Partant de la théorisation de l'anti-pouvoir élaboré dans Bartleby le scribe d'Herman Melville, l'ouvrage explore la thématique de la réticence, distincte de la rétivité, de la dissidence et de la résistance. Originellement suppression ou omission d'une chose que nous devrions dire (en l'occurrence les paroles d'acquiescement aux ordres ou injonctions adressés à l'individu), la réticence contrevient aux lois d'un système d'organisation sociale. Exposée au risque d'être perçue comme une affirmation unilatérale d'un droit de retrait, la manifestation de la réticence n'en paraît que plus inacceptable. D'où la condamnation du sujet réticent à la mise au rebut. Le zèle et l'enthousiasme aujourd'hui requis par la logique de production en vue de l'augmentation de la « performance » font planer la menace d'une aggravation de ce sort pour tout individu jugé acédique, voué au rejet pour cause d'inadaptation. Fluide nourricier de la réticence, l'humeur acide et froide ne saurait correspondre à la complexion d'un sujet transformé en « espace de compétition » par la rationalité néolibérale. De surcroît, les sous-entendus rhétoriques de la réticence (le fait de se contenter de faire entendre ce que l'on préfère ne pas dire explicitement) sont inaudibles pour la « nouvelle raison du monde » (Dardot et Laval), dont les seules oreilles sont celles du mur des lois inflexibles qu'elle conduit à promulguer. L'art et la littérature sont les lieux privilégiés où se reconfigure, s'exprime et se pense une relation « réticente » entre individu et travail, dans le contexte néo-libéral et « global » qui caractérise les politiques actuelles de l'emploi. Comment vivre sans travail ? Et comment vivre au travail ? Ces deux questions expriment la bipolarité extrême d'un même empêchement de vivre aujourd'hui lié aux conditions de travail et du travail. De cet empêchement, le symptôme récurrent est la réticence éprouvée face aux conditions proposées d'exercice de l'emploi, à l'attitude de l'employeur et de partenaires sociaux consentants. La notoriété du héros melvillien n'est pas le résultat d'un hasard. Il y a dans cette nouvelle quelque chose de symptomatique, un « symptôme Bartleby » qui a touché le XXe siècle et qui continue à nous concerner aujourd'hui. Cet ouvrage a donc pour ambition de rendre compte des raisons profondes, de la logique intérieure de cette influence et d'en comprendre du même coup les prolongements. La réticence a de l'avenir, qu'est-ce à dire ...
Nombre de pages
240
Date de parution
22/10/2020
Poids
328g
Largeur
145mm
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EAN
9782841749829
Titre
Le symptôme Bartleby, ou le travail réticent
Auteur
Dayre Eric ; Godeau Florence ; Hamraoui Eric
Editeur
KIME
Largeur
145
Poids
328
Date de parution
20201022
Nombre de pages
240,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Depuis la Justice politique de Godwin jusqu'au Prométhée de Shelley, la référence romantique à la justice est constante. Elle dépasse les partages idéologiques des écrivains qui, tous, pressentent que la littérature doit être traversée par un impératif de justice universelle, seule garante de la liberté. Cet ouvrage retrace ainsi l'histoire du romantisme anglais, et montre comment ce mouvement a permis l'émergence, voire l'invention d'une forme poétique dissemblable de l'histoire. Entre 1797 et 1834, Godwin, Coleridge, Kears, Shelley, Lamb, Landor, De Quincey ou encore Wordsworth conçoivent un lien ténu entre politique et littérature qui permet d'assigner à la poésie un rôle nouveau, celui de traduire, dans une forme rythmique, active et littéraire un idéal de démocratie qui n'existait pas alors. Qu'est-ce alors que la « prose romantique », si ce n'est ce nouveau style de littérature qui relance le débat sur le sens de l'activité politique, de la justice et de la liberté ...
Il y a exactement deux siècles, en 1821, Charles Nodier inventait l'appellation "genre frénétique" pour désigner la face sombre du romantisme, sa part d'horreur et d'excès, et il fustigeait l'immoralité du genre tout en reconnaissant les séductions sulfureuses que celui-ci exerce sur le lecteur. Alors que la critique du XXe siècle, des surréalistes à Annie Le Brun et Jean-Luc Steinmetz, a retourné la condamnation moralisatrice du XIXe siècle en faisant l'éloge de la portée subversive de ces oeuvres qui structurent leurs intrigues autour du conflit entre le bien et le mal, il est temps d'adopter une approche dépassionnée des morales du romantisme noir. Si les oeuvres noires, comme on le leur a parfois reproché, se caractérisent par leur manichéisme, celui-ci peut prendre des formes variées. Les romans valorisant la vertu et l'innocence de l'héroïne s'opposent ainsi aux récits sadiens faisant goûter au lecteur les délices vertigineuses de la cruauté. Dès l'époque romantique se multiplient les oeuvres ambivalentes, qui, infusant l'ironie dans le modèle du roman noir, rendent plus incertaine la frontière entre bien et mal. Quelles sont les valeurs défendues dans ces fictions ? Les variations morales dessinent-elles une évolution historique ? Sont-elles corrélées à des tendances esthétiques particulières ? Les études réunies ici proposent quelques réponses à ces questions, à travers l'analyse de l'axiologie du romantisme noir de Ducray-Duminil à Gaston Leroux, en passant par Nodier, George Sand, Balzac ou Pétrus Borel.
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