L'hybridité est une caractéristique majeure de Loránd Gáspár, qui mena sa vie durant une activité de médecin-chirurgien en même temps que de poète, traducteur et photographe. Son oeuvre ne cesse de circuler du domaine médical au domaine littéraire, d'un genre à un autre. Dès 1960, il a tenu des cahiers de notes, contenant ses réflexions, griffonnées sur papier, parfois sur une ordonnance entre deux patients, formant tour à tour des observations sur la médecine, la douleur ou encore la poésie. Une pensée divagante, passant sans peine du philosophique au poétique, du personnel au scientifique. Feuilles d'hôpital, resté inédit à la mort du poète, est sans doute l'exemple le plus représentatif de ce dialogue entre les disciplines. Reprenant l'essence de Feuilles d'observation (éd. Gallimard, 1986) sous une forme plus construite et mûrie par l'expérience, cet ouvrage commencé dans les années 1980, en continuel chantier depuis lors, affirme et revendique son caractère composite, mêlant le style poétique et l'essai, la réflexion philosophique et le développement scientifique. Il condense les principales thématiques présentes dans l'ensemble de l'oeuvre poétique de Gaspar : pour le médecin-écrivain, la poésie est susceptible d'investir en tant que langage de la vie toutes les dimensions de l'existence humaine, y compris dans ses moments limites, la souffrance, la maladie, la guérison.
Nombre de pages
288
Date de parution
19/01/2024
Poids
244g
Largeur
120mm
Plus d'informations
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EAN
9782889550890
Titre
Feuilles d'hôpital
Auteur
Gaspar Lorand ; Leclair Danièle
Editeur
HEROS LIMITE
Largeur
120
Poids
244
Date de parution
20240119
Nombre de pages
288,00 €
Disponibilité
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Ici ma langue se paralyse et se creuse l'ouïe - le corps, la pensée rôdent dans les ravins calcinés. Somptueuse nudité qui bâille dans l'étendue sans mémoire et le souple fruit de la langue rendu aux ans de sécheresse - oracle toujours qui se tait - sur le même tas de fumier."
Avec ce recueil Lorand Gaspar donne corps à nouveau à la lumière méditerranéenne. Qu'il s'agisse, comme ici, de la Grèce, de la Tunisie, du Sahara central, de la Judée, de la mer Rouge ou de la neige dans la nuit qui réunit des amis autour d'un feu à Saint-Rémy-du-Val, c'est la même grâce de la parole et la même profondeur de la pensée qui s'unissent à la sensibilité du poète pour chanter la beauté innombrable du monde et le bonheur inouï d'être vivant.
Ce que cherche ma parole sans cesse interrompue, sans cesse insuffisante, inadéquate, hors d'haleine, n'est pas la pertinence d'une démonstration, d'une loi, mais la dénudation d'une lueur imprenable, transfixiante, d'une fluidité tour à tour bénéfique et ravageante. Une respiration. Classer, isoler, fixer ; ces exercices menés à leur somnolente utilité, nous voici mûrs pour l'insomnie de la genèse. Tous ces chemins que j'emprunte débouchent sur quelque impossible où seul l'exercice vertical de la parole maintient le mouvement : menace, bonheur et perte. Et nulle part de terme qui résoudrait, qui rassurerait. Rien que ce mal étroit, rien que ce large qui excède. On ne peut clôturer la poésie : son lieu central s'effondre en lui-même, en une compacité qui se consume, qui se troue. Silence infondé où, contre toute preuve, s'avance encore une fois la parole fragile, la parole scandaleuse, la parole écrasante, la parole inutile. [...] Ecrire un poème qui ne serait pas un relevé de traces, traduction ou mise en forme, décruage des différentes couches du vécu, de ses arborisations prodigieusement entremêlées - écriture d'une lecture à un autre niveau -, mais croissance et mouvement simples, issus de nul centre et de nul commencement, ses branches, ses feuilles, ses fruits n'étant pas là pour renvoyer à autre chose, pour symboliser, mais pour conduire la sève et la vivacité de l'air, être leur bourdonnement et leur activité, nourriture et ensemencement. Et la lecture ne serait plus déchiffrement d'un code, réception d'un message ; il ne s'agirait plus de lire de son poste d'observation prudemment extérieur, mais de se couler dans le cheminement imprévisible qui est, d'un même geste, le mouvement et ses lois, la différence et l'identité, la forme qui se construit et se défait. Lire et écrire : accueillir, aller avec, creuser, respirer, jaillir." Lorand Gaspar.
Egée est un ensemble de poèmes groupés autour de la mer qui porte ce nom, de ses îles, ses oiseaux, son ciel, mais aussi son passé humain et son présent, y compris la continuité du souci de soigner, depuis le temps d'Hippocrate. Le métier de l'auteur, qui est chirurgien, se transpose alors curieusement dans l'art du poète. Les expériences intérieures de Lorand Gaspar donnent une âme vivante à des visions sereines et mettent un trouble au coeur de la beauté. Dans Judée, l'auteur parle avec une voix simple et nue du désert de Judée pour lequel il montre une véritable passion. Il nous communique de façon tangible l'expérience de ce paysage. Avec un accent d'amour désespéré, il y trouve une patrie de l'âme.
L?écrivain et critique David Bosc tente dans ce court texte de penser le rapport singulier que les écrivains peuvent entretenir avec le langage. Son texte s?ouvre sur l?adage fameux de Nicolas Boileau, selon lequel « Ce que l?on conçoit bien s?énonce clairement ». Cette affirmation est d?emblée mise en regard d?autres citations qui constituent autant de témoignages d?écrivains sur leur expérience. David Bosc, en lecteur et en écrivain, entre en dialogue avec ces voix plurielles et s?interroge avec elles sur la place de l?intention et du rythme dans l?écriture, sur ce qui peut pousser à écrire, ou sur ce qu?on peut entendre ou désigner par auteur ou créateur. Il se fraie un chemin à travers des mots dont il fait entendre toute l?épaisseur de sens : celui d?instance, par exemple, qui serait peut-être plus juste que celui d?auteur pour penser la création. Il fait ainsi résonner, dans ce tissage de voix d?autres «praticiens» et penseurs, , et ce depuis leur singularité, une expérience commune de l?écriture, celle d?un non-savoir, et d?une aventure qui relève moins d?une intention maîtrisée que d?un perdre pied au sein du langage. Ce texte reprend une conférence prononcée au Banquet du livre d?automne de Lagrasse, le 29 octobre 2016.
Quitter les lieux communs, prendre ses distances avec tel ou tel discours à la mode et retrouver enfin "une parole dense, une culture fondée, un monde intimement et intensément vécu" . Voici, pour le poète, l'essentiel. Territoires chamaniquesest le fruit d'un long travail de récolte de chants et de poèmes oraux. Kenneth White nous introduit avec jubilation à une poésie première, qui n'a cessé de nourrir, à travers le monde, un sentiment de proximité avec les choses et les êtres. Une poésie qui dessine une géographie originale et originelle dont les contours délimitent les fondements mêmes de notre culture. Cet ouvrage a fait l'objet d'une première édition en 2007.
Abu Al-Hayyat Maya ; Mikhaïl Mireille ; Julien Hen
Cette anthologie des poèmes de Maya Abu Alhayyat prend pour thème la situation des Palestiniens en Palestine. A l'enseigne du titre qu'elle donne à l'anthologie, ses raccourcis ressemblent souvent à des litotes qui tournent mal. Quand elle demande "comment tu as traversé la rue" , elle se doit de préciser "à ta sortie de prison" . Une poésie de la douche froide, comme sans y toucher. La vie pourtant quand même passe, "Oh merveille" écrit-elle, avec ses petits bonheurs, ses peurs abyssales, ses révoltes rentrées, ses accès de panique. Encore et encore. Le recueil est une anthologie, composée par l'autrice Maya Abu Al-Hayyat, à partir de ses livres Ce sourire... ce coeur (2012), Robes d'intérieur et guerres (2015) et La peur (2021). La traduction s'efforce de respecter la limpide architecture formelle des poèmes et de perpétuer l'espèce de flottement d'une sensibilité à la fois toujours aux aguets et réceptive aux signaux faibles de la vie ordinaire pourtant presque impossible à vivre dans un tel contexte.
Mendel Singer alluma la bougie dans la bouteille verte à côté du lit et alla à la fenêtre. Là, il vit le reflet rougeâtre de la vivante nuit américaine qui se jouait quelque part et l'ombre argentée intermittente d'un projecteur qui semblait désespérément chercher Dieu dans le ciel nocturne. Oui, Mendel voyait même quelques étoiles, quelques misérables étoiles, des constellations déchiquetées. Mendel se souvenait des nuits claires et étoilées au pays, du bleu profond du ciel immensément étendu, du croissant de lune doucement courbé, du sombre murmure des pins dans la forêt, des voix des grillons et des grenouilles.