Quand on parle de la " jeunesse " aujourd'hui, on pense plus souvent aux jeunes " des quartiers " qu'à ceux de la campagne. Ces derniers, quand ils sont ouvriers, sont alors doublement invisibles, comme " ruraux " et comme " ouvriers ". Les sociologues eux-mêmes se sont peu intéressés à cette catégorie de population, pourtant nombreuse. Ce sont ces jeunes " gars du coin " que fait découvrir Nicolas Renahy dans cet ouvrage, fruit d'une enquête menée pendant dix ans dans un village de Bourgogne. Tandis que leurs pères et grands-pères avaient bénéficié de la période faste du paternalisme industriel, ces jeunes gens peinent à trouver leur place dans un contexte de plus en plus précaire. Restés au village, voués au chômage ou à une succession de petits boulots, hantés par la crainte du célibat, ils tentent de survivre socialement en se repliant sur les ressources que leur offre le seul fait d'être " du coin ".L'auteur nous fait pénétrer dans ce monde des " gars du coin ". Il retrace leurs parcours familiaux et scolaires, et s'intéresse à leurs espaces quotidiens (l'usine, le domicile, le foot, les cafés...) et à leurs expériences intimes. Il éclaire ainsi les tentatives individuelles et collectives de maintenir une honorabilité populaire menacée et offre un portrait inédit d'une jeunesse rurale méconnue.Table des matières : RemerciementsPréfaceIntroduction - Métamorphose industrielle, crise de reproduction ouvrièreUne jeunesse en dangerI / Grandir dans une campagne paupérisée1. Enfance au villageLa fin d'un accès familial au monde du travail" Les années mobylettes "L'école primaire : " De très bons souvenirs "Passage au collège unique" Et pourtant, on n'était pas en ZUP... "Dépendance maternelle : " J'étais le dernier "Élargir l'horizon : les rencontres en formationEn quête d'adultes référentsIntermède militaireÉlargir l'horizon : le passage en ville2. Au football : " Faire la différence "Sociabilité villageoise et vivacité associativeLes " familles foot "Le passage de junior à seniorApprendre par corpsPerpétuation d'un ethos ouvrierUn pot dans le vestiaireÉprouver sa virilitéUne institution confrontée à l'isolement des classes populairesII / Usines, village : la lente dissociation3. Entrer à l'usineSamir, ou le rêve de l'ouvrier qui " sait tout faire "" Les vieux, ils se font manipuler "Racisme et difficultés à assumer l'héritage parternel" J'arrive pas à me fixer, je m'intéresse à tout "" Un boulot comme un autre "4. Une élite ouvrière qui s'éteintDirk. Un " néorural " à l'usineL'apprentissage : savoir-faire et savoir-êtreLe pouvoir ouvrierL'organisation des tâches : hiérarchie ouvrière et égalitarisme face à la pénibilitéLe " piège " des heures supplémentairesPrime de rendement et sentiment d'injusticeLe difficile mouvement de l'élite ouvrièreDes ouvriers sans bleus5. Ouvrières précairesQuand un site de production devient la " soupape " d'un groupe industrielUn chef du personnel et ses " filles ". L'échec d'une relation hiérarchique personnaliséeL'autocontrainte d'une autochtone sortie du rangQuitter les " gens du coin " et devenir " responsable "Entre usine et foyer6. Trouver une compagne... et la garderde la maison individuelleVivre (dans) le provisoire : " l'appart "Cannabis, rock et entre-soi masculin : une bohème populaireHervé, un célibataire qui " manque de confiance en ses capacités "Mari ou copain ? Un couple en quête de stabilitéFred : " il faut que j'arrive à mon vrai niveau "Dénigrement de soi, déprime, culpabilité7. Une occupation d'usine et ses suites. Le bouleversement de la sociabilisation politique" Gens du château " et " gens du village "" La CGT ? On y a tous été ! "Les années 1970, ou la " délocalisation " de la direction d'usineL'occupationL'oubli nécessaireD'une génération l'autreAu bistrot, un jour d'électionsPositions sociales locales et " comportements électoraux "L'univers professionnel, fondement de l'appartenance au lieu" Être d'ici " a-t-il un sens ?Épilogue : trente ans, en attente...ConclusionUne classe d'âge démobiliséeÀ l'écart : l'isolement croissant des classes populairesAnnexe. Une enquête ethnographique, une posture compréhensiveAvant l'enquêteL'enquête.
Bruno, Christian, Clairette, Christiane et Viviane sont des " anciens de Peugeot " à Sochaux-Montbéliard. Cabossés par le travail en usine, ces retraités placent le militantisme syndical et la solidarité amicale au c?ur de leur vie. À travers quelles expériences apprennent-ils à vieillir ensemble ?À partir d'une plongée sensible dans leur quotidien, ce livre donne à voir une réalité méconnue : celle du vieillissement physique et social dans le monde ouvrier. Il jette une lumière nouvelle sur des enjeux oubliés de la réforme des retraites et sur la distance au politique dans les classes populaires, montrant l'importance des résistances locales au capitalisme et à l'extrême droite. Retrouvant, trente ans après, certains enquêtés de La Misère du monde, Nicolas Renahy propose une sociologie incarnée des vieillesses et des appartenances sociales, qui invite à repenser la condition ouvrière à l'aune des rapports de classe, de genre et de génération.Ni passifs ni " inactifs ", ces anciens ouvriers et ouvrières sont loin d'être mis en retrait par leur retraite. Alors que la fin du monde ouvrier ne cesse d'être annoncée, ces " vieilles branches " continuent de lutter, d'être solidaires et de transmettre aux plus jeunes le sens du combat contre les injustices. Jusqu'au bout.Table des matières : Nota beneIntroductionLa condition ouvrière après la retraite : résistances et appartenancesEnquête sur un groupe majoritaire mais invisibleRevisiter la condition ouvrière" Tu as pris ton magnéto ? On ne sait jamais... "Quand la lutte des classes continue1. La solidarité, ou comment résister au temps" Compagnon de colère, compagnon de combat, salut camarade "Victimes et témoins de la fragilisation du groupe ouvrier." Papy et mamie font de la résistance " : les effets au long cours de la grève de 1989Un apéro des " 89 " chez ClairetteFace au deuil" Nos conneries " : l'humour et l'amitié pour " avancer ensemble2. La mémoire longue des injusticesLes groupes Medvedkine, un utopisme de " paumés "La formation d'une contre-élite ouvrièreQuand les injustices de l'enfance rejaillissent" Je vais souvent au Struthof avec mes petits-enfants "3. Les " copines " : lutter, s'émanciper, vieillirLili : s'émanciper avant Mai 68Des soixante-huitardes pas comme les autresLa vie de militante avant et après la retraite4. " La base " : bois, bricole et manifsJour de fête en forêtLa pinaille, une société dans l'usineLe cerisier d'AkramDans la rue contre la réforme des retraites5. Lâcher la lutte, ne pas se renierLe vieux communiste et la nouvelle ruralitéLe désarroi de l'immigré endettéÉpilogueConclusionDu capital militant aux sociabilités du careLes bénéfices cumulés du capital d'autochtonieQue sont les alliances de classe devenues ?RemerciementsNotes.
La formule "mépris de classe" est régulièrement mobilisée dans le discours public pour désigner le dénigrement de dominés sur la base de leurs appartenances et propriétés sociales. Pour introduire le dossier consacré à cette catégorie de sens commun peu abordée par les sciences sociales, Nicolas Renahy et Pierre-Emmanuel Sorignet sociologisent cette catégorie de sens commun en prenant la mesure des jugements moraux qui fondent l'économie des émotions de classe. Elie Guéraut en étudie les manifestations dans une ville moyenne en déclin où une petite bourgeoisie culturelle tente de se réassurer socialement. Raphaël Challier analyse la stigmatisation d'un "cassos" et ses tentatives de préservation de sa respectabilité par son engagement au Front national. Cyril Nazareth s'intéresse aux usages pratiques que les agents sociaux font des catégorisations ethniques à partir de l'examen minutieux des ressorts d'une bagarre générale qui clôt un match de football amateur. La rubrique Varia rassemble des textes consacrés à la musique. Alexandre Robert étudie la fabrique des oeuvres contemporaines par des compositeurs en formation et Myrtille Picaud compare les configurations professionnelles de deux capitales européennes. Les attaques contre l'enseignement supérieur et la recherche s'accélèrent et dès lors le combat continue et justifie plus que jamais le maintien de notre rubrique En lutte.
L'expression "mépris de classe" circule de plus en plus dans l'espace public pour designer la disqualification symbolique que subissent des dominés, "sans-dents", "salariées illettrées", "fainéants", "syndicalistes voyous", parfois même réduits au néant : "rien" ... Au-delà de la dénonciation éthique des dominants dans le cadre des luttes politiques, que peut en dire la sociologie ? A distance du moralisme et sur la base d'enquêtes minutieuses. cet ouvrage évalue le caractère heuristique d'une telle catégorie d'analyse. Le mépris appartient aux rapports sociaux propres a une société hiérarchiser et se manifeste de manières très diverses. En ce sens. Il apparaît comme un révélateur de l'état de la structure sociale et des relations qu'y entretiennent les différentes composantes. Le mépris des uns ne remplit pas les mêmes fonctions que le mépris des autres : il ne peut être abstrait des relations de domination, qui le provoquent et lui donnent sens. Il renvoie à la verticalité du monde social : c'est lorsqu'un dominant se sent en danger qu'il rompt, par le mépris de classe, avec l'euphémisation usuelle de l'ordre des choses. Et son expression suscite, en retour, honte, rejet, violence ou quant-à-soi. Cet ouvrage met en évidence l'ampleur et la variété de ses formes d'expression contemporaines, en fonction des contextes et moments considérés. Il livre différentes clés de compréhension des façons multiples d'exercer le mepris de classe, de le ressentir et d'y faire face.
De la fin des années 1990 jusqu'au milieu des années 2000, les mondes du cinéma, de la télévision, de l'art, de la mode et de l'édition s'enthousiasment pour le sexe explicite : c'est la période du " porno chic ". Durant cette poignée d'années, des cinéastes, hommes comme femmes, introduisent des scènes pornographiques dans leurs films. Des directrices de casting écument les clubs échangistes et les soirées BDSM. Les artistes inondent les galeries d'oeuvres pornographiques. Les marques font appel aux égéries de films pour adultes pour leurs campagnes de pub. Le public découvre, éberlué, l'arrivée de la téléréalité et le sexe en direct. Les textes explicites écrits par des femmes battent tous les records de vente. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une star du X soit invitée sur un plateau TV. C'est ainsi que des mondes qui n'auraient jamais dû se côtoyer ont fini par fusionner. Ovidie a participé à cette parenthèse du porno chic, un moment charnière antérieur à internet qui a inspiré ce que les millenials nommeront plus tard la " culture porn ". Mais tout change en octobre 2017, lorsque #MeToo vient bouleverser nos regards en nous amenant à relire ces années à travers le prisme des discriminations sexistes et sexuelles. Et, pour une fois, l'industrie du X n'est pas la seule sur le banc des accusés. Car derrière la starification des actrices, il y a eu la stigmatisation, le jugement, le slut shaming. Dans cet ouvrage qui mêle récit intime et réflexions politiques, Ovidie décrypte ce mécanisme marquant au fer rouge les femmes qui, à un moment ou à un autre de leur vie, ont été sexualisées - et l'ont payé très cher.
Résumé : Dans la plupart des sociétés occidentales, la place des loisirs et des activités culturelles s'est sensiblement accrue depuis la fin des années 1960. Cette évolution générale masque toutefois de profondes disparités qui interrogent le bilan des politiques de démocratisation de la culture car celles-ci, notamment en France, inspirent l'essentiel des politiques publiques menées dans ce domaine. L'accès aux biens, aux services et aux équipements culturels continue d'alimenter les inégalités observées dans d'autres domaines de la vie sociale, en particulier dans le domaine scolaire. Marquée par la montée de l'audiovisuel, le recul de l'écrit et la globalisation de l'offre de biens et services culturels, la cartographie des styles de vie culturelle est aujourd'hui perturbée par un certain éclectisme des goûts et des pratiques ; si celui-ci brouille le découpage des frontières symboliques entre les groupes sociaux, il n'est pas nécessairement synonyme d'une disparition des hiérarchies culturelles.
La vie de Frantz Fanon se lit comme un thriller de la décolonisation et de la guerre froide. Elle est aussi un témoignage essentiel des bouleversements politiques et intellectuels du XXe siècle. Après avoir combattu dans les rangs de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, Fanon, jeune psychiatre martiniquais charismatique et talentueux, publie à 27 ans Peau noire, masques blancs , ouvrage prophétique qui s'imposera avec le temps comme un classique. Il approfondit son expérience clinique au centre hospitalier de Saint-Alban (Lozère), berceau d'innovations thérapeutiques qui marqueront profondément sa recherche d'une psychiatrie désaliénée au service des humiliés. Cette quête de la désaliénation, il la met à l'épreuve de la situation coloniale lorsqu'il est muté en Algérie, à la veille de la guerre de libération. Il s'engage corps et âme dans le combat anticolonial, d'abord à Tunis où il met ses compétences médicales au service du Front de libération nationale (FLN), puis comme ambassadeur itinérant du mouvement en Afrique subsaharienne. Fauché par une leucémie foudroyante au moment même où paraît son livre le plus célèbre, Les Damnés de la terre , Fanon meurt le 6 décembre 1961, laissant derrière lui une oeuvre qui suscite depuis soixante ans une multitude d'interprétations et d'appropriations créatrices dans le monde entier. Servie par la plume élégante d'Adam Shatz, cette biographie politique et intellectuelle s'impose comme un ouvrage de référence.
Partout en Europe, à l'abri des regards, les centres de rétention destinés à organiser l'expulsion des sans-papiers se multiplient. Au nom du contrôle des frontières, des milliers de personnes y voient leurs droits fondamentaux bafoués. Surmontant les difficultés d'accès à ces lieux, Louise Tassin est parvenue à enquêter au coeur et autour de ces dispositifs. Grâce à une immersion inédite dans des centres d'Ile-de-France et sur les îles de Lesbos et Lampedusa, elle livre un tableau vivant et documenté de cet enfermement de masse. Avec elle, on découvre qu'une partie du personnel en charge de la rétention a connu des trajectoires migratoires similaires à celles des " retenu. es ". Autrement dit : pas d'enfermement des étranger. es... sans l'appui d'une main-d'oeuvre immigrée précaire. Le contrôle des frontières est par ailleurs largement délégué à des acteurs privés (entreprises, associations, collectifs locaux), qui travaillent en coopération avec les fonctionnaires de police, quand ils ne s'y substituent pas. Quid de la responsabilité des Etats, des conditions d'enfermement, de la transparence des dispositifs dans ce contexte ? Les expériences des étrangères et des étrangers retenus résonnent d'un centre à l'autre et d'un pays à l'autre. Partout s'exprime le sentiment d'être injustement traités en criminels. Que fait la rétention à celles et ceux qui y sont placés ? Et comment l'existence de ces lieux façonne-t-elle les représentations de l'étranger ?
Nouvelle édition augmentée de ce petit pamphlet nécessaire à lire et à diffuser ! Salomé Saqué nous relate des faits, vérifiés et sourcés, sur l’extrême-droite, ses méthodes, ses origines comme ses dangers pour les droits et la démocratie. Mais elle nous donne aussi des pistes pour résister ensemble. Un ouvrage éclairant qui inspire à faire front commun avec beaucoup de justesse mais aussi de force et qui invite à un vrai débat démocratique.
Face aux guerres culturelles de l'extrême droite, à la séduction de ses rengaines identitaires, à l'influence croissante dont elle jouit dans les milieux d'affaires, l'angoisse étreint toutes celles et ceux qui, comme nous, sont attachés aux idéaux écologistes, égalitaires ou simplement démocratiques. Pour amplifier la riposte contre la tentation réactionnaire, la rédaction de Socialter a proposé à Salomé Saqué, journaliste à Blast et autrice de Résister (Payot, plus de 400. 000 exemplaires vendus) de participer à ce numéro. Avec sa contribution, nous avons conçu un "manuel de résistance populaire" pour sortir de la sidération et de l'impuissance. Un numéro de 148 pages pour documenter et analyser l'offensive des droites extrêmes, mais surtout explorer des stratégies et des pistes d'action efficaces. Avec l'objectif de faire reculer partout les affects haineux et les pulsions autoritaires : dans les esprits, dans les urnes, dans les rues. Avec : Salomé Saqué, Edwy Plenel, Ugo Palheta, Fatima Ouassak, Marlène Benquet, Lumir Lapray, Mark Bray...
Court échange très intéressant et initiateur de réflexions avec la journaliste économique Salomé Saqué et l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, chef de The Shift Project, autour de la question écologique et de la jeunesse. Malgré leurs différences de points de vue parfois, les deux intervenants se rejoignent sur de nombreux aspects et invitent, par cet échange enrichissant, à une lutte intergénérationnelle et intersectionnel pour changer les choses.
De la fin des années 1990 jusqu'au milieu des années 2000, les mondes du cinéma, de la télévision, de l'art, de la mode et de l'édition s'enthousiasment pour le sexe explicite : c'est la période du " porno chic ". Durant cette poignée d'années, des cinéastes, hommes comme femmes, introduisent des scènes pornographiques dans leurs films. Des directrices de casting écument les clubs échangistes et les soirées BDSM. Les artistes inondent les galeries d'oeuvres pornographiques. Les marques font appel aux égéries de films pour adultes pour leurs campagnes de pub. Le public découvre, éberlué, l'arrivée de la téléréalité et le sexe en direct. Les textes explicites écrits par des femmes battent tous les records de vente. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une star du X soit invitée sur un plateau TV. C'est ainsi que des mondes qui n'auraient jamais dû se côtoyer ont fini par fusionner. Ovidie a participé à cette parenthèse du porno chic, un moment charnière antérieur à internet qui a inspiré ce que les millenials nommeront plus tard la " culture porn ". Mais tout change en octobre 2017, lorsque #MeToo vient bouleverser nos regards en nous amenant à relire ces années à travers le prisme des discriminations sexistes et sexuelles. Et, pour une fois, l'industrie du X n'est pas la seule sur le banc des accusés. Car derrière la starification des actrices, il y a eu la stigmatisation, le jugement, le slut shaming. Dans cet ouvrage qui mêle récit intime et réflexions politiques, Ovidie décrypte ce mécanisme marquant au fer rouge les femmes qui, à un moment ou à un autre de leur vie, ont été sexualisées - et l'ont payé très cher.