Raison Publique N° 23 : Le travail de l'oeuvre. Claude Lefort
Lacroix Justine ; Pranchère Jean-Yves
RAISON PUBLIQUE
16,00 €
Impression à la demande
EAN :9782900337042
Nous ne vivons plus, comme Claude Lefort dans les années 1940 et 1950, dans l'espoir d'un possible socialisme démocratique et conseilliste annoncé par "l'expérience prolétarienne". Nous ne pensons plus, comme Lefort dans les années 1960, 1970 et 1980, dans l'horizon d'une menace totalitaire incarnée par des régimes bureaucratiques ayant monopolisé à leur profit le nom de "communisme". Comme Lefort eut cependant le temps de l'entrevoir à l'issue des années 1990 et 2000, nous constatons que la globalisation capitaliste a de moins en moins le sens d'une mondialisation (qui devrait être le partage d'un monde commun) et prend la tournure d'une processus de "dé-démocratisation" dans lequel le démantèlement de l'Etat social nourrit un nationalisme revivifié et des modes de gouvernance autoritaire qui mettent en danger l'Etat de droit libéral lui-même. Ce nouvel horizon de menaces, nous pouvons le penser avec Lefort, pourvu que nous appliquions à son oeuvre les principes mêmes qu'il n'a cessé de mettre en jeu dans les lectures qu'il nous a données de Machiavel, de Tocqueville, de Marx, de Michelet ou de Quinet : suivre la trace du "travail de l'oeuvre", de ce mouvement par lequel toute pensée non-idéologique, faisant l'épreuve du réel dans ses contradictions, se porte au-delà d'elle-même; penser à "l'épreuve de l'événement" - qui n'est plus l'effondrement totalitaire, mais la menace de cette nouvelle confusion du droit, du pouvoir et du savoir qui est au coeur du projet néolibéral, et qui peut faire alliance avec le nationalisme qu'il suscite comme sa propre compensation; prendre garde à la "complication" qui entrelace sans les confondre les différentes dimensions de l'espace social et qui nous oblige, lisant Lefort, à rapporter les plis de l'oeuvre aux plis de l'histoire qu'ils épousent.
Nombre de pages
236
Date de parution
22/05/2019
Poids
365g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782900337042
Titre
Raison Publique N° 23 : Le travail de l'oeuvre. Claude Lefort
Auteur
Lacroix Justine ; Pranchère Jean-Yves
Editeur
RAISON PUBLIQUE
Largeur
155
Poids
365
Date de parution
20190522
Nombre de pages
236,00 €
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Biographie: Justine Lacroix est professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Michaël Walzer: le pluralisme et l'universel (2001); Communautarisme versus libéralisme: quel modèle d'intégration politique? (2003) et L'Europe en procès: quel patriotisme au-delà des nationalismes? (2004).
Professeur à l'Institute for Advanced Studies de Princeton, directeur de la revue politique américaine Dissent, Michaël Walzer se définit lui-même comme un " libéral communautariste ", une affirmation utile pour tenter de situer l'originalité de la pensée de l'auteur de Sphères de justice dans le débat politique contemporain. Depuis une quinzaine d'années, la question de la justice sociale et de l'équité dans nos démocraties multiculturelles fait l'objet d'un vaste débat théorique opposant les tenants du " bien " aux tenants du " juste ". Ce débat, qui en France a rencontré un écho singulier, s'est en premier lieu développé autour de l'ouvrage de John Rawls intitulé Théorie de la justice. Si le nom de ce dernier est désormais reconnu et assimilé à la nouvelle problématique du libéralisme politique, c'est à Walzer qu'il faut attribuer le mérite d'avoir reformulé cette interrogation sans recourir au formalisme et à l'abstraction qui caractérise les théories libérales contemporaines, mais tout en préservant une perspective universaliste. Walzer critique chez les " libéraux " l'idée que les principes de justice puissent être conçus détachés de toute forme d'allégeance personnel ou communautaire. Pour notre auteur, ces principes sont pluralistes dans leur forme même car ils sont relatifs à des significations sociales Aux tenants de l'école qualifiée de communautarisme, Walzer répond que leurs critiques sont consubstantielles à la modernité libérale à laquelle elles prétendent s opposer. L'originalité de cette prise de position se trouve développée dans son œuvre à l'aune du critère, à ses yeux fondateur de la justice, de l'égalité qu'il qualifie lui-même de complexe car susceptible de différenciation selon les sphères de vie dans lesquelles il s'applique.
Un patriotisme constitutionnel pour l'Europe ? Chimère, nous disent les souverainistes. Pour eux, l'appel à l'universel ne permet pas de cimenter une communauté de citoyens. Les gens, estiment-ils, n'adhèrent pas à des principes abstraits ; l'intégration politique doit plutôt s'alimenter aux ressources inscrites dans le c'ur des hommes ; et cela suppose d'abord l'intériorisation d'une tradition nationale et d'une culture communes. Un argument de bon sens, dirait-on, mieux ajusté à la réalité des faits que nos " enthousiasmes incultes " en faveur de la construction européenne. Mais l'effet de vérité s'en dissipe à l'analyse. Promouvoir un patriotisme au delà des nations n'est pas seulement souhaitable. C'est possible. Loin d'être un idéal abstrait, le paradigme postnational a une signification politique concrète, nourrie d'un rapport intime, à la culture et à l'histoire.
La justice peut-elle se passer de toute vengeance ? Il est tenu pour acquis que l'origine du droit se trouve dans l'abandon de celle-ci, entendue comme le fait de punir soi-même celui ou celle qui nous a fait du mal, au profit d'un tiers garant de la distance nécessaire entre la victime et la sanction. Pourtant, la frontière entre justice et vengeance est moins évidente qu'il n'y paraît. Des travaux ont montré que la vengeance pouvait s'inscrire dans des dispositifs moraux et légaux, tandis que l'évolution de la scène pénale contemporaine, marquée notamment par la place croissante accordée aux victimes, donne une actualité nouvelle à cette question. Paul Ricoeur appelait déjà à « rouvrir un dossier que l'on croyait clos à jamais » : celui de « l'éthique potentielle de la juste vengeance », devenue « le refoulé des institutions et de la justice pénale ». Coordonné par Justine Lacroix, ce dossier prolonge cette réflexion et interroge les liens entre le droit de punir, l'aspiration à la réparation et le désir de vengeance, sans jamais perdre de vue la violence propre à ce dernier. À lire aussi dans ce numéro : Élections sénatoriales : le troisième tour de la présidentielle a déjà eu lieu ; Afghanistan, une terre qui s'épuise ; La liberté, le progrès et le capitalisme ; Ayahuasca : pèlerinage au pays de la plante qui parle.
Ne pas juger les désirs d'autrui, ne pas nuire aux autres, tels sont les préceptes fondamentaux de l'éthique minimale patiemment élaborée par le philosophe Ruwen Ogien (1949-2017). Il fallait une certaine audace, le combat étant très inégal et les rangs du camp minimaliste plus que clairsemés. Mais jamais Ruwen Ogien ne rechigna à entrer dans l'arène publique pour en porter les couleurs.Convaincu que ce que l'on fait de soi-même, pour autant que l'on ne nuit à personne, est moralement indifférent, il s'est courageusement lancé à l'assaut de bien des idées reçues sur des sujets brûlants : euthanasie, GPA, libertés sexuelles, pornographie, prostitution, etc. Toujours pour prendre le parti de celles et ceux qui revendiquent leur droit d'être libres. Cet ouvrage, qui se veut aussi hommage, présente un long article inédit de Ruwen Ogien, "La Morale introuvable", et rassemble les contributions d'une vingtaine de philosophes discutant tel ou tel aspect de l'oeuvre léguée par celui qui fut et demeure l'un des philosophes moraux les plus marquants de sa génération.L'ensemble peut ainsi constituer une sorte d'introduction au minimalisme moral, tel que l'entendait et le défendait avec brio Ruwen Ogien.
Les expérimentations de pratiques de la philosophie avec les enfants se développent partout dans le monde depuis une quarantaine d'années, bouleversant les représentations traditionnelles à la fois de la discipline mais aussi de l'enfant. Les collections de " philosophie avec les enfants " se multiplient dans le monde de l'édition. Existe-t-il alors une philosophie mineure, au sens où Kant définissait la minorité ? Comment penser les liens qui unissent l'enfant, la littérature et la philosophie ? Comment la fiction peut-elle servir de médiation pour permettre aux jeunes enfants et/ou aux adolescents de mieux comprendre la complexité du monde et les grandes questions qui interrogent la condition humaine ...
On pourrait retracer une histoire politique et philosophique des frontières qui séparent ce que je dois de ce qui m'est dû, et ce qui m'appartient de ce à quoi j'appartiens. Ces frontières prennent un relief particulier dans la succession de crises - politique, écologique, économique, sanitaire - qui marquent le paysage culturel, intellectuel et social depuis les années 2000. Désirant examiner la possibilité d'interpréter le contemporain à la lumière d'un paradigme "fiduciaire" où prédominent les notions de crédit et de confiance, Emmanuel Bouju, Loïse Lelevé et Mazarine Pingeot ont proposé à un ensemble de chercheurs et écrivains de réfléchir ensemble aux notions de propriété et d'appropriation, de dette et d'imposture, dans la littérature et les arts contemporains, comme en sociologie, en philosophie ou en économie. Ce livre est le fruit de leur travail commun.
L'éveil à la philosophie dès le plus jeune âge - qui se développe sous des formes diverses partout dans le monde depuis plus de cinquante ans - dépasse largement la seule nécessité de démocratiser l'accès à la discipline scolaire mais interroge les conditions même d'une éducation émancipatrice. Les ateliers de philosophie pourraient préfigurer un paradigme de ce que devrait être l'école et l'éducation : une "oasis de pensée", un lieu et un temps de développement de l'esprit critique, de la coopération intellectuelle et de l'acceptation de sa vulnérabilité pour entrer en résonance avec soi et le monde. L'idée de la philosophie avec de jeunes enfants peut toutefois susciter des débats, voire des réticences, au sein des institutions elles-mêmes. Cet ouvrage questionne le rôle que peut jouer la philosophie dans la formation de l'esprit critique et d'une citoyenneté éclairée dès le plus jeune âge. Comment ces pratiques expérimentales permettent-elles de renouveler l'idéal émancipateur de la philosophie à l'école et dans la Cité ? Quels sont aussi les apports du pragmatisme et de la Théorie critique pour penser la philosophie avec les enfants ? A partir des théories de l'émancipation, de la reconnaissance et de la résonance, l'ouvrage propose de penser l'exercice philosophique dès le plus jeune âge à la fois comme une pratique, une expérience pouvant servir de paradigme au processus éducatif et d'en restituer les enjeux politiques.