Il nome delle parole" (1984) est un récit autobiographique allant de l'enfance pauvre et solitaire de l'auteur jusqu'à son mariage à la fin de la guerre. Il retrace l'histoire d'une inté-riorité inquiète qui, partie de rien, découvre l'art et la culture, où elle voit d'abord un moyen d'évasion, puis la possibilité même d'un salut. Ce récit, sans rien perdre de sa te-neur intime, se double d'une fresque historique et culturelle de l'Italie, des années du fascisme et de la guerre jusqu'à la Libération. Voilà pour la "conduite" extérieure de ces pages. Mais Petroni est un maître de la dis-tance intérieure et de l'humour souvent tourné contre soi-même, d'autant plus efficace qu'il se manifeste avec la plus grande sobriété (voir par ex. p. 68, à un moment dramatique - une convocation à la milice -, où tout se ramène à une simple aversion alimentaire d'enfance et à la difficulté, comme dans "Le monde est une prison" , à prendre sa propre résistance au sérieux : "Je sentais que j'avais eu la chance d'échapper à une situation qui me faisait horreur - presque autant que les fruits et légumes [cf. p. 17]. Je n'aurais su donner une autre explication à ce qui au fond avait été un refus") La matière de sa propre vie, du reste, ne lui apparaîtra susceptible de récit que très tard ("Il nome delle parole" paraît en 1984, c'est son dernier livre), et à proportion d'un projet bien plus ambitieux, en réalité, que celui de se raconter ; il le dira en répondant à une en-quête de Walter Binni en 1981 : "Les dix-huit ou vingt premières années au moins de ma vie, j'ai souvent l'impression qu'elles concernent l'histoire de quelqu'un que je n'ai pas réussi à fréquenter. Jusqu'à présent, je n'ai pas raconté ouvertement dans mes livres la vie de cet "inconnu", par crainte peut-être de donner l'impression d'une sorte de volonté d'emprise sur quelque chose ou quelqu'un, qui pourrait la percevoir comme une inven-tion sentimentale, une élaboration littéraire, voire comme une provocation à l'égard de ceux qui voient dans leur enfance et leur jeunesse autant de paradis perdus et y retrou-vent les seuls éléments exaltant leur nostalgie et justifiant les déceptions de leur présent. Et pourtant, un jour, je l'écrirai ; je le ferai seulement quand je serai sûr de raconter mes expériences d'enfant et d'adolescent avec le détachement possible de qui raconte des choses qui ne lui appartiennent pas et qui, peut-être, méritent d'être communiquées parce qu'elles peuvent aussi être utiles à quelqu'un d'autre". Quand Petroni se met à ce récit, il assume donc un "placement de parole" singulier : - parce que l'enfance et l'adolescence, loin de susciter la nostalgie, sont un lieu d'épreuve et de difficulté, entre un père absent puis brutal et les conditions de la misère, où s'ouvrent inexplicablement pour l'enfant des aperçus lumineux (cf. p. 35 : l'enfant obligé de veiller, au marché, sur l'étal de chaussures de son cordonnier de père, reçoit l'impression magnifique et difficile à démêler de la beauté de l'église qui se trouve sur la place) ; - parce que la difficulté même de cette enfance empêche à jamais l'auteur de coïncider pleinement avec les moments de sa vie, d'où ce choix admirable et contraint de la sobriété descriptive, à la fois amusée, curieuse et inquiète - et comme "détachée" , en effet, de ce qui advient. Elle fera sa force dans les moments dramatiques de l'emprisonnement. Au long de cet itinéraire biographique, c'est donc aussi d'un parcours de formation qu'il s'agit, au sens le plus classique et le plus fécond du terme : raconter les "vicende" de quelqu'un qui, par le hasard d'une naissance dans une "maison pauvre" , ne connaît pas "il nome delle parole" , qui "n'a pas les mots" , pas plus qu'il ne connaît le "nom des couleurs" , au coeur même de la vocation de peintre et de lecteur, puis d'écrivain, qu'il sent monter en lui. On va, du début à la fin, de la "maison pauvre" à la "maison juste" , celle qui est librement choisie et construite, et non pas subie : la maison qu'il faut à celui qui a enfin découvert le pouvoir des mots et avec lui la capacité de toute libération inté-rieure, fréquentant en dépit de son père livres et bibliothèques (voir les très belles pages à ce sujet, pp. 58, 62, 72), avant de le faire des hommes qui vivent de livres et de culture. Les implications politiques de ce récit sont d'autant plus fortes qu'elles ne sont que sug-gérées : "Qu'arriverait-il si les hommes de la misère pouvaient soudain voir, entendre, parler ?? " (p. 10). Parcourant ce passage fait de hasards et de rencontres imprévues (donc d'autant plus libres, cette liberté étant au fond la chance de celui qui n'a rien, le terrain vierge sur lequel inscrire une vie), Petroni éclaire aussi tout ce qu'il lui est donné de voir et de rencontrer, à commencer par les milieux culturels et artistiques de Lucques, De Florence puis de Rome. Le lecteur voit passer ainsi de grands noms de la vie intellectuelle italienne - non sans envie à l'endroit de la générosité dont celle-ci est habitée ; générosité peut-être, sans doute même, "mythifiée" par le regard de qui n'a rien, mais suffisamment solide dans sa réalité pour que le lecteur contemporain puisse penser que, comme on dit, les temps ont changé - : aux Giubbe Rosse à Florence, au Quarto Platano à Forte dei Marmi, au Caffè Aragno à Rome, le jeune homme profite de l'appui et de la conversation de Bran-ca, Binni, Borlenghi, DessÌ, Carrà, Sironi, Carena, De Robertis, Benedetti, Papini, Moravia, Soffici, Malaparte, Montale... La résistance intérieure et secrète de l'enfant et de l'adolescent à l'endroit de sa condition donne aussi la mesure de ce qui deviendra chez Petroni résistance politique. Et, dans les deux cas, sous les guises d'une liberté et d'un détachement souverains. Le plaisir de la lecture est aussi une leçon de vie.
Nombre de pages
192
Date de parution
02/10/2026
Poids
300g
Largeur
133mm
Plus d'informations
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EAN
9791097497897
Auteur
Petroni Guglielmo ; Carraud Christophe
Editeur
CONFERENCE
Largeur
133
Date de parution
20261002
Nombre de pages
192,00 €
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Un récit autobiographique sur l'emprisonnement en 1944 à Rome par les SS puis par les fasciste, et sur la libération et ses ambiguïtés. Couverture à rabats (portrait de l'auteur par Orfeo Tamburi, 1941)
Petroni Fabio ; Padovani Clara Vada ; Padovani Gig
Baptisé "nourriture des dieux", le chocolat a de très lointaines origines. Potion énergisante, rituel de fertilité, puissance des civilisations précolombiennes et boisson en vogue des cours et salons européens, il est aujourd'hui le temple de la gourmandise. Les images du maître de la photographie Fabio Petroni et les textes de deux grands experts du domaine vous mèneront à la découverte de cet aliment extraordinaire dont raffolent des millions de personnes dans le monde entier. Des différents types de cabosses à la culture et à la cueillette du cacao, vous apprendrez les secrets et l'art de sa transformation. Vous plongerez parmi toute une variété de saveurs et d'arômes en découvrant les différents types de chocolat et ses affriolantes formes de gourmandise. Il est aussi question d'apprendre les secrets d'une parfaite dégustation et les effets bénéfiques que cette petite bombe a sur la santé. Enfin, des recettes d'exception vous montreront qu'en cuisine aussi le chocolat est un véritable protagoniste.
Petroni Fabio ; Botticelli Anna Maria ; Tron-Mulde
Douceur de Phalaenopsis "Miss Saigon", féminité de Lycaste "Anna Katharina", ou encore extravagance de Bulbophyllum retusiusculum... autant de variétés d'une fleur enchanteresse, symbole de séduction. Evidente, géométrique, la beauté de l'orchidée s'impose au premier regard. Mais la plante sait aussi se faire subtile quand on l'approche, par la richesse de ses couleurs et de ses parfums insoupçonnés. Illustré par plus de 120 photographies de Pabio Petroni, ce magnifique ouvrage dévoile l'histoire, l'origine et les secrets de cette fleur d'une perfection absolue.
Nous avons presque oublié combien il est étonnant qu'un animal aussi grand, aussi puissant et aussi intelligent que le cheval, puisse accepter sur son dos un autre animal tellement plus faible ! " . Une citation de Peter Gray, que ce magnifique livre de photographies illustre en beauté, tant l'Homme y est descendu de son piédestal pour regarder son très fidèle compagnon avec l'amour et le respect qu'il mérite. Le cheval a toujours joué un rôle fondamental dans le développement des sociétés humaines. Or, depuis des siècles, nous le célébrons tel un animal soumis. Une tradition avec laquelle le photographe Fabio Petroni rompt, dans ce livre surprenant. Il y transcende la frontière homme-animal, faisant du cheval un sujet, à l'instar des grands modèles. Au cours de ses séances de travail, l'artiste entretien avec les chevaux une proximité inédite, émanant du dialogue qu'il a su établir avec eux. Ainsi défilent tout au long de ces pages, des chevaux rusés, timides, agressifs, fiers, indolents, protecteurs, curieux et doux dans un tourbillon d'émotions que le photographe nous transmet avec une efficacité, une sensibilité et une précision exceptionnelles. De ce très beau recueil de portraits intimes se dégage une grande douceur contagieuse pour le lecteur qui souhaiterait, à son tour, rétablir un lien précieux les chevaux.
L'ouvrage reprend, dans l'ordre chronologique de leur parution, de 1959 à 1993, des textes majeurs de Giancarlo De Carlo (1919-2005), qui n'ont jamais fait l'objet d'une traduction française ? ; il voudrait ainsi faire mesurer l'ampleur de cette oeuvre et son importance pour qui se soucie de l'espace où il vit Le lecteur est ainsi invité à suivre le parcours et le développement d'une pensée qui commence par prendre ses distances avec l'emprise du Mouvement Moderne et s'achève par une "? méditation pédagogique ? " d'une exceptionnelle qualité sur la tâche de l'architecte aux prises avec toutes les dimensions du lieu, par lesquelles jamais la ville ne devrait perdre de vue la qualité du territoire où elle s'insère. La réflexion sur l'architecture, proposée par un esprit soucieux de précision et essentiellement tourné vers la transmission la plus claire possible au public, aux étudiants, à tous ceux qui ont le goût du lieu où vivre, est si peu séparée de celle sur le contexte physique, géographique, historique, qu'elle prend tout ensemble tournure esthétique et politique ? : Giancarlo De Carlo a souci des conditions mêmes de l'architecture et des domaines que celle-ci doit aborder pour exister pleinement comme architecture : c'est ainsi qu'il se penche aussi bien sur l'université où elle s'enseigne, les débats qui agitent cette dernière dès avant 68, l'administration et les plans que son déploiement urbanistique suppose, les formes et les territoires où elle s'inscrit et qu'elle réinvente, que sur le public auquel elle s'adresse, moyennant l'idée de la "participation" , trop souvent mal comprise, retrouvant ainsi sa dimension d'habitation et de négociation avec l'espace réel où vivre et trouver des raisons de vivre.
Le prestige de l'architecture se mesure à l'aune d'une notion qui, à la différence du beau, de l'utile ou de la construction, est restée dans l'ombre des traités. C'est dans le berceau de l'architecture occidentale, à l'époque où l'art de bâtir était avant tout une offrande, que la dignité se fait jour, avec la colonnade sous fronton, visage du temple hellénique. La force de cette figure du portique laissera une marque si profonde dans les esprits que la production architecturale s'en inspirera au cours des siècles pour entretenir l'image de la dignité, au bénéfice du prince, de l'évêque ou de la collectivité. Percer le secret de cette longévité et de cette universalité conduit à retracer la généalogie des multiples motivations derrière l'acte d'édifier. La dignité, qui a survécu à son premier visage, dont les maîtres modernes ont renouvelé l'expression, est ce au nom de quoi les pouvoirs ont occupé la scène et décoré la ville, mais aussi ce dont le projet architectural s'est nourri pour noyauter les savoirs constructifs, ennoblir la fonction pratique des murs et vaincre la disparité des lignes du plan, de la coupe et de l'élévation par la volonté d'un tout ordonnateur. Elle peut mobiliser un plan souverain, à l'image du naos détaché et autonome, comme l'illustrent la Nouvelle galerie nationale de Berlin de Mies van der Rohe ou la bibliothèque Exeter de Kahn, ou une certaine manière de défier la gravité, que l'on peut observer aussi bien dans les palais des communes italiennes du Duecento que dans la modernité brésilienne - comme la Faculté d'architecture de Sao Paolo d'Artigas -, ou encore l'art de soulever, dont certains projets corbuséens - notamment la Cité radieuse - sont l'éclatante manifestation. Des premières cités occidentales à la ville postmoderne, cette notion éclaire d'un jour neuf les fonctions sociales du beau, mais aussi des notions majeures telles que l'utilité, la gravité, l'échelle, la structure, l'ordre ou le décor. La dignité permet également d'interroger sous un angle inédit les conditions de l'invention, la quête de sens depuis le siècle dernier, la place des modèles dans l'imaginaire des architectes, notre rapport au luxe et à la grandeur et notre attachement aux places dont les bâtiments ont la garde.
Origo Iris ; Dupont Pierre ; Hughes-Hallett Lucy ;
Guerre dans le Val d'Orcia, livre issu du journal que tient Iris Origo en 1943-1944 (Ed. Conférence, 2011), relatait un épisode dramatique de la bataille de Florence. Iris Origo avait accueilli dans sa propriété de La Foce des enfants, réfugiés des villes du nord prises sous les bombardements ? ; mais les Allemands étaient aux portes, étaient dans la propriété même, et il lui fallait conduire les enfants en lieu sûr, alors que la bataille faisait rage. Action discrète et courageuse, qui caractérise toute la vie de l'auteur. C'est cette même dignité et cette même discrétion que l'on retrouve dans le journal antérieur, L'Air se rafraîchit ? ; il embrasse les mois qui vont de mars 1939 à juillet 1940. Rien ici qui soit attention à soi-même ou rumination autocentrée ? : qu'il s'agisse de la vie à La Foce, des conversations avec les paysans de ce sud de la Toscane, des déplacements à Rome dans le milieu diplomatique, de la perception inquiète de l'imminence de la guerre, de l'analyse de la situation italienne ou du portrait de quelques-uns des hiérarques du gouvernement fasciste, les pages d'Iris Origo nous offrent, avec une rare élégance et une précision de regard acérée, un document de premier ordre sur la vie italienne de cette période troublée.
La peinture de Pierre-Yves Gabioud est une recherche poétique de l'accord entre le coeur et la nature. L'artiste, sensible aux beautés des paysages montagneux comme à celles des choses simples, met son art au service de leur révélation. Ses dessins suivent avec l'élégance des paysages chinois le profil d'un sommet, ses gravures saisissent la forme bigarrée des chalets, ses huiles font généreusement refléter la lumière qui frappe la surface noire des peaux de cerises. Ce choix lucide en faveur de la figuration est fondé sur la conviction que l'art a son lieu véritable dans la rencontre de l'intériorité de l'artiste et de l'altérité du monde. Pierre-Yves Gabioud, dans des fusains ou des monotypes, des aquarelles ou des peintures à l'huile, façonne d'oeuvre en oeuvre le lexique pictural où cet accord s'accomplit, un lexique fait de douceur, de profondeur, de fantaisie aussi. Le peintre et son pays reproduit plus d'une centaine d'oeuvres de l'artiste ? : celles-ci s'accompagnent d'un entretien qui vise à en faire connaître l'esprit, ainsi que de deux textes qui reviennent sur l'esthétique et la poétique si singulières et saisissantes de l'art de Pierre-Yves Gabioud.