Pour lui qui vivait à Gheyt-el-Enab, la place Manshiyeh lui semblait appartenir à un autre monde. Car son monde à lui, c'était Gheyt-el-Enab. Le vaste espace vide de la place Manshiyeh, ses bâtiments élevés aux colonnes éburnéennes, ses rangées de palmiers de belle taille, aux minces troncs blancs et lisses alignés fièrement le long des jardins toujours verts et herbus, le tram qui en faisait lentement le tour, avec ses voitures jaunes étincelantes, les fiacres dont les chevaux à la robe rougeâtre faisaient résonner leurs fers mélodieusement sur la chaussée noire brillante d'humidité, toute cette beauté paisible aux amples proportions avait pour lui quelque chose de fantastique, et d'un peu effrayant, de fascinant aussi, lui qui vivait dans un quartier de petits immeubles de deux ou trois étages tout au plus, construits en général en brique rouge sombre, le long de rues non asphaltées, plantées d'arbres et de jardins d'allure campagnarde. Il dit: "Je ne savais pas que pleurer sur les ruines pouvait être aussi douloureux..." Les ruines de l'enfance et de la jeunesse, dont quelques traces subsistent encore, bientôt effacées, et celles du c?ur, dont les passions véhémentes n'ont laissé debout que les colonnes, qui ne veulent pas disparaître...
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Nombre de pages
253
Date de parution
04/06/1999
Poids
170g
Largeur
110mm
Plus d'informations
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EAN
9782742713813
Titre
ALEXANDRIE, TERRE DE SAFRAN
Auteur
Al-Kharrat Edouard
Editeur
ACTES SUD
Largeur
110
Poids
170
Date de parution
19990604
Nombre de pages
253,00 €
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Quatrième de couverture Sur la colline dorment les ruines de Bobello, le cimetière des Coptes, l'ancien temple d'Apollon ; tout près, il y a le village de Tarrana où se rend régulièrement, d'Alexandrie parcourue par les soldats anglais de la Seconde Guerre mondiale, un jeune adolescent qui rêve de poésie, d'amour et de révolution. Il y retrouve un univers où hommes et femmes perpétuent un drame sans âge : passions charnelles et travaux saisonniers, rites religieux et dialogue avec l'au-delà. A l'image de ce bac franchissant le Nil, qui ouvre le texte, Edouard al-Kharrat rejoint la patrie des morts, territoire peuplé de silhouettes pétrifiées auxquelles la mémoire, et l'écriture, redonnent vie. Récit des inquiétudes de l'adolescence, qui conduit, par instants, aux rivages de l'illumination poétique, Les Pierres de Bobello est un jalon de plus sur la voie résolument moderne que s'est choisie un des maîtres de la littérature arabe d'aujourd'hui.
Dans ces nouvelles, ciselées comme des poèmes en prose, Edouard Al-Kharrat esquisse un monde suspendu, guetté par l'inconnu, où le rêve et la réalité se confondent. Puisant dans la mystique un sens aigu de la désillusion, il conjugue la thématique sociale avec celle de l'amour et de la mort, et l'observation du monde extérieur avec l'introspection intime. Il excelle également à tenir en suspens l'attention du lecteur, chaque nouvelle se donnant comme une énigme dont on brûle de déchiffrer la révélation...
A l'instar de son autre roman alexandrin — traduit en français sous le titre Alexandrie, terre de safran —, ce livre d'Edouard Al-Kharrat, paru en arabe en 1990, est constitué d'une suite de récits divers par les personnages et les souvenirs évoqués, mais unis par une thématique commune, qui se développe à l'intérieur d'un horizon marin où surgit, devant les yeux éblouis du narrateur, la figure féminine de l'énigme du monde. Scènes de vie quotidienne, dialogues, souvenirs d'adolescence, brefs récits, allusions à l'Egypte des années quarante, interventions d'auteur méditatives, tels sont les motifs que tisse Belles d'Alexandrie, et que sous-tend, telle une basse continue, la description sans cesse reprise, approfondie, affinée de l'univers sensible — tant sentimental que sensuel — où évolue le narrateur.
A l'orée des grands incendies, nous aurons au moins eu ça, la bière, le sel et la pénombre d'une chambre où l'on marche pieds nus, nos veilles aux yeux plissés et le petit matin à trente-deux degrés déjà, les draps qui claquent dans le vent dehors et le bleu de la mer, nos engueulades et la catastrophe de tes reins. C'est assez de souvenirs pour dix romans et nos deux vies.
Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu'il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s'évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l'arme, et il tira.
Reito Naoi est un jeune homme en manque de repères, qui a appris à grandir seul. Accusé d'effraction et de tentative de vol, il risque la prison, mais se voit proposer un marché qui pourrait bien changer sa vie. Un avocat, agissant pour le compte d'un mandataire qui souhaite rester anonyme, lui propose la liberté en échange d'une mystérieuse mission. Reito devient le gardien d'un illustre camphrier, niché au coeur d'un sanctuaire de Tokyo, qui semble renfermer bien plus que du bois et des feuilles. La légende dit en effet que, si l'on suit un rituel bien établi, l'arbre centenaire exauce les voeux et se fait le messager des défunts. "Le Gardien du camphrier" interroge avec émotion et grâce les liens du sang ou ceux du coeur, qui se tissent ou s'érodent au fil du temps et jusque dans la mort. Il est une ode poétique à la découverte de soi et à la connexion aux autres.
La double trajectoire d'un policier des frontières qui perd le sens de sa mission et d'un jeune émigrant soudanais qui tente d'atteindre l'Eldorado européen.A Catane, le commandant Salvatore Piracci surveille les frontières maritimes. Gardien de la citadelle Europe, il navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d'intercepter les bateaux chargés d'émigrés clandestins qui ont tenté la grande aventure en sacrifiant toute leur misérable fortune... en sacrifiant parfois leur vie, car il n'est pas rare que les embarcations que la frégate du commandant accoste soient devenues des tombeaux flottants, abandonnés par les équipages qui avaient promis un passage sûr et se sont sauvés à la faveur de la nuit. Un jour, c'est justement une survivante de l'un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant Salvatore Piracci, et cette rencontre va bouleverser sa vie. Touché par l'histoire qu'elle lui raconte, il se laisse peu à peu gagner par le doute, par la compassion, par l'humanité... et entreprend un grand voyage.Au Soudan, pour Soleiman et son frère Jamal, c'est le grand jour : ils ont enfin amassé la somme d'argent qui leur permettra de quitter le pays et le continent pour une vie meilleure. Mais les jeunes gens sont bientôt séparés par le destin. Soleiman rencontre Boubakar le boiteux et c'est avec ce nouveau compagnon qu'il poursuivra - d'Al Zuwarah à Ghardaïa, Oujda, puis Ceuta... - son voyage vers l'Eldorado européen. Parce qu'il n'y a pas de frontière que l'espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s'inventer une terre promise.