Je voyageais en Grèce avec ces photographies depuis que Jean-François Bonhomme me les avait données. Un risque avait déjà été pris, promettre d'en accompagner de quelque façon la publication, et je commençais à m'approcher d'elles, avec une familiarité d'ignorant, déjà, où se mêlaient la fascination, l'admiration, l'étonnement, toutes sortes de questions inquiètes, en particulier sur la forme que je pourrais bien donner à mon texte. Sans le savoir, j'avais dû décider, à cette date, le 3 juillet, n'ayant encore rien écrit, que cette forme serait à la fois aphoristique et sérielle. Jouant ainsi du noir et blanc, de l'ombre et de la lumière, je disperserais alors mes "points de vue" ou "perspectives", tout en feignant de les rassembler dans la séquence de leur séparation même, un peu comme un récit incessamment interrompu, mais aussi comme ces pierres mortuaires, dressées dans L'Allée des Tombeaux. Autour de celle qui donnait à lire le nom d'Apollodore, j'avais déjà remarqué l'insistance d'un motif sériel. Allée (et venue) de l'une à l'autre, dune colonne à l'autre et d'un terme à l'autre, cette sérialité porte le deuil. Elle porte le deuil en raison de sa structure discrète (interruption, séparation, répétition, survivance), elle porte le deuil d'elle-même, au-delà des choses de la mort qui forment son thème, si l'on veut ou le contenu des images. Jamais, et non seulement dans les allées du Céramique, au milieu de ses stèles funéraires, qui on en voie l'intégrité ou un détail, jamais aucune de ces photographies n'évite de signifier la mort. Mais sans la dire. Chacune en tous cas rappelle à la mort accomplie, à la mort promise ou menaçante, à la monumentalité sépulcrale, à la mémoire dans la figure de la ruine. Livre d'épitaphes, en somme, et qui, oui, porte le deuil en effigie photographique. JD
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Nombre de pages
61
Date de parution
12/03/2009
Poids
190g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782718607931
Titre
Demeure, Athènes
Auteur
Derrida Jacques ; Bonhomme Jean-François
Editeur
GALILEE
Largeur
135
Poids
190
Date de parution
20090312
Nombre de pages
61,00 €
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Spectres de Marx En 1993, quatre ans après la chute du mur de Berlin, et en plein triomphe de la démocratie libérale, Jacques Derrida écrit un livre intempestif sur l'héritage de Marx. Il n'est pas question d'un ralliement tardif au marxisme mais d'un retour de Marx et de tous ceux qui l'ont habité sous forme de spectres dans le nouvel ordre du monde. Il s'agit d'une possible réconciliation possible entre une idée devenue spectrale et un apprendre à vivre enfin, entre un temps disjoint et un temps de longue durée. Prise de position, geste politique, propos de résistance à l'Etat mondial, déconstruction du droit international. Tout y est. Lire Spectres de Marx trente ans après sa parution, c'est aussi s'entretenir avec le spectre de Jacques Derrida, saisir l'idée d'une possible révolution à venir. Jacques Derrida (1930-2004) Né en Algérie, il est l'auteur d'une oeuvre monumentale, au centre de laquelle se trouve le concept de "déconstruction" . Philosophe français le plus étudié dans le monde, il a notamment publié au Seuil La Dissémination (1972) et Foi et savoir (2001).
Je n'ai qu'une langue, ce n'est pas la mienne". C'est par cet aveu déconcertant que Jacques Derrida ouvre Le monolinguisme de l'autre. Livre hybride, il renferme à la fois un essai de philosophie du langage et un témoignage de l'auteur sur l'acculturation qu'il a vécue durant son enfance en Algérie française. Dans ce récit, Derrida fait état des facteurs psychologiques parfois contradictoires dont est investi le sujet colonisé, tiraillé entre le désir de renouer avec une langue d'origine "perdue" et l'ambition de maîtriser celle du colonisateur. En comparant sa trajectoire avec celles d'autres penseurs bilingues, notamment ashkénazes, il met également au jour la singularité culturelle, linguistique et historique de la diaspora juive sépharade. Retraçant la construction de son identité par le langage, Derrida revient par la même occasion sur un passé colonial que la France peine à exorciser, et offre un texte d'une rare fécondité sur les questions de l'occidentalisme, de l'ethnocentrisme et de la décolonisation.
Résumé : " Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis - et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d'un animal, par exemple les yeux d'un chat, j'ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne. Pourquoi ce mal ? ". Tel est le point de départ de la réflexion de Derrida : une expérience pourtant quotidienne, celle de la honte qu'il peut éprouver quand, dans sa salle de bains, le regard de son chat le surprend dans son plus simple appareil. Occasion de poser à nouveaux frais la question : quel est le propre de l'homme ? Si, chez les Grecs, l'homme était au moins un animal raisonnable, Descartes creuse le gouffre : contrairement à l'homme, doté d'une conscience, l'animal s'apparenterait à la machine. Ses réactions aux stimuli du monde seraient des automatismes, produits des lois de l'instinct. Or, tenter de se voir à travers les yeux d'un chat devient un moyen de retracer les frontières entre Homo sapiens et le règne animal, frontières plus poreuses qu'on ne le croit...
Des fantômes hantent ces pages, les fantômes de témoins disparus. Leur passage est annoncé par un propos du poète Paul Celan : "Nul ne témoigne pour le témoin". C'est à partir de ces vers que Jacques Derrida demande ce que "témoigner" veut dire dans un séminaire de l'année 1992-1993. Poursuivant la problématique ouverte l'année précédente ayant pour motif l'affaire du "secret", le philosophe questionne ici l'expérience de ce qui est pour lui l'acte le plus quotidien des êtres parlants - car "chaque fois que je parle je témoigne dans la mesure où tout énoncé implique "je te dis la vérité, je te dis ce que je pense, je témoigne devant toi"". Témoigner devant un tribunal ne serait donc qu'un cas particulier de ce principe de fiabilité ou de crédibilité, d'engagement envers l'autre fondé sur la foi en l'autre, sur la structure du serment, que le nom de Dieu soit prononcé ou non, que cela ait lieu dans une situation judiciaire ou dans un engagement passionnel, voire une banale conversation. Le principe sera testé dans des circonstances diverses qui vont du grand paradigme qu'est la Shoah (représenté tant par la poésie de Celan que par le film de Claude Lanzmann) au procès de Rodney King (qui avait lieu à Los Angeles à l'époque), de l'énoncé "je t'aime" à des discussions sur Descartes, Husserl, Heidegger et Blanchot. Au coeur de ces recherches se trouvent la distinction entre témoigner et prouver, la possibilité "nécessaire" du parjure, et le dilemme d'un moment unique que le témoin doit éprouver puis répéter en le racontant, dilemme retrouvé dans le témoignage vidéo et d'autres médiations modernes qui ne cessent de démontrer la contemporanéité et la pérennité des enjeux abondants du volume.