Comment l'oeuvre littéraire choisit-elle, le cas échéant, de donner forme à une énigme qui tend dès lors à tenir le discours, plus familier, du secret ? De fait, le goût des formes - structures, contraintes, figures...-qui caractérise toute une part de la littérature française du XXe siècle (prose et vers), loin de renoncer à la définition subjective que l'esthétique romantique avait proposée de l'oeuvre d'art, donne à la subjectivité de l'auteur une existence précisément formelle, telle structure énonçant énigmatiquement un discours intime. A l'imaginaire vertical du texte bien décrit par Mallarmé dans Le Mystère des lettres (le soupçon d'un trésor mystérieux naît de la perception incertaine d'une miroitement en dessous ) s'associent alors quelques figures architecturales : celle du mémorial, de la crypte, ou du tombeau. Ces questions de poétique impliquent plus largement le problème, historique, de la définition des différents régimes de littérarité, la littérature contemporaine apparaissant ainsi comme un discours fondamentalement paradoxal, une adresse toujours problématique engageant une rhétorique véritablement, et radicalement, restreinte . le texte énigmatique, en effet, ne suppose une connivence - confiant son secret au suffisant lecteur capable de l'entendre - que pour prononcer ce faisant l'exclusion, complémentaire, des lecteurs moins malins jusqu'à risquer, parfois, de refermer l'oeuvre sur le cercle intime d'une communauté absolument privée. Il s'agit en somme de reprendre à nouveaux frais (historiques, théoriques aussi bien qu'esthétiques) la réflexion sur le formalisme du siècle dernier - les oeuvres de George Perec et de Jacques Roubaud représentant alors des points de repère commodes, en même temps que des postes d'observation efficaces, sans que ces exemples privilégiés excluent pour autant d'autres auteurs, d'autres poétiques (en l'occurrence, de Victor Hugo à Jean-Marie Gleize).
Nombre de pages
347
Date de parution
06/09/2007
Poids
645g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782840505297
Titre
Ecrire l'énigme
Auteur
Reggiani Christelle ; Magné Bernard
Editeur
SUP
Largeur
160
Poids
645
Date de parution
20070906
Nombre de pages
347,00 €
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Résumé : I Définition(s). 1 - L'art de persuader. 2 - Les genres de la rhétorique. 3 - Les parties de la rhétorique. II Aperçu historique. 1 - Naissance et développement de la rhétorique. 2 - Mort et renaissance de la rhétorique.
L'oeuvre de Georges Perec (1936-1982) apparaît aujourd'hui sans conteste comme celle d'un classique de la seconde moitié du xx' siècle. Prenant acte de ce statut patrimonial, ce volume se donne un objectif moins rétrospectif - faire le bilan de trois riches décennies de recherche - que prospectif, en s'efforçant de contribuer à la relance d'une activité critique dont le dynamisme semble évidemment lié à l'accession à ce statut de classique. Dans un article devenu célèbre, Pourquoi lire les classiques ? (1981), un autre écrivain de l'Oulipo, l'Italien halo Calvino, avait défini l'oeuvre classique par sa lecture, énonçant la proposition suivante : Toute relecture d'un classique est une découverte, comme la première lecture. S'agissant de Perec, tout se passe en effet comme si cette canonisation avait bel et bien ouvert le champ des lectures possibles, permettant en particulier le dépassement de la perspective biographique pour l'intégrer à des approches diverses, qu'elles soient théoriques, génétiques, historiques, stylistiques ou plus largement poétiques. C'est de cette diversité, et de cette ouverture, critiques que ce volume rend compte, proposant ainsi une série de "découvertes" (comme le disait Calvino) pour inviter à la relecture d'une oeuvre décidément inépuisable.
En regard des théories linguistiques, qui en font un "désignateur rigide", l'idée de poétique du nom propre paraît relever du paradoxe. Parce que la pensée de la langue, loin d'être le propre de la linguistique, l'est aussi bien de la littérature, ce volume se propose pourtant d'explorer quelques poétiques du nom propre mises en oeuvre à l'époque moderne et contemporaine, dessinant ainsi les linéaments d'une poétique historique du roman ressaisie au prisme du nom propre.
Premier livre publié de Georges Perec, Les Choses (1965, prix Renaudot) a d'abord valu à son auteur la réputation, évidemment abusive, de sociologue - à moins de préciser qu'il s'agit alors de sociologie du langage : tissé d'imaginaire, le roman entrelace rêves, rêveries et fantasmes - soit autant de discours dont l'économie donne son vrai fil conducteur à un récit où la consommation des marchandises tient en réalité très peu de place. A cette rencontre des convoitises de l'après-guerre, de la critique marxiste de la société de consommation et de l'histoire de la prose réaliste tient sans doute la force esthétique singulière du petit roman de Perec, que sa brièveté semble alors constituer en véritable "miroir de concentration" d'une certaine poétique romanesque.
Résumé : A l'époque où la chair était triste et les sens las, l'ardeur du baiser s'est portée sur le livre, objet, esprit et matière. Images et estampes, couvertures et reliures, pliages, ornements, graphisme et typographie ont doté les textes d'un sens intellectuel, poétique. et sensuel. A la toute fin de l'ère qui connut l'explosion de l'imprimé et imposa le sens courant du terme illustration, le livre et l'imprimé fin-de-siècle ont porté une charge poétique vibrante où s'enracine la fécondité du XXe siècle. La Chair du livre cherche à lier cet esprit du temps à la matérialité et à l'imaginaire. Centré sur le livre français, l'ouvrage a une dimension européenne. Il part de l'étude d'une bibliothèque qui fit scandale. Il s'arrête sur le statut de l'image dans le livre tiré en grand nombre et les revues, et étudie l'inconfort que suscita le terme d'illustration. Il aborde le livre de bibliophilie et certains de ses artistes. L'imaginaire singulier de la bibliothèque, la lecture qui est femme, le livre conçu comme de la chair entre deux peaux, l'impact du noir et du blanc et les taches d'encre arrêtent l'attention, autant que les livres éventails qui transcendent la matérialité dans leur élan vers la poésie. Innervé par des questions qui ont préoccupé Mallarmé, presque partout présent dans ces études, La Chair du livre n'en fait pas le point de départ d'une " rupture inaugurale " (Y Peyré), mais donne à voir le contexte dans lequel s'enracine la méditation mallarméenne. La révolution typographique et poétique, la poésie visuelle, le graphisme symbolique naissent dans une fin de siècle qui connaît le nouvel attrait de la publicité, une iconographie galopante, et déjà une crise de " la galaxie Gutenberg " (M McLuhan). Pour répondre à ces questions, à l'heure d'une autre " crise ", La Chair du livre, composé de quinze études idiosyncrasiques, croise les méthodes et les points de vue sans atténuer les aspérités et les divergences d'une époque de transition. Entre histoire de l'imprimé et de l'édition, études littéraires, arts du livre, esprit du temps, matérialité et imaginaire, il aspire à rendre au livre sa dimension d'objet parlant de l'histoire culturelle.
Résumé : Cet essai porte sur les romans écrits par Georges Simenon au cours des années trente, aussi bien les " romans durs " que les " Maigret ", et en renouvelle profondément la lecture. Il y décèle un scénario latent. Hanté par le " vertige de la perte " qui le pousse à un retour fusionnel dans le Monde-Mère sous les espèces du rien, voire de la mort, l'écrivain l'exorcise en se réfugiant dans le contre-monde du Livre, par instinct de conservation, en " avare " de son désir. Mais il en conçoit de la mauvaise conscience, car il s'éprouve alors comme un escroc, ou un faussaire : c'est donner en effet pour réels, dans ses livres, des êtres et un monde de papier, sans vraie consistance. Pour se laver de ce péché d'escroquerie, il place dans ses romans des personnages qui sont ses doubles, assignés à des espaces mettant en abyme le Livre. Ce sont des boucs émissaires, car ils endossent la faute et, d'une façon ou d'une autre - en mourant, dans bien des cas -, l'expient, ce qui permet d'en dédouaner l'écrivain. Cependant, il n'y a là qu'un subterfuge puisque, en réalité, ce sacrifice expiatoire du Livre et de son démiurge se produit... dans un livre. C'est pourquoi, un roman terminé, Simenon n'a d'autre choix que d'en entreprendre un autre.
Le premier 19e siècle, dans l'immédiat héritage, problématique, de la Révolution française, est un moment décisif où se reconfigurent les rapports de la littérature et de la morale. Préparée en cela par le rationalisme des Lumières, la Révolution a mis à bas un système social et moral hiérarchisé ; désormais l'individu, promu sujet raisonnable et responsable, se voit imposer de redéfinir son identité, sa place et sa fonction. L'ouvrage se propose de brosser un panorama de la reconfiguration de la question morale dans cette période charnière, particulièrement riche et complexe.
Tabeaud Martine ; Browaeys Xavier ; des Gachons An
Des centaines d'aquarelles. Un seul et même motif : le ciel de la Champagne. André des Gachons (1871-1951), artiste peintre, météorologue bénévole, a saisi presque chaque jour, pendant près de quarante ans, des instantanés du paysage céleste. Il les a associés à des relevés météorologiques. A l'état de l'air, il a ajouté un tableau du ciel, dont les couleurs et les formes changeantes devaient permettre de prévoir le temps du lendemain. Au temps de la Grande Guerre, ces oeuvres sont des documents de premier ordre, lorsqu'on les met en regard des témoignages des soldats et des officiers, qui étaient dans la boue des tranchées, les nacelles des ballons, à bord des avions ou derrière les canons. La "météo" était l'une de leurs préoccupations quotidiennes. Chaque jour, André des Gachons a donné des couleurs au temps. Il nous a laissé des ciels de Champagne qui entrent ainsi dans l'histoire de la guerre 1914-1918.