
Une bonne éducation
«Alors, fillette, quels sont tes projets?»Je me force à répondre. Tout, sauf parler de la mort. La pudeur semble l'inciter à garder pour lui-même la question de sa propre disparition. Impossible de violer ce voeu, le dernier. La peinture, papa, la peinture.«C'est bien, fillette, c'est bien; ça me rassure... Je suis tranquille pour toi, maintenant. La beauté, vois-tu, c'est tout ce qui compte dans cette vie. Parce que la beauté, c'est elle qui te donne la liberté. Le reste n'a pas d'importance, n'oublie jamais cela...»J'aurais aimé lui dire que la beauté n'est pas toujours la finalité de l'art mais il était trop tard pour avoir ce genre de discussion. J'ai seulement ajouté que j'avais été au Musée d'Art moderne voir tous ces tableaux de Mark Rothko, l'oeuvre d'une vie; que j'avais pleuré, malgré moi.«C'est bien, c'est bien», a-t-il murmuré. Il a fermé les yeux. Je lui ai serré longuement le bras. Nos adieux étaient consommés. Tant de choses, déjà, avaient été tues, enterrées tandis qu'il respirait encore. Tant de maux. Il fallait savoir s'en tenir là.«Je ne veux pas de faire-part dans Le Monde ni rien de ce genre; je veux partir tranquillement parce que nous ne sommes rien, je ne suis rien et tu dois comprendre, tu dois accepter cela...» Il a marqué une pause, comme s'il hésitait à poursuivre, puis il a repris. «Promets-moi surtout qu'il n'y aura pas de rabbin, promets-moi que je peux compter sur toi: je ne veux d'aucune cérémonie religieuse. Ils vont vouloir un rabbin, tout va dépendre de toi maintenant, je ne leur ai rien dit. Il faut m'incinérer et puis après, pffft, c'est fini. Who cares anyway?» Ces mots en anglais, c'était sa façon d'affirmer qu'au moment de s'en aller il était plus athée que jamais. Depuis toujours, lorsque notre père souhaitait poser une affirmation en prouvant sa détermination, il reprenait souvent des formules américaines. «Who cares anyway?», là, signifiait Dieu n'existe pas alors ne faisons pas semblant. «Full, stop, paragraphe, une autre de ces formules, était le signe que rien n'était plus discutable ou négociable. Alors athée mordicus, jusqu'à l'entêtement. Jusqu'à l'enterrement.Aussi, avant que je m'en aille, il m'a pris le bras, «Je te demande une dernière chose: Alice, Romain et toi, quoi qu'il arrive... Restez toujours unis. Soyez solidaires, quoi qu'il arrive. Quoi qu'il arrive, tu m'entends...» J'ai promis et j'ai quitté la chambre. Mes jambes ne me portaient pas. Il n'était plus temps pour rien. Quelque chose allait me projeter violemment dans une autre vie, la vraie peut-être, celle où personne n'est plus là pour nous porter, ne fût-ce qu'un peu: cette absence annoncée, vierge de toute expérience, et que je pressentais comme une béance. Ce regard tendre et ce petit sourire connus depuis l'enfance allaient s'estomper. On oublie vite les visages. Cette seule idée de la disparition du sien était terrifiante. Après, il ne resterait plus rien. Plus rien de l'enfance, de ce temps maintenant oublié mais qui avait pourtant existé. De ce temps perdu qui avait fini par se muer en fiction, tant la vie présente n'avait plus rien à voir avec le commencement. Les uns après les autres, chacun à leur manière ou selon leur sort, avaient déserté. Nous demeurions si peu. Après, mon père avait raison: de tout cela et de tous ceux-là, de lui-même, il ne resterait plus qu'Alice, Romain et moi.
| Nombre de pages | 237 |
|---|---|
| Date de parution | 12/09/2013 |
| Poids | 320g |
| Largeur | 136mm |
| EAN | 9782918135791 |
|---|---|
| Auteur | Tabet Sylvia |
| Editeur | EDTS DIALOGUES |
| Largeur | 136 |
| Date de parution | 20130912 |
| Nombre de pages | 237,00 € |
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