un peu) pour faire des oeufs ajoutez a? l'appareil une pince?e de vide les oeufs s'effondrent parfois sur eux-me?mes parce qu'ils prennent tre?s au se?rieux leur de?veloppement personnel ils laissent de la place a? leur e?panouissement de la place au de?ploiement de leur for inte?rieur les oeufs allient maturation et maturite? affirmation et fe?brilite? ils savent que seuls ceux qui osent la fragilite? connaissent la force et la sagesse plein comme un oeuf plein comme un oeuf dit-on sans pre?caution sans pre?cision alors que les oeufs ont tant a? nous apprendre tant a? nous enseigner sur l'art et la manie?re de respecter nos identite?s multiples du jaune a? l'orange sur l'art et la manie?re d'accepter nos nuances de viscosite? nos degre?s de transparence e?quilibre? comme un oeuf philosophe comme un oeuf heureux comme un oeuf mais plein ? comme une enclume / oui comme une rame de tram avant neuf heures du matin / oui comme un saucisson cuit / oui comme un oeuf / non alors on durcit pour avoir raison les hommes durcissent souvent pour avoir raison nous durcissons pour avoir raison nous durcissons les oeufs (entre autres) pour avoir raison au nom du " plein comme un oeuf " on les plonge dans l'eau bouillante et on e?coute la coquille buter contre l'inox on e?coute les bulles nous donner raison la que?te de sens qui durcit qui se fige le for inte?rieur qui se comble le vide qui meurt les identite?s qui raidissent et se perdent dans la matie?re la force qui s'aba?tardit le couronnement du solide plein comme un oeuf dit-on plein comme un oeuf dur devrait-on dire car les oeufs avant la cuisson ne sont pas plus pleins que les hommes ils sont assez semblables aux hommes mais ils pourrissent de l'inte?rieur et les hommes dans les deux sens ''
Nombre de pages
84
Date de parution
23/04/2025
Poids
160g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782959402746
Auteur
Marthouret Thibault
Editeur
BACKLAND
Largeur
130
Date de parution
20250423
Nombre de pages
84,00 €
Disponibilité
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L'air de rien (hantologie) réunit des textes écrits lors du projet « Ces présences invisibles : hantise et soin » qui s'est déroulé entre décembre et juillet 2025 au sein du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Bordeaux où patients et patientes, soignants et soignantes vivent quotidiennement des expériences intenses, des ?épreuves? selon Claire Marin. C'est auprès des personnels soignants et administratifs que l'auteur Thibault Marthouret est intervenu lors d'une série d'ateliers d'écriture qu'il a conçus autour des notions de « hantise » et de « fantôme ». Ces termes sont à entendre ici dans la pluralité de leurs acceptions : patients dont le souvenir hante les soignants, expériences délicates qui restent en mémoire, deuils difficiles voire impossibles, mais aussi épuisement qui peut amener les personnels éreintés à n'être plus que l'ombre d'eux-mêmes, à hanter les couloirs, voire à disparaître dans l'institution. En complément de ce ?devenir-fantôme?, c'est aussi ce qui reste attaché, amarré aux lieux de soin, ce qui refuse de céder la place, de s'évaporer, qui a fait partie du champ d'étude des ateliers proposés par l'auteur. Les textes de Thibault Marthouret relient et fournissent un cadre aux voix des participants et participantes aux ateliers. L'auteur interroge la nature et la fonction des fantômes de manière poétique. Il tente de donner corps à ces évanescences et de questionner leur importance dans des situations tantôt intimes, tantôt sociales.
365 portraits d'un " Demain " caractérisé comme un personnage, qui interrogent notre rapport au temps, à la mortalité, mais également nos ressources, nos élans. Deux principes structurent l'ensemble : le caractère sériel de portraits à l'écriture condensée, quoique de longueur variable, et l'anaphore déployée à l'échelle du recueil dont chaque poème débute par le vers " Portrait de Demain... ". Entre calendrier de l'Avent dévoyé et anti-horloge de l'apocalypse, les niveaux de subjectivité se mêlent pour insuffler de l'énergie à l'ensemble. Une énergie destinée aux lecteur.rices afin qu'iels se sentent inspiré.es pour créer ce " +1 ", ce Demain qui n'est pas contenu dans le livre.
Ernest et Célestine se promènent dans un champ lorsqu'ils découvrent un oeuf. Et lorsque l'oeuf se fendille, ils font la connaissance de Bibi, une adorable oie sauvage qui les adopte immédiatement : " Bibi ? Bibi ! ". Ernest et Célestine découvrent les petites et grandes joies d'avoir un bébé à la maison... un bébé qui, de plus, est doté d'un sacré caractère... Les albums issus de la série animée d'Ernest et Célestine : des décors magnifiques, des personnages ravissants, une immense tendresse et la part belle donnée à la relation grand-petit qui unit un gros ours généreux à une petite souris aussi coquine que craquante.
Un avion décolle : à son bord, une grande violoniste et le plus célèbre boxeur du XX° siècle effectuent sans le savoir leur dernier voyage. Une adolescente soupire devant une conseillère d'orientation vite désemparée quand les réponses n'entrent pas dans les cases de son questionnaire. Une vieille dame rescapée de la canicule parle de son passé à une journaliste. Un homme trouve refuge sur une colonne abandonnée. Parfois cocasses, toujours émouvants, les situations et les personnages forment un kaléidoscope dont chaque fragment éclaire un pan de notre nature humaine.
Le Dernier-né raconte les derniers jours d'Alexandre le Grand, malade, alité, entouré de ses proches et de ses soldats. Son agonie devient le lieu de visions, de paroles extrêmes, où la mort prend la forme d'un drame humain autant que d'une élévation vers le divin. Inspiré à la fois par le souffle homérique et par la pensée des présocratiques, le livre propose une réécriture lyrique et anachronique des ultimes instants de cette figure historique majeure. On y discerne le goût de l'auteur pour le grandiose, la psychologie, l'Histoire et la mythologie, mais aussi l'écho de son homosexualité et de son expérience de la folie. L'ouvrage vise à créer le type psychologique d'Alexandre, tout en incarnant pour l'auteur une identité qu'il lui fallait pousser jusqu'à la mort symbolique pour écrire au-delà d'elle ! Avec Le Dernier-né, il poursuit une quête poétique où l'intime se confond avec l'universel. Extrait : " Ces rouges-gorges pépient en courant sur la tente. Ils émanent du soleil - jaillissant plume à plume du fatras de faisceaux comme une broderie dégoulinant de souffles. En fin de journée, les rayons faiblissants Viennent les découper Et je vois glisser du toit jusqu'à terre une graisse orangée. C'est le message d'un dieu ou sa malédiction. Je ne souffre plus de ma souffrance Mais de ma santé. Souffrir est mon point de repère Ma perspective Ce qui me retient d'être ailleurs. Et la souffrance elle-même souffre de me contenir. J'oublie. On dit que je délire. Je ne sais pas. Mais parfois me pique un croustillement comme une démangeaison qui me remplit le ventre d'un verre que je respire comme s'il s'agissait d'oxygène. Et je ne suis plus qu'erreurs : " Je suis un guerrier blessé, mon épouse est morte ! "
Kouam Tawa explore à travers Goutellettes d'or la profondeur symbolique et spirituelle de l'eau dans les traditions bamilékées et dans une perspective plus universelle. Conçue comme un espace de rencontre entre héritage africain et sensibilité contemporaine, la cérémonie célèbre l'eau comme symbole de purification, de paix et de renaissance, tout en interrogeant la place du sacré dans la vie moderne. Dans le poème, l'eau occupe une fonction centrale : elle est élément de médiation entre les mondes, présente dans les rites de deuil, d'initiation et de réconciliation. A travers le motif des neuf gouttes symboliques, Kouam Tawa tisse un lien entre les rituels ancestraux bamilékés et des lieux européens empreints de spiritualité, tels que la fontaine de Saint Sicaire ou Brantôme, créant ainsi un dialogue poétique entre les cultures, les mémoires et les espaces sacrés. L'oeuvre aborde aussi les luttes intérieures et collectives : colère, tristesse, héritages douloureux. Le "dô", concept issu de la tradition, symbolise la malédiction ancestrale qui pèse sur les êtres. Dans cette lutte contre les forces obscures, les femmes occupent une place essentielle : elles incarnent la résilience, la maternité et la quête de paix intérieure. Sous la plume de Kouam Tawa, l'eau devient une métaphore de la condition humaine - fluide, fragile et éternelle. Elle traverse les générations, relie les êtres et reflète les cycles de l'existence : de la source à la mer, de la glace à la vapeur. Elle témoigne silencieusement des émotions humaines, des ruptures et des réconciliations, nourrissant la mémoire collective et la transmission des savoirs.
Tirant du rien est un ouvrage de poésie introspective où se mêlent le désir, la mémoire et la solitude. Les poèmes de Manon Thiery sont infiltrés de fractales qui répètent l'éclat de l'ironie dans l'idée du rien ; mathématiques toujours éternelles, affirmées à mi-voix, dessinées dans l'air le plus froid. L'écriture devient un moyen de sonder la désirabilité - la sienne comme celle de l'autre - et d'approcher chaque limite, le moindre seuil, la faible nuance. Vecteur de réparation et de compréhension, le poème reste un jeu. Parfois, il est une effronterie faite au monde, mais offerte avec innocence ; transperçant tout ce qui voudrait admettre la règle sans y résister. Les souvenirs, empreints de mélancolie, façonnent la perception du présent. L'ombre du passé, toujours présente, évoque la perte et le détachement, tandis que la mémoire, comparée à un enfant que l'on n'aime plus, souligne la distance émotionnelle qui nous sépare de ce que nous avons été. L'acte d'écrire se dresse alors comme une rébellion contre l'oubli : écrire, c'est tenter de donner forme à l'archaïque, d'habiter le vide et d'y tracer un sens. C'est un geste de liberté autant qu'une lutte contre l'impuissance du langage à contenir l'intensité des émotions. L'amour traverse le poème comme une force à la fois vitale et déchirante. Il porte en lui la joie, mais aussi la souffrance, les malentendus et la fragilité des liens. Dans cette tension se révèle la vulnérabilité de l'être et la conscience de sa propre finitude. L'auteure cherche, à travers cette oscillation entre lumière et douleur, une forme d'authenticité, une forme de vérité débarrassée des masques et des illusions du monde. Enfin, la mort imprègne le texte comme une présence silencieuse mais nécessaire. Elle n'est pas seulement fin, mais aussi continuité - moteur de réflexion, d'émotion et de création. A travers elle, l'écriture devient un acte de survie, ou plutôt une affirmation de la vie même dans son effacement. Extrait : " Timide aux dépens D'une langue pendue Je ne montre ni le noeud Ni la ménagerie Née dans la veine, Faire l'alliance ; Langue pendue Qui dans le bruit dit quand même Qu'à peu de choses près Négliger c'est neiger : Se dérober à soi-même, plus facile Que voler la mie du pain. "
C'est un livre construit autour de deux textes mis en miroir comme les deux faces différentes d'une même pièce. C'est en réponse au souhait de son éditeur que le livre apparaît ainsi en deux parties. Le premier, Fiction tombeau, est au sens littéraire un tombeau, un hommage très intime à son demi-frère décédé, texte de deuil que l'écriture permet de dépasser, de sublimer. Le second, Ma phrase, est une sorte de contraire, une ode à la vie au travers de la langue et des questionnements qu'elle représente pour l'auteur, peut-être pourrions-nous aller jusqu'à dire que la langue qu'il travaille sans cesse est une sorte de carte de son identité, dans la manière qu'il a de la titiller, tel un autoportrait en creux de son propre travail littéraire mais aussi de sa propre personne.