Depuis toujours, Campanella cherche à promouvoir un "aggiornamento" de la philosophie catholique : un mariage entre théologie, philosophie platonicienne et science contemporaine. C'est qu'il est parfaitement conscient que la science aristotélicienne a fait son temps, et qu'il est urgent d'ouvrir les fenêtres. Depuis au moins 1608, il est en correspondance avec Galilée (qui ne lui répond jamais directement). Sans être lui-même un copernicien, il est convaincu de la caducité d'Aristote. Lorsque, en 1616, les enquêtes de l'Inquisition commencent contre Galilée, le Cardinal Caetani, membre de la commission, se tourne vers Campanella pour connaître son opinion (un prisonnier de l'Inquisition consulté par un cardinal de la Commission de l'Index !). En réponse, il adresse à Caetani cette Apologia où il établit, dans la forme d'une disputation scolastique, que la nouvelle philosophie de Galilée non seulement ne contrarie pas l'Ecriture, mais qu'elle répond même mieux au besoin d'une philosophie naturelle authentiquement chrétienne. L'ouvrage sera imprimé en Allemagne dès 1616 et diffusé dans toute l'Europe.
Résumé : Pourquoi s'intéresser à la Monarchie du Messie de Campanella ? Tout simplement parce que ce texte, rédigé en prison dans l'année 1606, est un véritable traité de l'Empire universel du Pape. Campanella y développe l'idée d'une monarchie chrétienne universelle dans laquelle le Pape est détenteur d'un primat absolu, puisqu'il concentre en sa personne le pouvoir spirituel et temporel suprême. L'Empire du Pape est donc la réunion progressive du genre humain sous une seule loi sacerdotale et sous un unique gouvernement mondial qui doivent en principe réaliser l'utopie d'un âge où les grands maux qui affectent les hommes - les guerres, la faim, les disettes, les épidémies - prennent fin. C'est au sein de ce discours sur l'unité du gouvernement du monde que se situe l'originalité de ce texte et son extraordinaire actualité pour nous. Ne peut-on voir dans cet Empire du Pape la préfiguration théologico-politique de l'Empire politique mondial qui se dessine aujourd'hui, au début du XXIe siècle ? Lorsqu'on se souvient que la plupart des concepts politiques de la modernité sont des versions sécularisées de concepts ecclésiologiques, on est en droit de se poser la question. La Monarchie du Messie est en ce sens prophétique : c'est sans doute le seul texte moderne à développer l'idée d'un gouvernement mondial en cours de réalisation.
Thomas Campanella (né en Calabre en 1568, mort exilé à Paris en 1639), issu du clergé dominicain, auteur hérétique d'une des premières utopies communistes, fomentateur d'une conjuration manquée contre la domination espagnole en Calabre, torturé et longtemps emprisonné par l'autorité apostolique alliée aux jésuites, est ici traduit et présenté par Louise Colet, qui fréquenta les milieux socialistes "utopiques" des années 1830-1840 en France et qui se ressouvient, dans un texte poignant, de cet annonciateur des révolutions libertaires. Outre la Cité du Soleil, dont on appréciera les principes d'éducation post-renaissante autant que les rites amoureux mutuellement consentis, on découvre des poèmes où l'interrogation philosophique restitue la passion déchirante de l'expérience solitaire "dans une citadelle consacrée aux tyrannies secrètes". En cela aussi Campanella fut "résolument moderne".
Résumé : "Une enfance pieuse, studieuse, où déjà, comme un mot d'Hadrien en témoigne, se révèle le trait spécifique du caractère, l'entière sincérité ; une jeunesse chaste, de bonne heure associée aux responsabilités du gouvernement, sans que les soucis et les charges portent aucune atteinte à la spontanéité ou à l'intensité de la vie intérieure ; l'âge mûr et la vieillesse voués sans réserve au service de l'Etat et aux intérêts de l'humanité, en un temps où les difficultés furent rudes et qui connut même des dangers graves ; enfin, laissé après soi et parvenu jusqu'à nous, un petit livre, quelques feuillets, mais si pleins, où survit et transparaît une âme aussi haute que pure, tel fut le destin de Marc-Aurèle, destin privilégié, auquel semblent avoir également collaboré - comme pour justifier les dogmes de l'école à laquelle l'empereur philosophe a adhéré si fermement - la raison souveraine qui distribue son lot à chacun et la volonté éclairée de l'homme à qui ce lot était échu." Aimé Puech, extrait de l'introduction (1947).
Le nord, le sud, l'est et l'ouest : toutes les sociétés, ou presque, recourent aux directions cardinales pour s'orienter. Depuis des millénaires, les quatre points cardinaux sont indispensables a` la navigation. Au coeur de l'imaginaire, de la morale et de la géopolitique de la plupart des civilisations, ils n'en restent pas moins subjectifs - et parfois contradictoires. L'historien Jerry Brotton nous invite à découvrir ces directions en fonction de la position spatiale et temporelle des communautés humaines qui en font usage. Il nous explique pourquoi telle ou telle culture en privilégie une plutôt qu'une autre et pourquoi aucune société ne s'est jamais orientée vers l'ouest. De nos jours, cependant, en vertu du GPS, les points cardinaux s'avèrent moins pertinents. Grâce aux applications géospatiales, nous nous situons au centre de la carte sous la forme d'un point bleu qui nous déconnecte du monde naturel. En imaginant les bouleversements que la technologie pourrait imposer a` l'avenir, Jerry Brotton nous rappelle a` quel point les directions cardinales ont été cruciales depuis que nous parcourons la planète.