Picard Yvonne ; Daluz Alcaria Christine ; Le Du Mi
MINUIT
10,00 €
Sur commande en 2-4 jours
EAN :9782707320681
Le numéro 100 de Philosophie s'ouvre sur la réédition d'un texte d'Yvonne Picard paru en 1946 dans la revue Deucalion, dont l'acuité n'a échappé ni à Derrida, ni à Levinas. Résistante, morte à vingt-trois ans au camp de Birkena, elle avait consacré son mémoire de philosophie à confronter, sur fond de référence à la dialectique hégélienne, les phénoménologies husserlienne et heideggérienne du temps, qui pour elle s'opposaient essentiellement par leur méthode : phénoménologie réflexive versus phénoménologie analytique et existentiale. Manifestant une prédilection pour l'analyse husserlienne du temps, elle tente de montrer que cette dernière ne tombe pas sous les critiques adressées par Heidegger aux conceptions " vulgaires " du temps. Outre son intérêt intrinsèque, ce texte constitue un document important sur l'histoire de la phénoménologie en France, notamment sur l'importance qu'y a le concept de dialectique. Dans " D'une logique de la vie à une théorie de l'organisme vivant ", Christine Daluz s'interroge sur le traitement du concept de vie dans la Logique de Hegel. Les interprètes de Hegel ont fréquemment contesté la pertinence du traitement hégélien de ce concept, voire son appartenance à la logique hégélienne, au motif que, se référant à un objet concret, l'idée de vie ne se laisse pas réduire à un contenu purement logique. Aussi oscille-t-on entre deux lectures : faire de la vie logique une vie du logique, ou'' l'interpréter comme un argument en faveur d'une métaphysique de la subjectivité. Pourtant, Hegel affirme nettement que l'idée de vie y est à entendre en son sens propre de vie naturelle. Quels sont alors son contenu et sa fonction dans la Logique Dans " Savoir tacite et action ", Michel Le Du tente d'évaluer l'importance d'un certain héritage wittgensteinien (en matière de thèmes, de problèmes et de méthodes) dans la philosophie récente des sciences sociales, et défend la thèse selon laquelle un tel héritage se manifeste de la manière la plus obvie lorsqu'il est question du concept de compréhension. L'article part de la thèse, commune à plusieurs sociologues, selon laquelle les structures règlent notre action en même temps qu'elles sont produites par celles-ci, pour en examiner la validité. Défendant un séparatisme méthodologique entre sciences sociales et sciences de la nature, il dégage et oppose l'usage qu'elles font respectivement de la notion de règle implicite. Sous le titre " Contenu étroit, mécanisme et fonctions de choix ", Manuel Rehuschi propose une réflexion sur la notion de contenu étroit, qui offre une réponse aux difficultés de l'externalisme (doctrine selon laquelle nos états mentaux sont déterminés par l'environnement, physique ou social) et de la théorie de la référence directe (qui supprime le sens comme médiation entre l'expression linguistique et la référence). L'auteur présente les arguments qui ont conduit Fodor et Putnam à formuler l'hypothèse d'un contenu étroit, avant d'en exposer sa propre conception, de la justifier contre les objections opposées à Fodor et d'en indiquer une formalisation possible grâce à la théorie sémantique des jeux.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Ce n'est qu'une fois rassemblés dans leur intégralité que les neuf livres constituant le projet Homo Sacer prennent leur véritable signification. Le jeu des renvois internes, la reprise et le développement des thèmes abordés composent une vaste architecture, articulée en quatre sections. La première dresse le programme d'une mise en question de toute la tradition politique occidentale à la lumière du concept de vie nue ou de vie sacrée : Le Pouvoir souverain et la vie nue (1997) ; la seconde développe ce programme à travers une série d'enquêtes généalogiques : Etat d'exception (2003), La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (2015), Le Sacrement du langage (2009), Le Règne et la Gloire (2008), Opus Dei (2012) ; la troisième soumet l'éthique à l'épreuve d'Auschwitz : Ce qui reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin (1999) ; la quatrième élabore les concepts essentiels pour repenser depuis le début l'histoire de la philosophie occidentale : forme de vie, désoeuvrement, pouvoir destituant (De la très haute pauvreté, 2011, L'Usage des corps, 2015).
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant. ?Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique post-coloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.