La France a-t-elle créé la nation algérienne ? Cette question souvent posée a été reprise par Emmanuel Macron, président de la République française, en octobre 2021 : " La construction de l'Algérie comme nation est un phénomène à observer. Y avait-il une nation algérienne avant la colonisation française ? Voilà la question. " En outre, il avait qualifié le régime algérien de "politico-militaire", l'accusant de cultiver une mémoire historique et d'entretenir une "rente mémorielle" à travers une "histoire officielle" qui "ne s'appuie pas sur des vérités". En France, certains courants de pensée avaient embrassé cette perspective, niant à l'Algérie toute existence en tant que nation avant la colonisation française, et glorifiant, par la même occasion, le rôle de la France coloniale dans l'émergence de la nation algérienne. En Algérie, cette allégation avait suscité une vive réaction du pouvoir, une réaction désordonnée et souvent dénuée de construction conceptuelle, niant fréquemment certaines réalités évidentes. Le pouvoir algérien avait-il raison de se fâcher ? Pour évaluer si Macron avait totalement ou partiellement tort, cette problématique sera analysée à travers une mise en perspective historique et philosophique du concept de nation. Ernest Renan, Benedict Anderson et Anthony Smith, seront de précieux guide dans cette réflexion. Une telle démarche nous conduira à aborder plusieurs autres concepts plus concrets : l'Etat-nation, le peuple, le territoire, la nationalité et l'identité. Une étude approfondie de tous ces concepts mettra en relief ce que la colonisation française a réalisé ou non en Algérie. Sans se positionner exclusivement comme une réponse aux différents points évoqués par Macron, notamment les termes "politico-militaire", "rente mémorielle", "histoire officielle" qui "ne s'appuie pas sur des vérités", le présent essai constitue une réflexion sur la construction historique de l'Algérie, en apportant des éléments de réponse sur la formation au sens politique du peuple algérien et de son Etat-nation.
Après le cessez-le-feu proclamé le 19 mars 1962, pour organiser le pouvoir en Algérie, le gouvernement français a mis en place : le Haut-Commissariat, l'Exécutif provisoire et la force locale. Cette force locale, mixte, avait pour mission de maintenir l'ordre, de protéger les personnes et leurs biens, d'assurer la surveillance générale, et de soutenir le travail d'organisation du vote de l'autodétermination (1er juillet 1962). De quelles troupes était-elle constituée ? Comment fut-elle mise sur pied ? Quel était son encadrement et son implantation sur le territoire algérien ? De quelle autorité dépendait-elle ? Comment son déploiement s'était-il effectué dans une Algérie confrontée à l'OAS ? Après l'autodétermination, elle fut au centre de bien des interrogations. L'Exécutif provisoire, conduit par Abderrah-mane Farés, voulait sauvegarder cette force, pour en faire la base de la future armée algérienne. L'Etat-Major général de l'Armée de libération nationale (ALN) était contre cette idée. Finalement le général de Gaulle, devant la dissolution des unités, minées par les désertions des Musulmans, demanda le rapatriement des officiers français détachés dans cette force.
Un moment peu connu de la vie de Picasso. Un tournant dans son oeuvre. Déconcerté par l'art nouveau, victime de la drogue, le peintre allemand Wiegels (celui dont Mac Orlan ferait le héros de Quai des Brumes) se pendit dans son atelier de Montmartre, en 1908. Picasso, qui entretenait un rapport ambigu avec le jeune peintre homosexuel, fut durablement déstabilisé par sa fin tragique. Sa dépression s'accompagna d'une rupture dans son mode de vie et dans son premier style pictural, même si nombre de personnages de son oeuvre (les Arlequins) resteront "wiegelsiens". En même temps qu'elle s'attache au folklore et aux rapins de la Butte à la Belle Epoque, l'étude éclaire "l'homosexualité secrète" de Picasso, selon l'expression de Cocteau. Cette homophilie éclate parfois dans ses toiles et explique le caractère sado-masochiste larvé de certaines de ses amitiés, sa misogynie, son homophobie — exorcisme de protection.
Voici un livre courageux, élégant et érudit. Au-delà du rapport du Coran à la femme qu'on retrouve le long du texte, au-delà de la représentation islamique finement décrite d'un corps féminin diabolisé ainsi que du statut quasi servile de la femme, le livre aborde des questions taboues, se rapportant à l'institution des "mères des croyants". Il en dévoile les non-dits en décryptant le texte sacré selon une démarche nourrie par les sources les plus autorisées. Comme le souligne l'introduction "le thème profond de ce livre est la contestation féminine à la naissance de l'islam et la façon dont les textes religieux, Coran et Sunna, l'ont étouffée et ligotée, en un mot enchaînée". Mohammed Ennaji "n'a pas froid aux yeux" dans son approche du sacré, l'expression est de Régis Debray dans sa préface à un autre titre du même auteur. Elle se vérifie à nouveau dans "Le corps enchaîné".
Etat paria de la Corne de l'Afrique, l'Erythrée est aussi un pays superbe, de la mer jusqu'au ciel, de la côte de la mer Rouge aux hauts plateaux du centre. Héritier de l'Empire axoumite, marqué par la colonisation italienne, le pays est également riche en trésors architecturaux aux accents mauresques, Art déco, futuristes et modernistes. Asmara, perchée à 2 300 m d'altitude, ne serait-elle pas la «capitale du style en Afrique» ? Terre d'aventure depuis l'Egypte ancienne, parcourue par Rimbaud, Buzzati, Monfreid, Pratt, Waugh et Malaparte, le temps semble aujourd'hui s'y être arrêté. De vieux Erythréens évoquent toujours l'âge d'or des années 1930, tandis que les jeunes, fuyant chaque mois l'Etat prédateur par milliers, oscillent entre résignation et espoir d'ailleurs. Cet ouvrage est le premier livre de photographies sur l'Erythrée en français. Ses chapitres sur l'histoire, la culture, la société et la politique éclairent ce pays oublié, entre splendeur et isolement.
L'histoire tragique de l'Etat indépendant du Congo, propriété personnelle du monarque belge Léopold II, a fait couler beaucoup d'encre depuis ses origines. La recherche sur ce sujet, comme sur bien d'autres concernant les conquêtes européennes en Afrique au XIXe siècle, a souvent opposé les perspectives des milieux colonisateurs à celles des peuples colonisés. Cet ouvrage propose un changement de focale, à l'occasion du 150e anniversaire de la Conférence géographique de Bruxelles. Il restitue les événements léopoldiens survenus en terres congolaises à la suite de cette Conférence dans un cadre plus large, en mettant en lumière la participation de multiples nations et régions du monde - souvent situées aux marges des empires - à une histoire de violence globale au Congo, à travers des réseaux et des acteurs tant publics que privés.
Une "colonie modèle" Contrairement à l'Etat indépendant du Congo (EIC) sous Léopold II (1885-1908) et l'Etat postcolonial depuis juillet 1960, le Congo belge (1908-1959) était connu comme une "colonie modèle" et un "paradis" pour les investissements directs étrangers grâce à sa stabilité politique et ses ressources naturelles fabuleuses. En bref, le Congo belge était un Etat providence semblable au même système qui se développait en Belgique. Devenu un "enfer sur terre" Soixante ans après l'indépendance, cette "Europe Noire" n'existe plus, alors qu'elle possédait en 1960 les meilleures conditions socioéconomiques qui soient, bien plus favorables pour soutenir son développement que tous les autres pays africains. Les Congolais appellent aujourd'hui leur pays un "enfer sur terre" et étiquettent leurs dirigeants politiques comme "des démons, des sorciers". Comment peut-on expliquer ce changement de statut du Congo, passant d'un "paradis" pour les investissements directs étrangers à son état actuel d'"enfer sur terre" et si défavorable pour ces mêmes investissements ? Un Etat "développementiste" L'objectif principal du livre The Belgian Congo as a developmental State : Revisiting Colonialism est de répondre à ces deux questions en se basant sur la notion ou plutôt sur le paradigme d'Etat "développementiste". Parmi ses nombreuses caractéristiques, cet Etat possédait une forte assise en matière d'infrastructures et un certain degré d'autonomie politique capables de lui permettre de mettre en place des politiques économiques de développement. En se basant sur l'idée que le Congo belge était un Etat "développementiste", ce livre s'oppose ainsi à l'hypothèse selon laquelle la colonisation est la cause directe et principale de la mauvaise performance économique des dirigeants africains. Pas de glorification du colonialisme. Malgré le système colonial d'exploitation économique basé sur les inégalités socio-économiques, la Belgique avait économiquement développé le Congo en un court laps de temps. Il ne glorifie ni le colonialisme ni les atrocités commises au Congo belge, mais souligne le fait que le développement économique du Congo belge fut possible grâce aux investissements massifs dans des biens publics tels que la stabilité politique, les infrastructures, la santé publique et l'éducation. "Le Congo n'a besoin que de quelques bons citoyens dotés d'une certaine fierté nationale pour se développer. La Belgique l'a fait".
Résumé : "Le colonialisme suscite aujourd'hui bon nombre de discussions dans la société. Ces débats, souvent passionnés, sont marqués par leur méconnaissance des faits et du contexte. C'est pourquoi ""Le Congo colonial"" souhaite présenter les résultats de la recherche actuelle et les connaissances scientifiques d'aujourd'hui à un large public, et développer ainsi une nouvelle vision globale de la question. A l'aide de questions concrètes, des historiens belges, mais aussi étrangers, offrent un aperçu unique sur l'histoire du colonialisme belge. Par exemple : Comment l'administration autocratique de Léopold II a-t-elle fonctionné et que savons-nous des victimes ? Combien de profits ont été réalisés au Congo et à qui ont-ils été versés ? Comment les Congolais(es) ont-t-ils vécu la colonisation ? Comment ont-ils résisté ? Quel fut l'impact du colonialisme sur la nature ? .