Les lecteurs de Terrestres, son précédent recueil paru au Bruit du temps il y a cinq ans, retrouveront ici la voix forte et juste de Denis Rigal, portée aux mêmes interrogations, qui ne font que devenir plus pressantes avec les années : comment "trouver parole à donner, un sens sauvé/sauveur" . Pourquoi et comment écrire encore (en ces temps de détresse) ? Le propos rapporté de Beckett qui donne son titre au livre nous donne un semblant de réponse, que Rigal lui-même com- menterait sans doute ainsi : "la joie de produire un peu de sens prouve que l'humain en est capable et que notre condition n'est pas désespé- rée" . C'est peu dire, car ces poèmes nous emmènent bien au-delà de ce presque rien. L'auteur a entendu les conseils qu'il prodigue lui-même "à Margot" dès la première page. Il a éprouvé dès l'enfance (à laquelle est consacrée une section du recueil) "la grâce des choses vives" qu'il nous restitue avec bonheur, et il a su surtout la confronter au silence, "à l'os muet du monde" , afin que sa parole "résiste au vent" . Parmi les beautés du monde dites dans ces pages, il y a bien sûr ces rivières, que le pêcheur de L'Eloge de la truite a beaucoup fréquentées. Mais l'univers de Denis Rigal ne se réduit ni à son Auvergne natale, ni à sa Bretagne d'adoption, même s'il sait mieux que personne dire la réalité rugueuse de la côte du Finistère ("Pointe de Dinan"). La section intitulée à juste titre "Histoires, saisons, latitudes" , aux poèmes d'une écriture plus ample, nous transporte dans l'espace et le temps, de la Martinique de Césaire à l'Italie de Virgile, en passant par le grand Nord des chamans lapons. Mais Rigal sait aussi, au contraire, à l'instar des poètes chinois qu'il admire (ou du Chat "bouddhiste" qu'il décrit), - notamment dans les poèmes de "Souffles" , au centre du recueil - aller vers plus de dépouillement et réduire le monde à l'essentiel : "à ce cercle parfait / de silence et de cendre / par où tout disparaît" .
Nombre de pages
112
Date de parution
21/11/2018
Poids
155g
Largeur
136mm
Plus d'informations
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EAN
9782358731256
Titre
La joie peut-être
Auteur
Rigal Denis
Editeur
BRUIT DU TEMPS
Largeur
136
Poids
155
Date de parution
20181121
Nombre de pages
112,00 €
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Résumé : ... des brumes roulent l'homme s'arrête au rebours du chemin où toujours grincent les courroies les jougs et les essieux du même ancien charroi pose une main au portillon du clos (bonjour monsieur Gauguin !) et montre auprès le regain noir sous les pommiers tordus d'une souffrance énigmatique et puis les aimables vallons où il subsiste un peu de temps encor un peu de thym ou de lavande aux jachères penchées et quelques grappes à cueillir après le gel qui font ce vin pâle et sucré ce vin éteint.
Cette voix mate du premier temps : tu l'as au corps depuis toujours et dès le seuil franchi elle enfle au vent d'ouest, t'insuffle et te soulève. Rien ne se fige ; il se fait dans l'air vif, au bord extrême, une danse des choses, une allégresse (et même pour celui qui fut jeté dans la douleur du monde) une lumière où les très blanches ailes au vent rebroussent, inventent leur fragile dessin-destin sur le ciel provisoire.
Denis Rigal est né à Chanaleilles (Haute-Loire) en 1938, il vit en Bretagne depuis les années soixante et pêche la truite depuis plus longtemps encore. Poète et universitaire français, il a enseigné la littérature américaine à l'université de Bretagne occidentale de Brest, où il vit toujours. Il a traduit des poètes irlandais tels que Brian Coffey, Thomas Kilroy ou encore Derek Mahon. Il a publié plusieurs recueils de poésie chez Rougerie, Folle Avoine, Gallimard et tout récemment Terrestres aux Éditions Le Bruit du Temps.
L'expérience vécue et décrite par Denis Rigal, étudiant à Clermont-Ferrand au temps de la guerre d'Algérie, n'est pas unique : des dizaines de milliers de jeunes français, étudiants ou non, ont alors été confrontés à l'angoissant problème de leur engagement anti-colonialiste : jusqu'où aller ? Si très peu ont combattu avec le FLN, si rares sont ceux qui ont déserté, beaucoup ont vécu leur renoncement comme une trahison et une honte. Pour tous ceux qui eurent vingt ans entre 1954 et 1962 et conservent le souvenir douloureux de cette guerre, Un chien vivant fera resurgir une partie de leur jeunesse et revivre le drame de conscience qui les déchira. Les plus jeunes, eux, y vérifieront que " l'on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans " ; pas assez en tout cas pour accepter d'aller mourir en Algérie pour une cause qui n'est pas la sienne ou pour subir sans broncher un putsch militaire. Mais assez sérieux pour s'organiser, résister, lutter et choisir de vivre : c'est là ce que raconte ce livre : quelques fragments d'une vie loin de l'Algérie mais proche de la guerre, au moment où l'Histoire fait irruption dans l'histoire intime.
Ce volume reproduit la traduction de La Mort à Venise commandée en 1946 à Philippe Jaccottet par l'éditeur Henry-Louis Mermod avec l'approbation de l'auteur, et publiée en Suisse l'année suivante. Miroir et statue ! Il embrassait du regard la noble figure debout là-bas au seuil de l'azur et, exalté par son ravissement, il croyait dans ce seul regard saisir le Beau en soi, la Forme en tant que pensée divine, la pleine et pure perfection qui n'existe que dans l'esprit et dont s'élevait ici, pour qu'on l'adorât, légère et pleine de grâce, une copie, une image humaine. C'était l'invasion de l'ivresse ; et l'artiste vieillissant l'accueillait sans hésitation, avidement. Il sentait son esprit tournoyer en vastes cercles, sa culture s'émouvoir, sa mémoire brasser des mythes immémoriaux appris au temps de sa jeunesse et que nulle personnelle chaleur n'avait jusqu'alors ravivés. Thomas Mann, La Mort à Venise - chapitre IV, 1912.
Unique roman de l'auteur, Six Nuits sur l'Acropole est un livre de jeunesse, esquissé dans les années 1920, mais réécrit dans la fièvre vingt-cinq ans plus tard par Séféris alors qu'il était en poste au Liban dans les années 1950 et qu'il ne se sera jamais résolu à publier de son vivant, peut-être parce qu'il craignait d'y avoir révélé trop de lui-même. Sept jeunes gens, parmi lesquels Stratis, l'alter ego de l'auteur, s'y cherchent, perpétuellement tiraillés entre la grandeur passée de la Grèce et leur refus de la réalité présente d'Athènes, entre leurs rêves d'absolu et l'omniprésente sensualité à laquelle les invitent, en ce début de 1928, la grande ville et leur " croyance à la toute-puissance du corps " (comme il est dit dans un poème de 1941). Ils forment le projet de se réunir chaque nuit de pleine lune sur l'Acropole, avec l'espoir – illusoire dans l'Athènes " rétrécie " des années vingt – d'y puiser " la force de leurs ancêtres immortels ". Le projet échouera, bien sûr, mais nul besoin de connaître déjà l'oeuvre poétique de Séféris, pour être séduit par ce portrait hachuré d'une poignée de jeunes gens en quête de cohésion et s'ébrouant dans une bohême qui nous semble encore assez neuve. Comme l'écrit le traducteur : " On peut lire ces Six Nuits sur l'Acropole comme un divertissement romanesque et moins juvénile qu'il n'y paraît, y chercher le portrait d'une ville et d'une génération où affleureraient aussi les réalités de l'époque, ou encore prêter à ce livre, sous le patronage de Dante qui introduit ce récit d'une jeunesse revisitée et l'éclaire de nouveau à la toute fin, des significations insoupçonnées. On y retrouvera dans tous les cas cette manière propre à l'auteur de s'attacher à tous les aspects du réel, jusqu'aux plus prosaïques, pour tâcher d'en entendre et d'en dégager le sens ".
Je n'ai pas envie de parler de moi, mais d'épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps..." Même s'il s'en défend, avec Le Bruit du temps, publié en 1925 et rédigé en Crimée dès 1923, Mandelstam signe son livre le plus autobiogaphique et donc la meilleure introduction qui soit à son oeuvre. Il y évoque le Pétersbourg d'avant la révolution et sa formation de poète: de la bibliothèque (russe et juive) de son enfance à l'étonnant professeur de lettres, V. V. Gippius, qui lui a enseigné et transmis la "rage littéraire". Mais le livre est aussi une éblouissante prose de poète, qui annonce Le Timbre égyptien. Une prose où le monde sonore du temps (concerts publics, mais aussi intonations d'acteurs, chuintements de la langue russe) constitue la base du récit, une prose qui jaillit d'un regard à travers lequel le monde semble vu pour la première fois, avec une étonnante intensité. Mandelstam compose ainsi une suite de tableaux d'une exposition sur la préhistoire de la révolution. Le livre s'achève au présent sous une chape d'hiver et de nuit ("le terrible édifice de l'Etat est comme un poële d'où s'exhale de la glace"), face à quoi la littérature apparaît "parée d'un je ne sais quoi de seigneurial" dont Mandelstam affirme crânement, à contre-courant, qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte ni de se sentir coupable. Pourquoi traduire une nouvelle fois Le Bruit du temps alors qu'il existe déjà deux traductions en français, l'une, médiocre, dans une anthologie de proses de Mandelstam intitulée La Rage littéraire chez Gallimard, jamais rééditée; l'autre, extrêmement précise, par Edith Scherer, à L'Age d'homme, reprise dans la collection "Titres" chez Christian Bourgois? Sans doute parce qu'il fallait faire appel à un poète pour donner à entendre dans une langue d'une grande richesse, la musique et l'éclat si particuliers de cette prose. Nous avons commandé cette traduction nouvelle à Jean-Claude Schneider, admiré de poètes allemands comme Hölderlin, Trakl, Bobrowski, qui avait déjà traduit de Mandelstam, à La Dogana, des poèmes de Simple promesse et surtout le magnifique Entretien sur Dante, précédé de La Pelisse.
II est terrible de penser que notre vie est un roman, sans intrigue et sans héros, fait de vide et de verre, du chaud balbutiement des seules digressions et du délire de l'influenza pétersbourgeoise. L'Aurore aux doigts de rose a cassé ses crayons de couleur. Ils gisent aujourd'hui comme de jeunes oiseaux, avec des becs béants et vides. Cependant, tout absolument me semble contenir les arrhes de mon délire favori en prose."