L'inestimable légèreté des tissus De son unique voyage au Japon, en 1924, Alfred Baur, fondateur du Musée des Arts d'Extrême-Orient de Genève, est revenu émerveillé par la poésie éphémère des "images du monde flottant" (ukiyo-e). C'est à cette découverte que puisent leur inspiration l'exposition "Plus léger que l'air" et le livre éponyme, qui célèbrent à la fois le centenaire de ce voyage et le 160e anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre la Suisse et le Japon. L'oeuvre de Michiko Uehara, tisseuse virtuose originaire d'Okinawa, incarne la recherche esthétique et conceptuelle de la légèreté. Dans son atelier baigné par le soleil subtropical, elle crée des étoffes sublimes à partir de fils aussi minces que "l'aile de la libellule" (akezuba dans la langue de son île natale). La relation symbiotique de Michiko Uehara avec la fibre de soie, et avec la nature en général, se traduit par cet art textile auquel elle donne, à l'instar de Juvénal sous l'Antiquité romaine, le nom d'"air tissé" : un voyage éthéré et rythmé qui transcende toute frontière et nous raccorde au monde vivant. L'ouvrage esquisse un parallèle entre la recherche de Michiko Uehara et celle de l'explorateur suisse Bertrand Piccard, dont l'avion solaire, semblable à une libellule géante, matérialise l'alliance de la résistance et de la légèreté, tissant une harmonieuse trajectoire qui relie l'humanité, la terre et le ciel. Plus léger que l'air est un livre riche en pistes de réflexion sur l'art, la nature, la tradition et le dialogue interculturel - un fascinant périple à travers la beauté éphémère des estampes japonaises et la maîtrise textile de Michiko Uehara. Exposition : Fondation Baur, Musée des Arts d'Extrême-Orient, Genève, du 29 octobre 2024 au 2 février 2025
Les deux cents chefs-d'oeuvre provenant des collections Baur à Genève et de la collection Zhuyuetang à Hong Kong, réunis ici pour |a première fois, témoignent du raffinement et de la limpidité des décors et des formes de la céramique chinoise monochrome. Les productions à la sophistication jamais égalée des époques Tang et Song inspirèrent les porcelaines impériales des dynasties Ming et Qing, réalisées dans les fours de Jingdezhen du XIVe au XVIIIe siècle. Au delà du contexte sacré ou profane qui les caractérise, par leur puissance suggestive, leur pureté et les vibrations chromatiques qui en émanent, ces oeuvres touchent à l'universel.
Captant la clarté jaillie de la nuit, certaines oeuvres, d'une beauté unique, révèlent et enchantent les couleurs de l'ombre. Les collections de la Fondation Baur, musée des arts de l'Extrême-Orient, regorgent de ces perles rares, attirant visiteurs du monde entier. Au sein des vitrines dédiées aux grès chinois de l'époque Song (960-1279), les bols tenmoku aux revêtements irisés, parcourus de "fourrures de lièvre" , de "gouttes d'huile" en sont d'extraordinaires témoignages ; plus proche dans le temps, au sein de l'ensemble exceptionnel de porcelaines chinoises monochromes des XVII et XVIIIème siècles, on peut aussi découvrir les "poussières de thé" ou les "noirs miroirs" aux reflets ondoyants. Dans les espaces aux éclairages tamisés dévolus à l'art japonais, nombre des objets réunis par Alfred Baur condensent une esthétique du demi-jour, si justement célébrée par le romancier Tanizaki Junichiro dans son incontournable Eloge de l'ombre. Ainsi le noir profond des objets en laque en particulier - fourreaux de sabres, boites à thé, à encens, écritoires - aux surfaces ciselées, polies, ajourées, attise poudres et fils d'or, incrustations de métal, de nacre ou d'émaux. C'est dans le sillage de cet héritage en clair-obscur que la Fondation Baur a souhaité accueillir le temps d'une exposition quelques-uns des chefs-d'oeuvre du maitre des "noirs lumière" , Pierre Soulages. La complicité de son art nouée avec "l'épaisseur du silence" attachée selon les mots de Tanizaki, dans la culture visuelle de l'archipel, aux "couleurs des ténèbres" , quoique purement contingente n'en est pas moins manifeste. Ses oeuvres ont parfois suscité des rapprochements avec la calligraphie ou la laque et pourraient aussi dialoguer avec la "peinture de l'envers" (urazaishiki) ; l'objet de cette exposition est de proposer une autre rencontre avec le Pays du soleil levant, née cette fois dans les lignes érigées, le son et la lumière perçant des forêts de bambous ; à la "sculpture abstraite" née selon Pierre Soulages de l' "écriture des branches dans l'espace" , répondent les tiges et les noeuds du bambou modelé en clair-obscur par un artiste d'exception, Tanabe Chikuunsai IV. Héritier de traditions et de techniques ancestrales, quatrième de sa génération, il travaille le végétal d'un regard neuf, sculptural et lumineux.
Schwartz-Arenales Laure ; Cambon Pierre ; Clerc Ph
Au lendemain des célébrations du 60e anniversaire des relations diplomatiques entre la Suisse et la Corée du sud, le présent ouvrage propose une plongée inédite à la rencontre de deux artistes coréens contemporains, Ji-Young Demol Park et Lee Lee Nam. Parmi un florilège d'oeuvres anciennes du musée national des arts asiatiques - Guimet et de la Fondation Baur, leurs paysages se déploient à travers les liens séculaires tissés entre cultures et objets, matières, teintes et motifs. Céladons couleur de jade et de pin, lignes d'horizon bleuies à l'oxyde de cobalt, porcelaines aux revêtements blanc de neige ou de lune font ainsi écho au travail des deux créateurs dont les regards se croisent et se retrouvent dans les montagnes du grand peintre Jeong Seon (1676-1759). Nombreux sont ceux à s'inscrire sur les pas du célèbre artiste de la période Joseon (1392-1910) et qui se reconnaissent en lui. Mais ce qui, à travers leurs différences, unit les cimes baignées d'encre de Ji-Young Demol Park et les paysages virtuels de Lee Lee Nam, ce sont tout autant la fécondité de leur rapport à cet héritage que la puissance de leurs univers respectifs orientés vers un certain ré-enchantement de la nature.
Niklès van Osselt Estelle ; Schwartz-Arenales Laur
Dans les premières décennies du XXe siècle, les matières, la forme, les motifs et les associations de couleurs des vêtements asiatiques influencent profondément la mode européenne. La découverte du kimono en particulier, sa coupe ample, la fluidité de sa ligne et la diversité de ses décors séduisent les grands couturiers. Durant la période des Années folles, il permet de libérer la femme de son corset, ainsi que de son carcan social, tout en lui offrant une élégance nouvelle et audacieuse aux accents exotiques. De cette rencontre étonnante découlent une exposition et ce catalogue qui confrontent dessins de créateurs parisiens aux pièces de textiles extrême-orientaux contemporains, conservés à la Fondation Baur de Genève. Parmi les merveilleuses pièces présentées, les deux donations de kimonos et vêtements japonais de Sato Mariko (2008) et de Sugawara Keiko (2015), mais également des textiles chinois qui font la richesse de la Fondation.
Résumé : Le catalogue qui accompagne l?exposition de la Fondation de l?Hermitage " El Modernismo. De Sorolla à Picasso, 1880-1918 ", offre une vision globale de l?art espagnol à l?aube du XXe siècle. Centrée sur des peintres de la " génération de 1898 " issue des turbulences extrêmes traversées par l?Espagne tout au long du XIXe siècle, l?exposition montre l?évolution que connaissent ces artistes. Oscillant entre respect des traditions hispaniques et modernité, leurs oeuvres s?inscrivent dans l?élan d?ouverture que connaît alors l?avant-garde espagnole. Extraordinairement riche et diverse, la production artistique en Espagne à l?aube du XXe siècle reste encore mal connue en dehors de son pays d?origine. Entre la mort de Goya et la période cubiste de Picasso s?étendent pourtant quelques décennies fascinantes, qui voient se former les prémices de l?art moderne hispanique. Grâce à cette exposition, la Fondation de l?Hermitage propose à ses visiteurs la découverte d?une partie des trésors cachés de l?Espagne, dont beaucoup sont présentés pour la première fois en Suisse. Le catalogue accompagnant l?exposition contient des textes de William Hauptman, commissaire de l?exposition, Blanca Pons-Sorolla (arrière-petite-fille du peintre Joachin Sorolla) et Javier Baron (conservateur au Museo Nacional del Prado, Madrid). La centaine d?oeuvres exposées est entièrement reproduite en couleur et regroupent des artistes aussi divers qu?Anglada, Beruete, Casas, Mir, Picasso, Pinazo, Regoyos, Rusiñol, Sorolla ou encore Zuloaga.
Résumé : Pourquoi certaines oeuvres d'art, telles que La Joconde de Léonard de Vinci, La Naissance de Vénus de Botticelli, La Maja nue de Goya, Guernica de Picasso ou Le Cri de Munch, deviennent-elles des icônes populaires reconnues par tous ? Qui a le pouvoir de transformer une oeuvre d'art en une image universellement reconnue et parfois idolâtrée dans une nouvelle forme de pèlerinage ou dans les longues files d'attente devant les musées ? Pourquoi, parmi toutes les sculptures de Rodin, Le Penseur deviendra-t-il la plus célèbre ? Par quel phénomène La Cène et La Joconde de Léonard de Vinci font-elles partie des oeuvres les plus populaires au monde, alors que si tout le monde connaît le nom du Caravage, beaucoup seraient bien en peine de citer le titre d'un seul de ses tableaux ou de s'en souvenir avec exactitude ? Pourquoi la Vénus de Botticelli, après avoir été totalement ignorée pendant des siècles, est-elle devenue soudain une véritable star ? Engagé, instructif et divertissant, Icônes révèle les histoires d'une trentaine de chefs-d'oeuvre et dévoile la manière dont chacun d'entre eux a été élevé au statut d'icône. Le livre examine, pour la première fois, le processus de métamorphose d'une oeuvre d'art en icône populaire. Les auteurs expliquent comment chaque oeuvre d'art a été conçue, comment elle a atteint le statut d'objet culte, et comment la perception de ces icônes a changé ou évolué au fil des siècles.