Pieter de Hooch (1629-1684(? )), un parmi tant d'autres peintres du siècle d'or néerlandais, qui ont surgi, avec leur manière d'apparence tranquille, d'un peuple se libérant des Espagnols, menant guerre sur guerre ? : événement calme au milieu des turbulences. Les arts ont une existence fragile. Il dépend des caprices d'une époque qu'elle transforme les oeuvres dont elle hérite en objets de culture, en reportages sur les moeurs du passé, en manifestes d'une morale, en occasion de plus-value spéculative ou touristique. Lancés dans un monde qui n'a que faire d'eux, les tableaux deviennent des images. Ceux de Pieter de Hooch n'y ont pas échappé. De son temps, Pieter de Hooch répugnait au régime visuel dominant, aux emblèmes moralisants et surtout à l'art officiel de la province de Hollande, copie de l'antiquité romaine, lequel d'ailleurs l'a ignoré, lui et ses immenses collègues. Aussi devons-nous être sensibles au présent de l'art qui n'est ni tout à fait - les tableaux tout juste vernis, l'encre à peine sèche - le présent historique saisi rétrospectivement, ni vraiment l'éternité idéale prisée par une certaine philosophie, mais un autre présent, celui du peindre, pas du peint, la part d'infinitif de toute peinture, d'infinitif présent, qu'on tente de sentir avec les moyens du bord, ceux de notre temps. Comment aimer Pieter de Hooch sans être aux aguets de ses motifs toujours persévérants ? : peindre des regards absents perdus dans le vague, des habitudes et des gens dans des intérieurs domestiques que leurs yeux dépaysent, produire un tiers-espace entre celui de la toile et celui du spectateur, figurer une durée momentanée dans des gestes indécis et pourtant familiers, inventer les arrière-cours de Delft comme fait pictural, etc. Tout cela sous le signe d'un dieu égaré dans le règne calviniste, Hermès, ange inspirant la recherche de ces fameux passages par des cadres, portes, porches, fenêtres et trouées, de plus en plus étroits dans le lointain.
Nombre de pages
160
Date de parution
06/05/2022
Poids
146g
Largeur
116mm
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EAN
9782850350771
Titre
Pieter de Hooch. Un peintre à l'infinitif
Auteur
Scala André
Editeur
ATELIER CONT
Largeur
116
Poids
146
Date de parution
20220506
Nombre de pages
160,00 €
Disponibilité
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Flaubert appelle style une force rare, une insurrection immédiate, sans programme, insupportable à tout pouvoir même démocratique. Avec Madame Bovary, la force du style joint le projet d'écrire un livre sur rien à la fameuse impersonnalité de l'auteur. On ne devient pas impersonnel tout seul. Ce livre écrit par personne s'écrit donc avec quelqu?un. Avec qui ? On l'apprend ici : avec le mari d'Emma, Charles Bovary, idiot artiste qu'une longue tradition de lecture a manqué. L'histoire bien connue des Bovary est un livre sur rien, car elle est le mal que l'écrivain s'inocule et par le fait même le diagnostic de la maladie de l'époque, l'illusion de se prendre pour autre que l'on est. Notre temps est-il aussi malade de nos rapports à la fiction ? Tout a changé. Demeure l'avertissement de Flaubert : dénoncer ne dérange rien sans la puissance d'une singulière médecine, un style.
Roger Federer, joueur de tennis au palmarès unique, réunit tous les attributs actuels de la célébritésportive mondialisée. Pourtant sa façon de jouer, son style, sa présence, emmènent le tennis dans une autre direction que celle tracée par les impératifs techniques, économiques et médiatiques. Son jeu révèle une échappée. Il rend aussi sensible un fait plus général: plus le sport est montré, moins il est célébré. Poètes et narrateurs, nécessaires à sa gloire, sont réduits au silence. C?est à la présence poétique, admirable de Federer que cet essai est consacré.
Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe, grammairien et penseur politique, cartésien immodéré selon Leibniz, a exposé la " Méthode " en lui donnant une forme géométrique rigoureuse, et douté de l'authenticité des livres de Moïse - ce qui lui a valu d'être excommunié de La Synagogue. On lui doit une théorie de la Substance radicale - Dieu est la seule substance, le seul être, le monde est l'ensemble des modes des deux seuls attributs divins que nous pouvons connaître : étendue et pensée - qui l'a fait passer pour panthéiste... Comment Spinoza, fils de marchand d'Amsterdam, est-il devenu philosophe ? Comment a-t-il fait de la philosophie avec ceux qui le désiraient ? Comment en a-t-il fait contre ceux qui l'en empêchaient ? Et surtout comment en a-t-il fait avec ceux qui n'en faisaient pas ? Telles sont les questions que l'on a voulu traiter ici, comme pour entrouvrir son ?uvre.
George Berkeley (1685-1753), Irlandais, anglican, évêque, philosophe atypique, est célèbre pour la formule esse est percipi : être c'est être perçu. Cette formule signifie ceci : ce que nous appelons objet ou chose n'existe qu'en tant qu'il est perçu ; seul ce qui a un esprit ou une intelligence perçoit ; l'esprit ou l'intelligence ne perçoit que des idées ; donc ce que nous appelons chose ou objet est une idée qui n'existe que dans (pour) un esprit ou une intelligence qui le perçoit. Identifier l'être et 'le perçu, rien n'est plus singulier dans l'histoire de la philosophie - même dans celle du sens commun : pour être perçu il faut bien être, d'abord. Berkeley a laissé de nombreux essais, traités, dialogues philosophiques et sermons. Sa philosophie, appelée immatérialisme, est dirigée contre toutes les formes de matérialisme, en particulier celles qui croient en la substance matérielle. Si matière il y a, elle est un système de signes, un langage. La puissance et la vigueur de sa pensée ont nourri bien des philosophes ; Hume s'en est inspiré pour la critique des idées abstraites et Mill pour l'associationnisme ; Emerson y a puisé l'articulation entre la philosophie et la pauvreté, la phénoménologie, des intuitions sur la conscience et le monde, Wittgenstein une philosophie du langage et Bergson la nature des idées. La philosophie de Berkeley peut offrir à notre temps distrait, où le lien entre le perçu et le percevoir est lâche, des instruments de reconquête de l'attention et de la présence de l'esprit au monde.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.