Comment rendre les démocraties, aujourd'hui accusées de tous les maux, à nouveau désirables ? En cas de crise sanitaire ou de guerre, un tiers des Occidentaux feraient davantage confiance à un régime autoritaire qu'aux institutions démocratiques. Pourquoi un tel désamour ? Parce que nous avons habillé la démocratie de vêtements trop grands pour elle depuis trop longtemps. Ne voulant renoncer à rien, nous l'avons rendue responsable de tout. « Compromis », « débat », « temps long »? pour les États autoritaires et les régimes populistes, voilà bien les faiblesses des démocraties, jugées liberticides et condamnées pour leurs renoncements. Pour la philosophe Perrine Simon-Nahum, voilà au contraire leur force ! Refuser la violence et rendre leur place aux idées est aujourd'hui, selon elle, la seule manière de combattre nos adversaires sur leur propre terrain et de redonner confiance à nos concitoyens. Il nous faut revoir le rapport que nous entretenons avec l'idée démocratique pour affronter les véritables problèmes ? la question des élites comme la place du religieux dans nos sociétés. Et si pour une fois nous devancions l'histoire ?
Nombre de pages
204
Date de parution
19/04/2023
Poids
266g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9791032924365
Titre
Sagesse du politique. Le devenir des démocraties
Auteur
Simon-Nahum Perrine
Editeur
L'OBSERVATOIRE
Largeur
135
Poids
266
Date de parution
20230419
Nombre de pages
204,00 €
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Si André Malraux nous intéresse encore tant, au point qu'il continue d'inspirer certaines des grandes figures de notre vie publique, ministres ou écrivains, ce n'est pas seulement parce qu'il fut l'un des acteurs privilégiés d'événements d'un temps héroïque, ce n'est pas parce qu'il occupa les hauts postes de la République, pas non plus parce qu'il côtoya les héros du siècle, ni même parce qu'il figure à notre panthéon littéraire aux côtés de Victor Hugo ou de Jean-Paul Sartre. À travers le kaléidoscope de toutes ces facettes, il nous rappelle plus qu'aucun autre, le visage ambigu d'un siècle qui nous a fait. Grandiloquent et furieux, profond et désespéré, aussi insincère qu'inquiet, guère modeste, il est une sorte de précipité alchimique des défauts et des qualités de notre XXº siècle qui nous fascine et ne cesse, nous ses héritiers critiques, de nous déranger.
Les Juifs ont souvent entretenu un rapport singulier à la modernité. C'est particulièrement vrai en France où, très tôt émancipés, ils prirent pleinement part à l'épanouissement du pays. En même temps qu'elle leur accorde la citoyenneté, la Révolution française leur ouvre l'accès à la science.Héritiers d'une culture où sacré et profane, loin d'être opposés, s'entremêlent, ils sont les premiers à s'engager dans l'aventure des sciences de l'homme qui marque le XIXe siècle. En effet, les savants juifs conservent de la tradition une conception du temps et de l'histoire qui leur permet d'échapper aux dilemmes auxquels sont confrontés les érudits protestants ou catholiques. Leur familiarité avec l'Orient et l'absence de dogmes, autorisant l'inclusion du religieux dans leurs objets d'étude, expliquent leur rôle fondateur dans l'essor de la science des religions mais aussi de la philologie, de la linguistique, de la mythologie comparée ou de la sémantique. Salomon Munk, Michel Bréal, Adolphe Franck, James et Arsène Darmesteter sont les grands ancêtres des intellectuels du XXe siècle.Cette rencontre entre judaïsme et modernité éclaire d'un jour nouveau l'histoire politique et intellectuelle française, restituant au religieux la part qui lui revient. Elle permet de saisir comment, depuis leurs disciplines respectives, les savants juifs contribuent à poser l'une des questions centrales de la modernité : celle de l'identité. Directrice de recherches au CNRS, Perrine Simon-Nahum est professeur attaché au département de Philosophie à l'École normale supérieure. Elle a publié en 2017 une nouvelle édition duJournal de Michelet.
La philosophie a-t-elle encore quelque chose à nous apprendre pour nous préparer à affronter le monde qui vient ? Oui, affirme Perrine Simon-Nahum, si l'on rompt avec les pensées apocalyptiques et la guerre des identités qui nous ont exclus de l'histoire. Les premières en faisant de nous les spectateurs passifs d'un futur qui nous accable, les secondes en nous décrivant comme les victimes impuissantes d'un passé qui nous hante. Contre ces déterminismes, l'auteure nous appelle à la "dé-sidération", à reprendre pied dans le monde actuel, à "refaire histoire". Comment ? En renouant avec un sujet acteur de sa propre vie. C'est à partir de la relation que la philosophie doit trouver à se redéfinir. Les liens qui nous unissent les uns aux autres, l'amour, l'amitié, mais aussi le deuil ou la perte : ces expériences intimes ne se comprennent que si elles sont vécues dans l'épaisseur d'un présent qu'elles permettent d'infléchir. Elles ne donnent sens à nos vies que si elles trouvent à se prolonger dans des institutions qui traduisent au niveau collectif l'importance que nous donnons à nos engagements individuels. Nous ne sommes pas condamnés à subir le sort que nous réservent les déraisons modernes. Les relations que nous tissons au monde, parce qu'elles sont nécessairement plurielles, parce qu'elles engagent, même au niveau le plus modeste, notre liberté, nous montrent le chemin à suivre.
À travers l'étude d'un groupe confessionnel restreint - la bourgeoisie intellectuelle juive parisienne ?, cet ouvrage qui s'inscrit dans le cadre général d'une histoire intellectuelle du XIXe siècle, s'interroge sur les rapports du politique et du religieux. Le concept de tradition ? et les mutations qu'elle subit au travers du processus d'immigration et de l'installation en France des philologues juifs allemands ? fournit un point de vue privilégié. Émigrés pour des raisons politiques, Salomon Munk, Joseph Derenbourg, Henri Weil ou Louis Benloew jouèrent un rôle central non seulement dans la constitution d'une science philologique et linguistique en France mais également dans la création d'une « science du judaïsme français », éphémère (elle disparaît dans les années 1880) et dont la principale caractéristique réside dans le regard plus politique et positiviste que philosophique qu'elle porte sur sa propre tradition. Les juifs choisissent le discours scientifique pour combattre les préjugés s'opposant à la perpétuation de leur tradition et à son insertion dans le monde moderne. Leur engagement aux côtés des républicains amènera la disparition de la science du judaïsme français et sa dilution dans les valeurs d'universalisme et de justice dont les dreyfusards se feront les hérauts, ce qui explique qu'ils se soient intégrés avec une aussi grande facilité au débat national.
De Camus, Hannah Arendt disait en 1952 qu'il était "sans aucun doute pour le moment le meilleur homme en France" parmi ses pairs qu'elle trouvait "tout juste supportables" . Comment expliquer un jugement aussi tranché à l'encontre d'un milieu intellectuel où l'écrivain algérois côtoyait pourtant Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty ou encore Georges Bataille ? C'est que l'auteur de L'Homme révolté a su incarner, à une époque d'extrême polarisation du débat d'idées, le difficile équilibre de la nuance. Sa lucidité, dont son ami Char disait qu'elle est la blessure la plus rapprochée du soleil, face à la réalité de l'idéologie totalitaire et son refus obstiné de céder aux sirènes du manichéisme ont fait de lui un penseur souvent caricaturé et incompris. Les Justes, Lettres à un ami allemand, Le Mythe de Sisyphe, La Chute... A l'heure de l'immédiateté numérique et de la polémique permanente, il importe plus que jamais d'entendre cette pensée exigeante, tendue comme un fil d'Ariane entre des extrêmes mortifères.