L'objectif de ce dossier thématique est de mettre en perspective historique la manière dont les mathématiques sont patrimonialisées, c'est-à-dire d'évaluer comment elles s'inscrivent dans le temps en enregistrant et en préservant les savoirs qu'elles produisent. Si toutes les disciplines scientifiques entretiennent et ont entretenu, historiquement, un rapport à leur mémoire et à leur histoire, les mathématiques ont ceci de particulier qu'elles sont essentiellement cumulatives. Une fois validés, leurs résultats ne sont généralement pas remis en cause. De ce fait, les mathématiques du passé continuent à être des outils actifs de connaissance pourvu que les acteurs du présent en aient gardé la trace. Cette prégnance n'est pas propre aux institutions académiques. Elle est manifeste dans l'enseignement comme dans les métiers faisant appel aux mathématiques. Ce dossier pose donc la question du rapport des communautés mobilisant les mathématiques aux modes d'expression savantes et culturelles dont celles-ci peuvent faire l'objet. Ce dossier rend compte, dans le temps long, des processus de patrimonialisation à l??uvre en mathématiques et repère les acteurs principaux et les figures tutélaires, afin de comprendre ce qui ?fait? patrimoine à une époque et pour une communauté données. Certains articles analysent les usages de ce patrimoine : d'une part, la façon dont il est utilisé pour faire des mathématiques, tant dans le domaine de la création que dans celui de la transmission ; d'autre part, la façon dont ce patrimoine est mobilisé pour forger l'identité d'un groupe ou pour accroître la légitimité et la visibilité de la discipline. Les articles s'organisent autour des orientations suivantes : - Communautés et lieux. Certains auteurs cherchent à comprendre la manière dont des communautés identifient les ressources qu'elles estiment important de conserver et de transmettre (notamment par l'organisation d'enseignements ou la mise en ?uvre de projets encyclopédiques), mais aussi comment elles s'organisent en fonction des ressources disponibles (bibliothèque, école de recherche, etc.), et comment ce patrimoine contribue à construire des identités collectives. - Supports et traces. D'autres ont interrogé les traces qui font l'objet d'une patrimonialisation en mathématiques, à travers l'étude de supports (écrits, graphiques, visuels, matériels) conçus pour s'inscrire dans la durée ou destinés à transmettre des connaissances considérées comme essentielles. Cerner ce qui fait patrimoine invite ici à s'intéresser aux processus de construction de filiations, aux modalités de sélection et de légitimation de ce qui constitue, dans un espace social donné, de ?bons? savoirs, des ?bonnes? pratiques, de ?bons? gestes et usages. - Circulations. Enfin cela amène à questionner les échelles et les formes de circulation, dans le temps comme dans l'espace, des supports des connaissances mathématiques. Ces supports peuvent en effet traverser les frontières géographiques et institutionnelles, faire l'objet d'une traduction ou d'une adaptation, et contribuer ainsi à la diffusion d'un patrimoine initialement localisé, à sa pérennisation mais aussi à son évolution.
Nombre de pages
210
Date de parution
17/06/2022
Poids
278g
Largeur
145mm
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EAN
9782380720754
Titre
Philosophia Scientiae Volume 26 N° 2/2022 : Patrimolialisation des mathématiques (XVIIIe-XXe siècles
Evariste Galois est une véritable légende en mathématiques, voire bien au-delà. Mort à 21 ans, en ayant laissé une production brève et énigmatique largement inédite, il a pourtant donné son nom à l'une des théories mathématiques les plus importantes du XXe siècle. Mais, au-delà du mythe, que reste-t-il exactement du travail de Galois dans cette théorie ? En retraçant l'itinéraire qu'a suivi l'un des rares manuscrits achevés de Galois, depuis son élaboration et son refus par l'Académie des sciences au début des années 1830 jusqu'aux réélaborations qui en furent faites tout au long du XIXe siècle aux quatre coins de l'Europe, ce livre nous convie à explorer le coeur même de l'activité mathématique : la fabrication concrète d'une théorie par les mathématiciens. En s'attachant à des mathématiciens célèbres ou aujourd'hui oubliés, en examinant les environnements sociaux et culturels multiples dans lesquels ils travaillent, cet ouvrage fait revivre un monde mathématique dans lequel la préservation d'une mémoire mathématicienne du texte de Galois va de pair avec l'effacement du contexte qui l'a vu naître. Ainsi, si Galois est devenu Galois, c'est parce qu'il a appartenu à un présent des mathématiques sans cesse renouvelé depuis 1832.
Explosion des plateformes de streaming, succès planétaire d'artistes nés aux quatre coins du monde, omniprésence de la musique dans nos vies quotidiennes, diffusion internationale de l'Eurovision, etc. La musique est désormais partout, circule inlassablement, que ce soit au balcon des appartements confinés, dans de gigantesques festivals qui voient se produire des artistes internationaux ou sur des scènes " locales ". La musique est universelle, mais les chansons peuvent aussi bien servir à endoctriner qu'à résister. D'où cette question centrale : dans quelle mesure la mondialisation de la musique démultiplie-t-elle les facteurs d'(in)communication ...Pour répondre à cette interrogation, ce numéro d'Hermès propose une approche pluridisciplinaire. Des musicologues, des chercheurs en communication, mais aussi des anthropologues et des philosophes y sont invités à partager leurs réflexions. Résolument international, il réunit également des chercheurs et des objets d'étude provenant des cinq continents. Originalité supplémentaire, il donne pleinement la parole aux musiciens : chefs d'orchestre, compositeurs, instrumentistes, et alii.Après une réflexion critique sur le statut de la musique comme " harmonie universelle " (première partie), sont étudiés des exemples de résistances, de combats et d'incommunications les plus variés (deuxième partie), mais aussi de communications réussies dans un monde multiculturel (troisième partie). La musique constitue en réalité une manière à la fois sensible et concrète de comprendre les enjeux de la mondialisation culturelle : écouter l'Autre, c'est déjà apprendre à cohabiter avec lui.
Il y a exactement deux siècles, en 1821, Charles Nodier inventait l'appellation "genre frénétique" pour désigner la face sombre du romantisme, sa part d'horreur et d'excès, et il fustigeait l'immoralité du genre tout en reconnaissant les séductions sulfureuses que celui-ci exerce sur le lecteur. Alors que la critique du XXe siècle, des surréalistes à Annie Le Brun et Jean-Luc Steinmetz, a retourné la condamnation moralisatrice du XIXe siècle en faisant l'éloge de la portée subversive de ces oeuvres qui structurent leurs intrigues autour du conflit entre le bien et le mal, il est temps d'adopter une approche dépassionnée des morales du romantisme noir. Si les oeuvres noires, comme on le leur a parfois reproché, se caractérisent par leur manichéisme, celui-ci peut prendre des formes variées. Les romans valorisant la vertu et l'innocence de l'héroïne s'opposent ainsi aux récits sadiens faisant goûter au lecteur les délices vertigineuses de la cruauté. Dès l'époque romantique se multiplient les oeuvres ambivalentes, qui, infusant l'ironie dans le modèle du roman noir, rendent plus incertaine la frontière entre bien et mal. Quelles sont les valeurs défendues dans ces fictions ? Les variations morales dessinent-elles une évolution historique ? Sont-elles corrélées à des tendances esthétiques particulières ? Les études réunies ici proposent quelques réponses à ces questions, à travers l'analyse de l'axiologie du romantisme noir de Ducray-Duminil à Gaston Leroux, en passant par Nodier, George Sand, Balzac ou Pétrus Borel.
Comment des écrivains qui n'ont pas vécu la Shoah racontent-ils cet événement ? En France, cette question s'est posée de manière polémique à la parution des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006) et de Jan Karski de Yannick Haenel (2009). Cet essai est consacré à l'ensemble de la littérature écrite en français par la génération des petits-enfants, soit par vingt-deux auteurs, qu'il s'agisse de descendants de victimes de la Shoah ou d'auteurs qui se sentent héritiers de cette mémoire. L'analyse de ces oeuvres permet de se pencher sur des questions très actuelles, comme la délicate appropriation d'un héritage, les supposés dangers de la fiction, ou encore l'utopie qui consiste à croire que l'on peut se faire témoin du témoin ou réparer le passé.
Si la plus importante figure philosophique du vingtième siècle était une femme, ce serait Simone Weil (1909-1943), comme on commence à le discerner aujourd'hui. En parcourant les lieux par où elle est passée, ce livre tente de reconstituer le chemin intellectuel et spirituel de Simone Weil. A chaque lieu, qui constitue un moment mental, est attaché un questionnement majeur de son oeuvre, si bien qu'à la fin la pensée de la philosophe apparaît dans sa globalité : c'est d'abord une philosophie de l'esprit où le miracle de la pensée tient dans le mystère des inspirations qui nous traversent. Mais Simone Weil ne peut suivre le fil de ses pensées que si elle se confronte à l'actualité de son époque, de 1929 à 1943, et qu'à travers les milieux sociaux très différents où elle sème le trouble (du syndicalisme à la France libre de Londres, en passant par le monde des usines, la guerre d'Espagne, l'exode de Juifs français) et les rencontres qu'elle fait. C'est une pensée à la fois très intérieure (mystique même) et complètement ouverte aux problèmes économiques, sociaux et politiques d'une tranche d'Histoire que ces pages essaient de reconstruire à partir de la géographie concrète que sa vie dessine. Cependant, l'ouvrage refuse d'enfermer Simone Weil en son temps et prend le risque d'actualiser sa pensée en interrogeant ce que sont devenus les campagnes, les villes et les pays qu'elle a traversés, jusqu'à faire un état des lieux de la France d'aujourd'hui. Une lecture des lieux à partir de sa pensée ; une lecture de sa pensée à travers les lieux.