La littérature aura été pour Maurice Blanchot et Jacques Derrida le lieu par excellence du secret. L'un et l'autre posent en effet qu'il y a dans le secret un "il est impossible de dire" qui ne peut être levé même lorsqu'il est dévoilé ou rompu. Comment, dès lors, présenter ce qui, dans ce secret sans contenu et non caché, se refuse à toute présentation et, surtout, comment en parler sans déchirer sa nuit propre et privée? Cet essai se propose de suivre cette aporie dans le récit de Maurice Blanchot, L'Instant de ma mort, texte testamentaire d'une inépuisable réserve paru en 1994, et dans la lecture minutieuse, pas à pas, que lui consacrait Derrida dans Demeure-Maurice Blanchot. Prenant appui sur plusieurs séances inédites du Séminaire de Derrida intitulé "Répondre du secret"", qui se tint en 1991, cet essai cerne dans un premier temps l'originalité de l'approche derridienne en retraçant les choix que fait le philosophe de sémantiques et de logiques qui le portent à puiser à un fond plus mystérieux et même étranger au secret freudien ou (post-) psychanalytique. Dans un second temps, cette pensée hétéronomique du secret est saisie tant dans le récit de Blanchot, qui en offre une exemplaire mise en oeuvre, que dans les" effets de secret "qui viennent se déposer et se sceller en retour dans la propre lecture de Derrida. Forme de célébration de la parution de Demeure il y a quelque dix ans (et faisant constamment place à cette question de la date), ce livre tente de prendre la mesure de l'événement du secret qui s'est trouvé noué entre ces textes de Blanchot et de Derrida. Plutôt que d'interprétation ou d'herméneutique, c'est d'une autre expérience de la lecture qu'il sera aussi question une lecture qui souhaiterait elle-même" demeurer ", loin de toute évidence, de toute explication et de toute certitude, une" expérience secrète au sujet d'un secret ", comme y appelait Derrida dans Donner la mort."
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Nombre de pages
127
Date de parution
23/02/2006
Poids
146g
Largeur
120mm
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EAN
9782718607023
Titre
Tenir au secret. (Derrida, Blanchot)
Auteur
Michaud Ginette
Editeur
GALILEE
Largeur
120
Poids
146
Date de parution
20060223
Nombre de pages
127,00 €
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Depuis la parution de Voiles en 1998, qui a réuni dans un même ouvrage " Savoir " d'Hélène Cixous et " Un ver à soie " de Jacques Derrida, donnant ainsi lieu à une première contresignature explicite entre l'écrivain et le philosophe, de multiples entrecroisements se sont produits entre leurs oeuvres. Au-delà d'un simple repérage thématique et formel, cet essai interroge ce qui fait événement d'écriture et de pensée entre ces deux oeuvres appelées par la " Toute-puissance-autre " de la littérature. A partir des textes qui témoignent des nombreux échanges entre Derrida et Cixous, deux lecteurs se lisant l'un l'autre, on suit ici à la trace quelques-uns des traits les plus caractéristiques et singuliers de chaque lecteur/lectrice, de Fourmis à Genèses, généalogies, genres et le génie, en passant par H. C. pour la vie, c'est à dire..., du côté de Derrida, et par le Portrait de Jacques Derrida en Jeune Saint Juif ; Insister. A Jacques Derrida et Hyperrêve, du côté de Cixous. Dans toutes ces scènes, il s'agit peut-être d'une seule chose : faire droit au même rêve de littérature et apprendre à lire : " il me faut vous apprendre à m'apprendre à me lire ", comme le prédisait Jacques Derrida dans " Circonfession ", lire, donc, ce qui s'appelle lire, à la hauteur de leurs inventifs et bien-nommés apprentissages.
Résumé : Depuis la parution de Voiles en 1998, qui a réuni pour la première fois "Savoir" et "Un ver à soie" dans un même ouvrage et donné lieu à une première contresignature explicite entre l'écrivain et le philosophe, de multiples entrecroisements se sont produits entre les oeuvres de Jacques Derrida et d'Hélène Cixous. Plus que d'un simple repérage thématique et formel, il s'agit, dans cet essai, de suivre ce qui fait événement d'écriture et de pensée entre ces oeuvres, également travaillées mais depuis leur "versant" propre, philosophique pour Derrida, littéraire pour Cixous, appelées par la "toute-puissance" de la littérature. Ces échanges textuels, qui prennent souvent la forme de chiasmes, donnent à lire le "point de rencontre" qui se produit entre eux : dans Voiles d'abord, où l'opération poétique prend corps pour une "première" fois inaugurale ; dans la figure du "monstre d'innocence", dans Le jour où je n'étais pas là de Cixous, figure qui permet de saisir au vif ce que Derrida nomme la "pervertibilité" de la littérature et aussi sa puissance, sa potentialité, sa virtualité phantasmatique infinies ; dans les résonances profondes qui ont cours entre Mal d'Archive et L'Ange au secret au sujet de l'archive et du secret littéraire. Le second volume, Comme en rêve, est pour sa part consacré aux oneirographies de Jacques Derrida et d'Hélène Cixous. Dans ces scènes d'hyperlecture, les grandes questions du rêve, de la puissance de la fiction et du phantasme, de même que le débat autour de "la vie la mort" se trouvent constamment convoqués et relancés. Entre Hélène Cixous et Jacques Derrida, il s'agit désormais désormais : un autre des cryptonymes de Derrida plus que jamais d'apprendre à lire "depuis la vie de Jacques Derrida", comme le dit bien son amie.
Résumé : Cosa volante l'art n'est ni un objet, ni un ensemble de composantes formelles, ni schème, ni substance. L'art, les arts plutôt, dans leur pluralité différentielle lève la question d'une forme en formation. Cette forma formans traverse de part en part la pensée des arts de Jean-Luc Nancy où importe surtout l'approche de ce qui, dans l'art, fait sens (sensibilité, intelligence, sensation, sensualité). A travers touches, intensités, vibrations, timbres, tonalités, colorations, grains, résonances, rythmes, il s'agit de voir comment les arts donnent forme au monde. Les textes réunis dans cet ouvrage explorent plusieurs motifs du travail de Nancy : sa réflexion sur l'iconologie "chrétienne" au sein de sa "déconstruction du christianisme", la question de ses "étranges corps étrangers", les modalités de ses ekphraseis, sa poétique cinétique, entre autres. Trois entretiens avec le philosophe constituent des moments privilégiés de cet échange autour de la question de l'art.
Résumé : La poétique de Celan a profondément incisé la réflexion de Derrida, lui devenant indispensable pour repenser les questions de la date, de la crypte et du secret. De Schibboleth à Béliers et à son dernier séminaire, La bête et le souverain, Derrida s'est aussi intéressé au poème celanien comme lieu d'une souveraine solitude, d'une souveraineté autre, peut-être, quand il parle de lui-même. Cet essai tente d'analyser la portée du deuil et de la dette contractée par le philosophe à l'endroit du poète. De la rencontre entre Celan et Derrida, nulle archive ne saura témoigner. Le verbe "témoigner" évoque une sorte de mot de passe secret entre eux : "Niemand/ zeugt für den/ Zeugen" et "Die Welt ist fort, ich muss dich tragen". Ces deux vers, Jacques Derrida incitait ses lecteurs à les apprendre par coeur pour deux raisons : d'abord, pour méditer sans fin le rapport à la langue, à l'idiome plutôt, de Celan, creusant, enfouissant, retournant sa langue dans la langue allemande ; ensuite, pour mesurer - relever, dit Derrida - la nécessaire et impossible épreuve de la traduction, cette question qui est non seulement l'un des enjeux les plus importants de la "déconstruction" mais aussi le foyer d'une éthique de la lecture.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
La publication d'un Carnet soviétique écrit lors d'un voyage effectué en URSS en 1983 est l'occasion de critiquer ce que je nomme la gauche bifide - l'une libérale, l'autre robespierriste -, au nom d'une autre gauche : celle de l'individualisme libertaire. Pour ce faire, il faut penser l'impensé de la gauche. Penser l'impensé de la gauche, est-ce vouloir la fin de la gauche ? C'est vouloir plutôt la fin de cette gauche bifide et promouvoir une gauche qui en est très exactement l'antipode : celle de l'individualisme libertaire, forte de singularités qui installent dans l'Histoire leur révolte et leur rébellion, leur insoumission véritable et leur indocilité concrète au nom de la liberté. Doline avait bien raison - c'était la leçon de sa Révolution inconnue qui fut mon livre de chevet lors de ce séjour en URSS, c'est son esprit libertaire qui m'a animé et m'anime encore jusqu'à cette heure où je vois les Gilets Jaunes mourir d'avoir été mordus par Macron puis étouffés par les anneaux constricteurs de Mélenchon.