Contre l'insoutenabilité du travail. Syndicalismes et santé au temps des réformes néolibérales
Brugière Fabien ; Fortino Sabine ; Goussard Lucie
CROQUANT
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EAN :9782365124713
Il semble en effet que les transformations du travail et de l'emploi aient lors des dernières décennies contribué à rendre le travail insoutenable pour de nombreuses catégories de travailleur·ses. Depuis les années 1980, le modèle de production tayloriste-fordiste qui s'était imposé à partir de l'après-guerre, a progressivement été renouvelé - en premier lieu dans le secteur industriel - par des processus de rationalisation guidés par la mondialisation et la financiarisation économiques. Toyotisme , production à "flux-tendu" ou en "juste-à-temps", "fluidité industrielle" modèle "liquide" fondé sur l'"organisation par projet" sont autant de concepts qui visent à caractériser l'originalité et la spécificité des nouvelles variantes organisationnelles , ils trouvent leur point de convergence dans le fait que celles-ci contribuent chacune à intensifier le travail. Les formes d'encadrement des salarié.es ont évolué de manière concomitante afin de les adapter aux contraintes de rythme et de normalisation de la production : le "management de la performance" s'accompagne ainsi d'une individualisation du travail et d'une mobilisation subjective de la main d'oeuvre. Des transformations tout aussi importantes, et solidaires de celles qui affectent l'activité stricto sensu, ont été appliquées à l'emploi pour optimiser son usage selon une logique de rentabilité : recrudescence des contrats précaires, flexibilisation, généralisation du modèle "coeur-périphérie" conjointe au développement de la sous-traitance au sein d'entreprises en réseau, et promotion de l'auto-entrepreneuriat. Ces diverses logiques de précarisation ont affaibli les protections de l'emploi et morcelé les collectifs de travail, exposant davantage les salarié.es aux risques professionnels de santé - notamment mentale. En résumé, la combinaison des diverses caractéristiques ainsi énumérées - entre des exigences, des contrôles et des incertitudes en hausse - contribue à accroître les pénibilités tant psychiques que physiques du travail dans les organisations contemporaines, avec une intensité variable selon les secteurs et les métiers, mais en épargnant peu voire aucun. Cette analyse est corroborée par le constat effectué par Maëlezig Bigi et Dominique Méda, à partir de données tirées d'enquêtes statistiques internationales, d'une insatisfaction relative aux situations de travail plus forte en France en comparaison avec d'autres pays européens corrélée à des niveaux plus élevés des indicateurs de risques de santé. La "grande démission" observée à l'issue de la crise sanitaire traduit ainsi, non pas une dépriorisation de la vie et de la carrière professionnelle chez les actifs français après la parenthèse des confinements, mais en premier lieu le rejet de conditions de travail jugées trop pénibles. En 2019, plus d'un tiers des salarié.es (37%) déclaraient déjà en effet ne pas pouvoir tenir à leur poste de travail jusqu'à la retraite. Au-delà de la dimension pathogène du travail contemporain, bien documentée lors des vingt dernières années, des recherches sociologiques adoptent une perspective longitudinale et processuelle pour étudier sa soutenabilité. Nicolas Roux applique ainsi cette démarche à l'analyse de deux groupes professionnels assujettis à une discontinuité de l'emploi, les saisonniers agricoles et les intermittents du spectacle , cette comparaison permet de souligner des facteurs de soutenabilité et des stratégies d'autonomie différenciés en lien avec le niveau de qualification de l'activité et l'origine sociale des individus. Davantage qu'une simple projection de la pénibilité sur un horizon temporel, le travail soutenable, conçu comme non pathogène et créateur de durée, pourrait nourrir un nouveau paradigme de la prévention fondé sur la transmission au-delà de la réparation et la compensation. 2. Des luttes syndicales qui se construisent En réponse à cette montée de la pénibilité physique et mentale du travail, les syndicats renforcent leurs actions dans ce domaine longtemps éclipsé par les revendications sur l'emploi et le salaire et marqué par des périodes "de visibilité et de reflux" . La création en 1982 des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a marqué un tournant important dans cette dynamique par l'instauration, dans les lieux de travail, d'un nouvel espace où les questions d'organisation et de conditions de travail peuvent être débattues et négociées. Malgré une couverture insuffisante et des moyens souvent limités , les CHSCT ont constitué un espace central dans la construction des savoirs militants en matière de prévention des risques professionnels. Les syndicalistes ont pu y acquérir, non sans certaines formes de réappropriation , des savoirs théoriques issus du champ scientifique, par le biais d'experts variés, mobilisés à leurs côtés au sein des CHSCT , dans le cadre d'observatoires ou des missions d'expertise qui n'ont cessé de se développer depuis l'introduction de ce droit en 1991 et la mise en place de l'agrément ministériel des cabinets en 1994 . Les actions de formation des représentants des salariés au sein des instances ont également alimenté cette " montée en compétences ", quoi que dans des orientations variées, selon que les formations se réfèrent au modèle de prévention des risques professionnels " juridico-technique ", "ergonomique" ou "syndical" . Outre la progression des enjeux de santé au sein des instances, la plupart des organisations intensifient leur engagement, à partir des années 2000, dans des pratiques militantes novatrices sur ces questions, à des échelles et sous des formats très différents. Entre 2004 et 2006, par exemple, la CFDT déploie une recherche-action sur "le travail intenable" , la CGT lance de son côté en 2007 la recherche-action "Prévenir les risques psychosociaux" dans l'industrie automobile qui alimentera la "démarche travail" déployée au niveau de la confédération , la CFE-CGC met en place un baromètre du stress afin de sonder chaque année plusieurs dizaines de milliers de cadres sur leurs conditions de travail , le SNES déploie des formations-action sur le travail des enseignants entre 2001 et 2012 , l'UGICT-CGT mène une campagne à partir de 2014 "Pour le droit à la déconnexion et la réduction effective du temps de travail" , tandis que d'autres syndicats comme les SUD progressent sur la scène juridique, jusqu'à obtenir des avancées historiques, comme la reconnaissance par le droit de la catégorie de " harcèlement moral institutionnel " dans l'affaire des suicides de France Télécom . Même si ces actions ne débouchent pas systématiquement sur des victoires (amendements ou retrait de projets de réorganisations, mises en place d'organisations alternatives du travail), elles représentent des contre-pouvoirs à l'hégémonie patronale en matière d'organisation du travail, et constituent des rappels à l'ordre et à la loi, susceptibles de dissuader un certain nombre de directions de mener tambour battant leurs projets de modernisation des entreprises et des organisations. Suite à un colloque organisé en 2014, un premier ouvrage collectif mettait en lumière la progression de ces dynamiques à l'oeuvre dans le champ syndical pour s'emparer de ces enjeux de santé au travail. Dix ans après, qu'en reste-t-il ? Même si certaines de ces initiatives demeurent, ici et là, sous des formes très hétérogènes selon les organisations, les secteurs et les configurations locales, force est de constater que toute une série de réformes sont venues déstabiliser cette dynamique.
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06/11/2025
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EAN
9782365124713
Titre
Contre l'insoutenabilité du travail. Syndicalismes et santé au temps des réformes néolibérales
Auteur
Brugière Fabien ; Fortino Sabine ; Goussard Lucie
Editeur
CROQUANT
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Date de parution
20251106
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Le rap — en particulier le rap indépendant — est généralement perçu et se présente volontiers lui-même comme la chronique musicale de la vie des "jeunes de cité", dénonçant le racisme et les injustices sociales qu'ils subissent tout en exprimant leur désir de reconnaissance et d'ascension sociale. Basée sur une enquête de terrain réalisée à la fin des années 2000 auprès de rappeurs indépendants dans la région parisienne et lyonnaise, centrée sur l'étude des trajectoires sociales et du travail artistique, cette recherche présente les rappeurs sous les traits d'auto- ou de petits entrepreneurs, évoluant en marge des industries culturelles. Ce genre de carrière peut se comprendre comme une stratégie d'ascension culturelle, voire économique, le plus souvent vouée à l'échec, mais offrant des compensations symboliques à travers l'accès à la vie et à l'identité d'artiste, à des jeunes des classes populaires ou moyennes confrontés à leur déclassement. Plus diversifié socialement qu'on ne le croit généralement, le monde du rap indépendant est aussi divisé entre des pôles économique, professionnel et d'engagement, en fonction de la plus ou moins grande distance des artistes par rapport aux industries culturelles. Ce genre musical se présente ainsi comme un univers révélateur des phénomènes de mobilité et de reproduction sociales. Il permet ainsi de mettre en évidence l'articulation des dimensions économiques et culturelles dans la production musicale.
Résumé : Depuis les années 1980, le développement de la sous-traitance constitue l'un des traits remarquables des évolutions du système productif. L'auteur analyse les effets de la sous-traitance, présentée comme un catalyseur de la modernisation, sur le travail et l'emploi des salariés. En se fondant sur une enquête de terrain réalisée, à la manière de Florence Aubenas, en immersion au sein du groupe des ouvriers des pistes aéroportuaires, l'auteur nous livre une analyse sociologique des évolutions de ce secteur libéralisé, à la fois spécifiques et représentatives du monde du travail contemporain : sous-traitance, précarisation de l'emploi, intensification du travail, poids accru des contraintes, dégradation des conditions de travail, fragmentation des collectifs.
À quel cadre conceptuel peut-on s'adosser pour penser l'éclatement et la plasticité des pratiques artistiques contemporaines? Pourquoi la modernité esthétique a-t-elle déplacé les limites entre art et non-art, et entre art et vie? Si l'art n'a de cesse de traquer de nouvelles sensations et de problématiser le rapport au monde, la confusion n'est-elle pas inhérente à l'expérience esthétique? Toutes les oppositions conceptuelles autour desquelles s'est construite la tradition artistique ont été profondément ébranlées par la modernité esthétique: création et reproduction, oeuvre et objet, art et nature, contemplation et consommation, contemplation et participation, goût et mauvais goût, le musée et son dehors, toutes ces frontières deviennent de plus en plus poreuses. Mais si les pratiques artistiques remettent inlassablement en jeu les cadres théoriques, comment penser cette confusion esthétique sans pour autant renoncer au concept d'art?
Fabienne Brugère est professeure de philosophie à l'université de Bordeaux. Elle dirige la collection "Lignes d'art" aux PUF. Elle a publié récemment L'Expérience de la beauté (Vrin, 2006). Misère de la sollicitude paraîtra aux éditions du Seuil en octobre 2008. Blexbolex vit et travaille à Paris, après des études aux Beaux-Arts d'Angoulême, où il découvre la sérigraphie. Ses publications vont du livre d'artiste aux livres pour enfants, en passant par la bande dessinée. Son album L'?il privé a été nominé au Festival d'Angoulême en 2007.
Dans l'espace politique français, l'Union européenne est partout. Elle planifie la libéralisation des services publics. Elle organise le libre-échange qui pousse aux délocalisations et interdit de taxer significativement les détenteurs de capitaux. Elle impose l'austérité budgétaire et monétaire tout en laissant libre cours à la concurrence fiscale. Incapable de répondre aux enjeux du siècle, et notamment de conduire la transition écologique, elle obéit aux lobbies et dépossède les peuples de leur souveraineté démocratique. Pourtant, dans le débat politique, elle est reléguée au second plan, quand son rôle n'est pas tout simplement effacé. La question européenne est pourtant essentielle. Elle hante la gauche partout en Europe. Certains défendent la réécriture à plusieurs du droit communautaire, le changement de l'intérieur. D'autres, à l'inverse, défendent la sortie de l'Union européenne, tout au moins de l'euro, et la présentent parfois comme la solution à elle seule à tous nos maux. Ce livre, dont l'orientation eurocritique est pleinement assumée, entend parler sérieusement de l'Union européenne. Il montre que le statu quo est impossible. Il examine, dans une perspective de gauche, les différentes stratégies envisageables (sortie, réforme, rupture partielle, crise permanente) sans en défendre une en particulier, mais en décrivant pour chacune d'elles les conditions nécessaires à sa réalisation, les difficultés - le cas échéant les impossibilités - et les perspectives qu'elle ouvre. A l'heure du Brexit, d'une crise politique européenne qui n'en finit pas, et à l'approche des élections européennes de 2019, ce livre constitue un outil indispensable.
Le procès des sciences humaines et sociales (SIS) semble avoir été rouvert à l'occasion des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, quand plusieurs déclarations publiques ont dénoncé La "culture de l'excuse" qui serait implicite aux tentatives d'explication ou de compréhension du djihadisme portées par ces disciplines. Quelles sont les distinctions à opérer entre comprendre, expliquer, justifier et excuser ? Les causes dissolvent-elles les raisons ? La compréhension exclut-elle le jugement moral ou politique ? faut-il ou non considérer que les explications apportées par les sciences sociales peuvent, à l'image des savoirs psychiatriques, constituer des "circonstances atténuantes" dont les juges, et la société plus largement, auraient à tenir compte ? Comment situer cette condamnation de la "culture de l'excuse" dans l'histoire plus longue des usages politiques des théories des sciences humaines et sociales ? Et plus Largement, dans quelle mesure les sciences humaines et sociales peuvent-elles ou doivent-elles aider à comprendre "l'incompréhensible" ? Telles sont les questions posées par cet ouvrage à partir d'exemples passés et contemporains— La collaboration de scientifiques sous l'occupation nazie, les violences physiques collectives, La radicalisation ou la folie.
Lorsqu'en septembre 2015, Donald Trump, promoteur immobilier américain haut en couleur, présenta sa candidature à la primaire de l'élection présidentielle de novembre 2016 du côté républicain, très peu furent ceux qui prirent la chose au sérieux. Oui sans doute, Trump était une vedette de la télé-réalité, où ses interventions tonitruantes faisaient pouffer, mais président des Etats-Unis ? Allons donc ! Le Parti républicain se gaussait. Mais il dut très vite déchanter : le bouffon caracolait en tête. Pour Trump, tous les coups étaient permis. Suggérer que le père d'un rival avait trempé dans l'assassinat de Kennedy ? Pourquoi pas ? Il s'agissait de l'emporter et le reste comptait pour peu : les pires habitudes des milieux d'affaires furent ainsi importées dans la sphère du politique. Trump ne l'emporta pas au suffrage universel, mais bien dans le système à deux niveaux d'une élection présidentielle américaine, avec le bénéfice certainement du petit coup de pouce que lui apportèrent diverses officines liées à l'extrême-droite américaine ou dont le siège se trouvait à Saint-Pétersbourg. La victoire de Trump plongea le monde dans la stupeur. La période couverte dans ce premier tome, qui va de la candidature de Trump à la veille de l'inculpation de Michael Cohen, son avocat personnel, est celle de cette stupeur initiale. Les tomes 2 et 3 couvriront la suite : les épisodes d'une chute devenant de jour en jour plus prévisible.
Que se passe-t-il en Algérie depuis une année ? De quelle nature est le mouvement populaire (Hirak) qui a surgi le 22 février 2019 ? Quelles sont les contradictions qui le traversent ? Quelles sont les raisons immédiates qui ont causé son apparition et quelles en sont les origines profondes ? Qu'a-t-il obtenu et que lui reste-t-il a conquérir ? Quels effets a-t-il produits sur le pouvoir et la société ? Comment a évolué le rapport de force entre les protagonistes ? Quels sont les principaux enjeux politiques actuels ? Le régime libéral autoritaire qui a imposé Abdelmadjid Tebboune à la tête du pays veut-il et peut-il se contenter de ravaler sa façade démocratique ? Le Hirak peut-il lui imposer une transition démocratique ? Celle-ci passera-t-elle par l'élection d'une Assemblée constituante ? Le combat du Hirak ménera-t-il a une démocratie parlementaire ultralibérale insérée en position dominée dans la globalisation capitaliste mondiale et dans l'ordre impérialiste régional ? Ou à une démocratie souveraine, non alignée, populaire et sociale ? Telles sont les questions que cet ouvrage tente d'éclairer dans le but assumé de contribuer à résoudre cette crise politique au profit des classes populaires.