Rimbaud, la commune de Paris et l'invention de l'histoire spatiale
Ross Kristin
AMSTERDAM
19,00 €
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EAN :9782350960593
Ce livre n?est pas une exégèse de Rimbaud, ni une histoire de la Commune de Paris, ni une analyse de l?influence de la Commune sur la poésie rimbaldienne. Il vise au contraire à penser la parenté entre un événement poétique et un événement politique. La Commune est, selon Kristin Ross, un moment d?appropriation, de défense et de transformation d?un lieu par ses habitants mêmes, et les sujets de cette révolution sont non des membres de professions particulières, mais les citoyens de Paris en tant que tels ? il y a ainsi une circulation permanente entre les barrières des classes et des métiers, entre les ouvriers, les artisans, les écrivains, les révolutionnaires féministes. La Commune constitue en ce sens un mouvement de transgression et de redistribution de l?espace social et urbain. Elle s?élève contre les hiérarchies spatiales (entre les différents quartiers, entre la ville et la campagne, mais aussi entre la métropole et les colonies) et se donne l?espace urbain pour objet. Ce grand mouvement horizontal se ressent également dans la sphère culturelle, où sont interrogées les distinctions entre ouvriers, artistes et artisans ainsi que les oppositions entre le grand art et le reportage, ou le poétique et le politique. Si Rimbaud devient le grand poète de la Commune, ce n?est pas parce qu?il entretiendrait un lien direct ou mécanique avec elle, mais précisément parce qu?elle forme la substance d?une grande partie de son ?uvre poétique, en tant que tumulte, transgression, mobilité, hyperbole, ou iconoclasme. Avec cet ouvrage, Kristin Ross renouvelle en profondeur l?histoire sociale et culturelle en étudiant les réseaux de figures et de significations qui gouvernent l?inconscient d?une époque.
Commandé avant 16h, livré demain
Nombre de pages
224
Date de parution
21/10/2013
Poids
300g
Largeur
140mm
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EAN
9782350960593
Titre
Rimbaud, la commune de Paris et l'invention de l'histoire spatiale
Auteur
Ross Kristin
Editeur
AMSTERDAM
Largeur
140
Poids
300
Date de parution
20131021
Nombre de pages
224,00 €
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On ne saurait comprendre un poète comme Rimbaud seulement en lisant son oeuvre. Il faut élargir la focale, essayer de saisir les personnes et les choses qui l'entouraient, et l'envisager, lui, comme une personnalité à moitié fondue dans la masse. Comme quelqu'un qui arpenta plusieurs mondes à la fois, quelqu'un qui, dans une conjoncture instable, où les travailleurs parisiens avaient pris en main leur destin politique, fit le choix, pendant quelques années, d'écrire de la poésie. La vie de Rimbaud ne fut pas une vie d'artiste. Kristin Ross nous invite donc à le lire au côté ou à proximité des gens du peuple et de leurs pratiques, des discours et positions qui contribuèrent au mouvement social et politique que fut la Commune. Refusant de traiter cette oeuvre en miracle de la créativité poétique, rejetant la perspective "correcte" prescrite par la critique littéraire ou l'histoire sociale, elle inscrit l'imaginaire rimbaldien dans les rêves et les bouleversements de cette époque. Ainsi, elle renouvelle en profondeur notre vision de Rimbaud et de la Commune.
Après la Seconde Guerre mondiale, sous l'impulsion des Etats-Unis, la France a connu une période de mutation qui a entraîné des bouleversements sociaux d'autant plus profonds que celle-ci a été brutale et rapide. La vie quotidienne des Français a été radicalement transformée : en une dizaine d'années (1955 - 1965), une paysanne a acquis l'électricité, l'eau courante, une cuisinière, un réfrigérateur, une machine à laver, une voiture, une télévision, etc. Quels furent les effets de cette brusque série de changements ? Où furent-ils le mieux perçus et observés ? Qui paya le prix de cette mutation ? K. Ross répond à ces questions en étudiant la place nouvelle accordée à la voiture, à l'hygiène, aux nouveaux biens de consommation (notamment électroménagers) - tous instruments et véhicules privilégiés de la modernisation -, ainsi que la conception du couple moderne et de l'"homme nouveau". Pour ce faire, elle puise largement dans la littérature, la presse, le cinéma, la publicité, etc., de l'époque. Ce qui l'amène à établir un parallèle audacieux entre la guerre d'Algérie et le culte de l'hygiène, la décolonisation et la "colonisation de la vie quotidienne", l'industrie rationalisée et la torture. Elle montre ainsi que les tensions propres à la France des années soixante ne peuvent être appréhendées que si elles sont envisagées comme celles d'un pays dominant/dominé, exploitant des populations coloniales au moment même où il est amené à collaborer ou fusionner avec le capitalisme américain.
William Morris, Élisée Reclus, Pierre Kropotkine : ce ne sont pas les premiers noms qui viennent à l'esprit s'agissant de la Commune de Paris. S'ils tiennent dans ce livre un rôle important, c'est que pour Kristin Ross, la Commune déborde l'espace-temps qui lui est habituellement attribué, les 72 jours écoulés et les fortifications sur lesquelles elle a combattu. L'Imaginaire signifie que cet événement révolutionnaire n'est pas seulement international mais qu'il s'étend bien au-delà du domaine de la politique, vers l'art, la littérature, l'éducation, la relation au travail. Ce n'est pas un hasard si les trois personnages principaux du livre sont un poète-artiste, un géographe et un scientifique-anarchiste russe : la Commune n'est pas un simple épisode de la grande fable républicaine, c'est un monde nouveau qui s'invente pendant ces brèves semaines, un monde qui n'a pas fini de hanter les uns et d'inspirer les autres.
Parmi les événements politiques qui ont secoué la planète dans les années 1960, l'expérience française a été unique. En effet, pour un court moment, étudiants et travailleurs se sont alliés pour produire l'unique insurrection « générale » que le monde développé ait connue depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ce que l'on désigne aujourd'hui comme « les événements de Mai 68 » constitue en fait le plus vaste mouvement de masse de l'histoire française et la plus grande grève de l'histoire du travail en France. Les trois cibles politiques de l'insurrection étaient, à l'époque, clairement déterminées: il s'agissait de l'impérialisme américain, du capitalisme et du gaullisme. Vingt ans plus tard, toutefois, l'image de Mai 68 qui faisait l'objet d'un consensus presque parfait en France était celle d'un drame générationnel dénué de violence, d'une révolte de la jeunesse pacifique et bon enfant, d'une poussée d'individualisme narcissique - bref, rien de plus qu'une bénigne transformation de moeurs, de culture et de style de vie. Mai 68 et ses vies ultérieures offre une analyse critique de la façon dont la mémoire officielle de 1968 a été façonnée pour servir des intérêts politiques étrangers aux aspirations propres du mouvement. Il examine le rôle joué par le discours sociologique, par certains exleaders estudiantins repentis, désireux de se réconcilier avec la culture politique dominante, par le flot de commémorations télévisées diffusées en France dans les années 1970 et 1980 et par l'émergence d'un nouveau discours éthique entourant les droits de l'homme; autant d'éléments qui ont contribué à réduire ce qui pouvait être dit ou même pensé au sujet de la culture politique de gauche des années 1960 à un petit nombre de tropes et de clichés. Il montre ainsi comment un mouvement éminemment politique, avant tout soucieux d'égalité, s'est vu assigner une histoire totalement neuve et contrefaite, qui a rayé du tableau la violence policière, les décès de participants, l'adhésion des travailleurs et, surtout, gommé toute trace d'anti-américanisme et d'anti-impérialisme ainsi que les influences de l'Algérie et du Vietnam. Pour contrer ceux qui voudraient attribuer une dimension purement spirituelle et culturelle à Mai 68, Kristin Ross retourne au langage politique du mouvement, préservé dans les tracts, les pamphlets et les films documentaires de l'époque, et évoque les traces d'un climat, d'une configuration sociale et d'une subjectivité politiques particulières, oubliées par ceux qui, plus tard, ont prétendu incarner la vérité officielle du mouvement. La culture politique de 1968, selon l'auteur, se manifeste dans la destruction d'identités sociales, dans les déplacements physiques qui ont entraîné les participants en dehors de leur place dans la société, dans la création, enfin, d'une disjonction entre subjectivité politique et groupe social d'appartenance. Les dimensions profondément politiques de Mai 68, suggère-t-elle, ne sont redevenues partiellement perceptibles que très récemment, à la suite de la réémergence d'un mouvement politique de masse opposé aux effets du capitalisme global (Seattle, grèves de 1995 en France).
N'en déplaise à ses contempteurs, la classe est une catégorie indispensable à la compréhension des sociétés humaines. Dans cet ouvrage, Erik Olin Wright propose une évaluation minutieuse de la pertinence et des limites de la catégorie de classe pour expliquer le fonctionnement des sociétés. Cette défense de la portée heuristique de l'analyse de classe centrée sur l'exploitation est fondée sur l'étude empirique de la structure sociale de plusieurs pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis, le Canada, la France, la Norvège et la Suède. Elle passe par l'exploration de trois problèmes interconnectés : les caractéristiques et les variations de la structure de classe elle-même ; la relation entre classe et genre en tant qu'aspects de la structure sociale ; le lien entre structure de classe et conscience de classe, c'est-à-dire la compréhension que les individus ont de leurs intérêts de classe. Loin des affirmations grandioses du matérialisme historique orthodoxe (par exemple de l'idée selon laquelle la dynamique du capitalisme pointerait dans la direction d'un avenir socialiste), Wright s'attache à mettre au jour la manière dont la classe influe sur de nombreux aspects de la vie sociale, des réseaux de sociabilité à la mobilité sociale en passant par le travail domestique. Soulignant les dimensions spécifiques des différentes sociétés capitalistes étudiées, il montre que si la classe n'est pas partout et toujours le facteur explicatif le plus important, elle constitue néanmoins, par-delà sa dimension normative, un facteur structurant de la vie sociale.