L'affirmation d'un patrimoine national paraît aujourd'hui aller de soi. Cette évidence cache une genèse chaotique, que la mémoire collective a oubliée derrière l'éloge convenu des institutions ou l'exécration complaisante du " vandalisme ". Rouvrir le dossier engage donc une critique de la raison patrimoniale, autant qu'un refus de l'histoire commémorative. Le fanatisme de l'avenir n'empêche pas la Révolution de se réclamer des siècles écoulés : leurs legs, régénéré par la liberté, doit appeler l'émulation, instruire le peuple et transmettre des leçons neuves à la postérité. La censure iconoclaste et l'inventaire patriotique, tous deux héritiers des Lumières, entendent épuiser le détail infini des richesses françaises à mesure des ordres de triage, des ambitions des antiquaires et de l'avidité des musées. Une fois éliminés futilités et symboles menaçants, le pays dispose de son passé comme d'une ressource, soumise aux principes de l'utilité et de la jouissance. Dépasser cette représentation exige ensuite un effort inédit pour penser le temps d'un patrimoine. Dominique Poulot reprend à neuf paroles et pratiques afin de déboîter stratégies de conservation, affirmations des valeurs et revendications d'artistes ou d'érudits. Il montre comment la sollicitude des pouvoirs, le travail d'interprétation et les intérêts du public comprennent peu à peu l'étrangeté de la tradition interrompue, reconstruisent son héritage et l'insèrent enfin dans le cours du progrès. Désormais images et objets s'inscrivent au tribunal de l'esprit humain, accroissent la somme d'énergies d'un " vieux peuple ", mais fournissent aussi une clé du présent en ressuscitant ses morts.
Nombre de pages
405
Date de parution
23/01/1997
Poids
475g
Largeur
139mm
Plus d'informations
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EAN
9782070742417
Titre
Musée, nation, patrimoine. 1789-1815
Auteur
Poulot Dominique
Editeur
GALLIMARD
Largeur
139
Poids
475
Date de parution
19970123
Nombre de pages
405,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Cette synthèse traite du patrimoine tel qu'on se le représente dans tous les pays occidentaux. L'auteur mène de front une histoire du musée et une étude de la notion de patrimoine, depuis l'apparition de l'idée de collection raisonnée au siècle des Lumières, jusqu'aux politiques de la mémoire aujourd'hui conduites par les Etats, ainsi que les bouleversements induits par l'apparition des réseaux numériques.
Résumé : Les Lumières ont longtemps excité les passions tant leurs interprètes y trouvaient matière à interroger, avec les origines de la Révolution française, celles de la modernité. Aujourd'hui, si bien des valeurs contemporaines lui demeurent liées, le siècle des philosophes s'inscrit dans une histoire plus large des imaginaires sociaux, des représentations du temps et des consommations culturelles, qui embrasse toute l'Europe. C'est rendre hommage à la fécondité d'un mouvement qui, au-delà de l'appel général à l'émancipation célébré par Kant, n'a cessé d'affirmer sa conscience de soi et de reconnaître sa part d'ombres - de revendiquer aussi, parfois, le frivole, mais toujours au nom de l'actualité. On s'emploie ici à décrire le système culturel des Lumières, sa géographie comme sa prodigieuse diversité sociale et intellectuelle, et d'abord le jeu de ses institutions, de ses relais et de ses pratiques - des sociabilités à l'opinion publique. On veut saisir ensuite cette intelligence en actes, qui imprime sa marque au sein du nouvel espace public, dans une tension inédite de l'expérience à la prévision. Des projets d'amélioration au souci humanitaire, de l'éloge de l'artisan au culte des grands hommes, les Lumières imaginent un nouvel art du possible et de l'utile à partir d'une première multiplication des ressources et des inventions. Enfin le modèle, à la fois épistémologique et psychologique, de la " sensibilité " débouche sur la quête du bonheur, sans mettre fin aux marginalités, tandis que l'élaboration de répertoires, des concerts aux musées, construit une nouvelle jouissance des arts, entre conscience patrimoniale et dessein d'émulation.
Le patrimoine se définit à la fois par la réalité physique de ses objets, par la valeur esthétique et documentaire le plus souvent mais aussi illustrative, voire sentimentale que leur attribue un savoir général, enfin par un statut spécifique, légal ou administratif. Il relève d'une réflexion savante et d'une volonté politique reconnue l'une et l'autre par l'opinion publique. L'attitude patrimoniale comporte deux aspects, l'assimilation du passé (transformation, métamorphose des traces et restes) et la relation entre présence de témoins d'un temps révolu dans le temps actuel. Cet ouvrage est une analyse inédite et originale de la notion de patrimoine, de son rapport à l'Histoire, de la manière dont une société construit son patrimoine.
L'écriture du patrimoine français a longtemps hésité entre la glorification des collections nationales et la critique de la perte du contexte des oeuvres - aux dépens d'une approche du processus de patrimonialisation, de ses acteurs et de ses pratiques. On fait ici le pari d'une histoire de l'art d'aimer certains objets, en croisant les savoirs et les émotions, les investissements personnels et les disciplines institutionnelles, les projections et les appropriations. Les exemples choisis vont de la Révolution à nos jours et envisagent aussi bien les chefs-d'oeuvre de l'art au musée que l'inscription de la société dans les dispositifs patrimoniaux contemporains. On constate à chaque fois que l'attachement pour des choses jugées précieuses accroît leur profondeur et leur densité, engage des identifications de leurs "amis" et travaille enfin à différentes représentations collectives. La cristallisation patrimoniale autorise ainsi sinon une unité imaginée des héritages au moins l'ambition de leur construction commune.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.