Du pouvoir, il y en a toujours. Et de la passion pour, et de la passion contre. Et toujours il y a de la violence, qui n'est pas le pouvoir. Nous ne savons plus rien de la fonction symbolique d'un pouvoir (et il est vrai que les fascismes nous ont bien instruits d'un certain usage du symbole), et plus rien de son "sens" : pour nous, la passion du pouvoir n'est qu'une passion mauvaise, "triste" dirait Spinoza, voire morbide ou perverse. En méconnaissant le pouvoir, on ouvre les portes à la violence. En répétant qu'il faut une politique, on se trompe sur la raison profonde de la violence : elle vient de la décomposition du sens et de tout ce qui faisait repère pour du sens. On dit que l'image de la politique se dégrade. C'est vrai, mais ce n'est pas 1'"image", c'est la politique elle-même qui est très mal en point. Si elle n'assure plus la reconnaissance du sens, il nous faut commencer par ouvrir une autre voie vers celle-ci. Il faut une révolution non pas politique mais de la politique ou bien par rapport à elle. Tout simplement (!) une autre "civilisation", ce qui veut dire avant tout, bien sûr, un autre mode de reconnaissance du sens. Mais si ce dernier, dans sa circulation infinie, n'est ni donné ni à produire comme une conclusion qui serait à son tour, pour finir, donnée, alors il faut que la politique se tienne en réserve du sens : qu'elle se comprenne comme le service de la communauté et non comme son principe et sa fin.
Nombre de pages
52
Date de parution
13/05/2011
Poids
97g
Largeur
125mm
Plus d'informations
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EAN
9782718608457
Titre
Politique et au-delà
Auteur
Nancy Jean-Luc ; Armstrong Philip ; Smith Jason
Editeur
GALILEE
Largeur
125
Poids
97
Date de parution
20110513
Nombre de pages
52,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Il ne s'agit pas de morale. Il s'agit de ce qui nous oblige, de ce qui fait de nous des êtres-obligés: une loi au-delà de la loi, qui nous est donnée et à laquelle nous sommes abandonnés.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.