Prokosch tenait particulièrement à ce roman (son dernier, paru en 1972 - et d'abord traduit sous le titre Mon immense Amérique), où son âme cosmopolite rappelait aux lecteurs distraits qu'il se sentait aussi profondément américain... mais à sa façon à lui, qui pour notre bonheur ne ressemble à aucune autre. Nous sommes dans l'Amérique du début du XXe siècle, celle des romans désenchantés de Jack London, et nous suivons l'itinéraire - assez déboussolé - d'une petite frappe du nom de Pancho Krauss : un gamin tôt voué à l'errance, qui sillonne le pays en quête non tant d'aventures (il en aura pourtant son content, point toujours faciles à avaler) que d'une improbable et peut-être introuvable identité. Un grand roman inoubliable qui s'était laissé oublier.
A bord de la nef des fous, à quoi ressemble tant le roman de Prokosch, les personnages - le vulnérable Henry, l'insatiable Stella et ceux qu'ils fréquentent dans un monde qui court au désastre - se retrouvent tour à tour saisis par la même inquiétude de n'être d'aucun lieu, d'errer dans une sorte de no man's land et d'être à jamais exilés de leur propre identité.
Tomas Kusar, garde-barrière à Trutnov (ancienne Tchécoslovaquie), amoureux de la nature et passionné de photographie, mène une existence paisible, jusqu'au jour où il croise la route de Václav Havel, dramaturge dissident et futur président de la République. Entre les deux hommes une amitié va naître, ponctuée de parties d'échecs et de bières partagées sur le balcon du Château place Venceslas, à Prague. Inspiré par une histoire vraie, Antoine Choplin s'intéresse ici aux humbles, comme souvent dans son oeuvre, et montre comment le destin les fait parfois basculer du côté des justes pour devenir acteurs, presque par hasard, de la grande histoire.
Marie-Hélène Lafon célèbre Gustave Flaubert, son travail d'écriture et son ouvre en réunissant quelques belles pages de Madame Bovary et de L'Education sentimentale précédées d'un texte. "Flaubert à cheval. Flaubert fut beau. Flaubert fut jeune. Jeune. Glorieux. Blond, bouclé. Grand et bien fait. Flaubert eut mal aux dents. Il fut foudroyé à dix-sept ans sur le chemin de Pont-l'Evêque ; on ne sait pas bien par quoi il fut foudroyé ; il le fut et il échappa au Droit et il put commencer à devenir. Flaubert est inépuisable. Flaubert for ever." Marie-Hélène Lafon
Août 2022 - février 2024 : Andreï Kourkov nous livre un témoignage brut et nécessaire. Il raconte le quotidien des Ukrainiens, déchirés entre la peur des raids aériens, la résistance acharnée et l'espoir tenace d'un lendemain. Dix ans après l'annexion de la Crimée et deux ans après l'invasion de l'Ukraine, l'auteur dépeint avec une langue tantôt mordante, tantôt grave ou ironique les efforts séculaires de la Russie pour étouffer une culture profondément européenne. Des déportations à la corruption, du rôle de Volodymyr Zelensky aux campagnes de dons pour l'armée, en passant par des moments de vie volés, ce récit nous plonge au coeur d'une guerre à la fois absurde et tragique. Une chronique où se révèlent la solidarité, l'endurance et la volonté inébranlable de survivre.
Né en Normandie en 1938. Bernard Ollivier a mené une vie de journaliste (consacrée notamment à l'étude des questions sociales) passées pour l'essentiel à Paris. Revenu en Normandie à l'heure de la retraite, il séjourne régulièrement dans la capitale, où il anime une association d'aide aux jeunes délinquants. C'est la marche à pied qui lui aura valu, à soixante ans passés, la célébrité la moins attendue: celle d'un écrivain-voyageur salué par toute la presse, après la publication de son journal de promeneur au long cours: Traverser l'Anatolie (Libretto n°192, 2005), Vers Samarcande (Libretto n°193, 2005) et Le Vent des steppes (Libretto n°194, 2005).