Parcourant l'ensemble du XXe siècle, d'Artaud et Boulez à Goebbels et Novarina en passant par Honegger et Pasolini, cet ouvrage collectif réunit douze textes sur l'association de la musique et du théâtre. La musique de scène, composée par des musiciens en accord avec les dramaturges, inséparable du texte théâtral, s'y trouve convoquée avec la musique en scène, choix de metteurs en scène qui insèrent dans les textes et sur les plateaux des partitions autonomes qu'ils prennent le parti de confronter à la dramaturgie. Musique en connivence, musique venue de l'extérieur, musique imposée ou conçue pour elle-même, telles sont les différentes approches explorées au coeur de cet ouvrage. Quelle histoire de la scène moderne s'esquisse par cette relation ? Cette musique fait-elle bon ménage avec le théâtre—c'est-à-dire les comédiens, leur corps, leur voix, mais aussi le texte dramatique et l'ensemble des composantes du spectacle ? En quoi réside sa valeur ? C'est à ces questions qu'on souhaite ici apporter des éléments de réponse. L'ouvrage se clôt sur un entretien de François-Gildas Tual avec le compositeur Peter Eötvös.
Plus que jamais d'actualité, Ibsen inspire encore et toujours les metteurs en scène du monde entier. Henrik Ibsen, le plus célèbre des écrivains scandinaves, a pourtant vécu vingt-sept ans hors de la Norvège et a distillé son amertume envers son pays natal dans des portraits grinçants de provinciaux sans idéal. Admiré dans toute l'Europe de son vivant, il est compris par les symbolistes comme l'auteur d'un théâtre d'art, espace de pensée et de rêve voué aux apparitions spectrales de personnages évanescents, alors que les naturalistes voient en lui le " Zola du nord " et célèbrent ses drames bourgeois faisant la part belle à la défense de l'émancipation féminine et à la dénonciation des politiciens corrompus. Ce sont toutes ces facettes et ces contradictions que ce livre tente de restituer : Ibsen féministe mais conservateur, Ibsen patriote quoique critique envers la Norvège, Ibsen inventeur du drame moderne tout en revendiquant le modèle de la " pièce bien faite " de Scribe et Augier n'a pas fini de nous étonner.
Au XVIIIe siècle naquit le mélodrame, forme de théâtre alliant texte et musique, où les larmes n'étaient point tabou: car on pleurait alors, dans les salons et à la tribune de l'Assemblée, hommes comme femmes, dans la vie privée comme dans l'espace public. Les pleurs prouvaient la sincérité, et la rétention des émotions était suspecte. En deux cents ans, le signe de la sensibilité est devenu marque de sensiblerie et l'individu moderne, s'il s'épanche au téléphone, dans des blogs ou sur Facebook, ne pleure plus en public. La tentation des larmes perdure cependant, mais une sorte d'effroi devant l'émotion brute nous a incités à la reléguer dans le roman ou le cinéma, où elle est programmée. Ce livre, qui fait appel à des objets aussi variés que le théâtre de Pixérécourt, celui de Rostand ou d'Hugo, le film Titanic, la série des Twilight, le phénomène Bollywood, le succès de Love Story ou, avant lui, les films de Douglas Sirk, entend penser le "mélo" comme un plaisir des larmes et en suivre la trace et les motivations dans notre culture récente.
Dans le théâtre post-brechtien, l'accessoire agace ou fait sourire : on a tôt fait d'y voir une facilité, une complaisance à l'éclat superficiel, au mieux une virtuosité technique. Le "magasin des accessoires" semble un lieu patrimonial et suranné, dont seules les périodes plus anciennes savaient lire et comprendre le sens, souvent plus subversif qu'illustratif. Pour parler d'Histoire, notamment, l'objet serait somme toute devenu suspect : étendards, guillotines et autres portraits sortis des musées pour passer à la scène ne paraissent pas indispensables et l'on joue de plus en plus en costume de ville plutôt qu'en costume historique. Ce volume a tenu à revenir sur cette association hâtive mais tenace qui fait de l'accessoire dans le théâtre historique un outil un peu désuet et banal du grand spectacle : il est pourtant bien là dans nombre de dramaturgies de la modernité, faisant le bonheur de bien des metteurs en scène, de bien des comédiens... et de bien des spectateurs.
Le mot "théâtre" désigne tout à la fois une pratique et un lieu. Exercé par des professionnels ou des amateurs, il peut investir des espaces très divers ; édifice, il est souvent le point fort d'une ville et de son histoire architecturale. Lieux-repères, les théâtres favorisent l'échange, l'expression, la pensée et la mémoire. Ils contribuent à la construction de la citoyenneté et de la culture. Leurs affectations différentes, leurs changements de noms et de propriétaires, leurs programmations, leurs scandales et leurs succès écrivent, avec elles ou contre elles, l'histoire des villes. Ce sont ces diversités que cet ouvrage se propose d'aborder.
Selma Lagerlöf est célèbre mais toujours mal connue. Les lecteurs français ont encore beaucoup à découvrir de l'auteure du "Merveilleux Voyage de Nils Holgersson" à travers la Suède, l'une des oeuvres suédoises les plus traduites à travers le monde. L'ouvrage examine la traduction et la diffusion des oeuvres de Selma Lagerlöf en France et en Europe, mais aussi leur adaptation au cinéma. Les différents articles recueillis étudient également le personnage de l'auteure et son succès auprès du public français. Finalement, des chercheurs et traducteurs français et suédois réfléchissent à la situation particulière de Selma Lagerlöf, placée à la fois au centre et à la périphérie de la littérature mondiale.
Les contributions qui vont suivre examineront, librement, les variations de la temporalité chez certains romanciers du XXe siècle, riche en avatars et en subversion. Petit à petit, le temps devient lui-même un acteur privilégié de l'univers romanesque. Selon le mot de Claude Lévi-Strauss, que Proust n'aurait pas contredit, il accède au statut de " héros du roman ". Si le temps raconte son histoire, c'est qu'il " est né de l'exténuation des mythes ", et même " se réduit à une poursuite exténuante de sa structure. " (Mythologiques, t. III, 1968). Le temps romanesque peut se jouer des lois du temps réel, le contracter ou le dilater, l'accélérer ou le ralentir. Il mélange des segments et des séquences parfois fort éloignés au plan diachronique. Pour avoir été considéré comme un miroir du temps, un Zeit-Spiegel, le temps romanesque devient, au XXe siècle, un Zerr-Spiegel, un miroir déformant. Ainsi que le montrent les études de cet ouvrage, cet effritement ne nuit pas au genre : la liberté de la fiction y puise un renouvellement constant et assure à sa propre création un avenir qui déjoue les lois du temps. Pari gagné à en juger les auteurs de ce volume.