Le discours philosophique s'articule sur une syncope ou par une syncope. Il est "tenu" par un indécidable moment de syncope. Ce moment, ce mode de production, ce régime d'inscription sont ceux de Kant ; ce qui veut dire : sont ceux de "Kant" aujourd'hui encore. La fonction kantienne dans la philosophie est celle qui en exhibe la syncope, malgré tout, malgré toute la volonté du discours. Il n'y a aucun intérêt à faire de la philosophie, si ce n'est pas pour tenter d'accompagner à sa limite cet épuisement du discours. Car c'est sur cette limite seulement qu'on peut risquer la chance de la philosophie : qui n'est pas celle d'un "intérêt", mais d'une injonction, d'une prescription, de cet étrange tu dois discourir dont se nourrit et s'épuise l'histoire entière d'une civilisation. Ce tu dois prend chez Kant la forme de la nécessité, pourtant irrésolue, du schématisme, qui fait la condition de la production du sens. Cette nécessité donne lieu à deux questions : comment présenter la philosophie ? (question du style, de la littérature dans la philosophie) - et : qu'est-ce qui fait "tenir" le système ? (question du schème, de sa figure et de son ethos). Logodaedalus pose la première, comme un angle d'attaque de la seconde, que posera un autre volume : Kosmotheoros. Dans cette affaire, personne ne prétend tenir le discours de la syncope. Personne ne prétend non plus danser sur les ruines de la Carthage philosophique. Mais quelqu'un se demande ce que profère encore, ce que doit encore articuler le philosophe mort. Certaines questions sont si vieilles qu'elles ne peuvent plus vieillir, elles ne sont plus susceptibles - et très concrètement- que d'une autre histoire.
Nombre de pages
152
Date de parution
08/01/1992
Poids
208g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782082125000
Titre
LE DISCOURS DE LA SYNCOPE
Auteur
Nancy Jean-Luc
Editeur
FLAMMARION
Largeur
135
Poids
208
Date de parution
19920108
Nombre de pages
152,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Il ne s'agit pas de morale. Il s'agit de ce qui nous oblige, de ce qui fait de nous des êtres-obligés: une loi au-delà de la loi, qui nous est donnée et à laquelle nous sommes abandonnés.
Qu'est-ce que la nostalgie sinon une mélancolie humaine rendue possible par la conscience de quelque chose d'autre, d'un ailleurs, d'un contraste entre passé et présent ? Et cette nostalgie n'est-elle pas aussi provoquée essentiellement par l'irréversibilité du temps ? Car on ne saurait remonter le cours du temps, tel est l'obstacle insurmontable qu'il oppose à nos entreprises. C'est notre impuissance devant cette impossibilité qui fait toute l'amertume de la nostalgie et l'absurdité des chimères du rajeunissement. La nostalgie n'est pas le mal du retour : on peut toujours revenir à son point de départ, à son lieu natal (l'espace se prête docilement à toutes nos allées et venues) mais il est impossible de redevenir celui qu'on était au moment du départ. Mais si le temps s'oppose irréductiblement à la rétrogradation il ouvre devant nous une carrière infinie à la liberté. L'homme peut s'ouvrir à l'idée du futur et confirmer ce que le temps affirme. Se servant d'exemples tirés de la vie quotidienne aussi bien que d'oeuvres poétiques, philosophiques ou musicales, Vladimir Jankélévitch démontre en fin de compte que l'irréversible n'admet qu'un seul remède : le consentement joyeux de l'homme à l'avenir, au futur.