Nous serions-nous trompés (nous, héritiers de la Grèce, artisans ou praticiens de la métaphysique) en accordant une centralité au phénomène de la voix et en traitant l'écrit comme substitut de celle-ci ? L'erreur qui aurait été commise reçoit chez Jacques Derrida le nom de «phonocentrisme». Derrida ne voulait pas passer pour un archéologue, et la question était celle d'une priorité phénoménologique : du dit ou de la trace écrite, quel est le phénomène le plus originaire ? Mieux vaudrait ne pas raidir la différence. Catherine Pickstock prend pour exemple la prière liturgique, dont la voix fait éclater les limites du texte. Cette voix nous est donnée «après l'écrit», parce que sa présence n'est pas pour l'interprétation. La prise de parole liturgique veut nous offrir les mots dans leur gloire; et en même temps, il n'y a pas de liturgie sans textes liturgiques. Celui qui célèbre est un lecteur, dont la personne est intégrée à la personne d'un autre : in persona Christi. La liturgie offre une alternative théologique au primat naïf de la voix. Elle donne aussi les moyens de critiquer le primat naïf de l'inscrit. Vive et inscrite à la fois, la prière liturgique constitue aussi bien un acte de parole qu'un acte de présence. Celui qui aura lu le livre de Catherine Pickstock s'en convaincra aisément.Catherine Pickstock enseigne la philosophie et la théologie à l'université de Cambridge (Emmanuel College). Elle a déjà publié Thomas d'Aquin et la quête eucharistique (Ad Solen, 2001), Truth in Aquinas (en collaboration avec John Milbank, Routledge, zool.) et Repetition and Identity (Oxford University Press, 2013).
Nombre de pages
374
Date de parution
02/12/2013
Poids
410g
Largeur
135mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9791090819108
Titre
Après l'écrit. De l'achèvement liturgique de la philosophie
Nous parlons, nous écrivons.Nous utilisons le langage pour désigner les réalités qui nous entourent, mais sans toujours avoir conscience de ce que la réalité désignée contient tout un univers, auquel le mot nous renvoie sans jamais l'épuiser. C'est le cas, éminemment, des paroles de l'institution de l'Eucharistie, " Ceci est mon Corps ", que ce livre étudie d'un point de vue d'abord linguistique, avec Pascal et les Grammairiens de Port-Royal, puis métaphysique, en s'appuyant sur les Questions 75 à 83 de la Somme de théologie, où saint Thomas d'Aquin traite du sacrement et du rite de l'Eucharistie, et enfin littéraire, à travers la lecture d'un épisode de la Quête du Graal." Mais auparavant, écrit Catherine Pickstock, puisque l'Eucharistie implique signes et langage, il faudra prendre en compte, quelque peu, la critique que les philosophes postmodernes, notamment Jacques Derrida, nourrissent contre la possibilité d'un discours théologique véritable. Mais ce ne sera que pour mieux souligner combien cette nouvelle sophistique est lettre morte face à la simplicité des paroles de l'institution de l'Eucharistie."
Dans la tradition occidentale ancienne, l’affliction connue sous le nom de « mélancolie » était décrite comme un excès d’humeur corporelle ou de fluide appelé « bile noire ». En 1697, Jonathan Swift associe l’accumulation de fiel et l’excrétion de substances nauséabondes à la figure allégorique de l’araignée, animal qui, « se nourrissant et s’engendrant elle-même, transforme tout en excrément et venin ». L’abeille, en revanche, buttine « des fleurs et des bourgeons des champs et du jardin » et s’écrie : « Quoi que je collecte ainsi [...], cela m’enrichit sans porter la moindre atteinte à leur beauté, à leur parfum ou à leur goût. »À partir de ce bestiaire, et à partir de l’expérience du confinement que chacun(e) d’entre nous a pu vivre pendant la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, l’autrice du présent essai propose une réflexion originale, métaphysique, sur notre condition actuelle : la Modernité nous condamne-t-elle au narcissisme et à la mélancolie ...
Pabst Adrian ; Venard Olivier-Thomas ; Pickstock C
Trois cents pages, une parution simultanée en Angleterre et aux Etats-Unis : " Radical Orthodoxy " ce fut d'abord un livre publié en 1999, dans lequel une dizaine d'auteurs, anglicans et catholiques, tous professeurs de théologie dans les plus grandes universités anglo-saxonnes, annonçaient calmement que le moment était venu de rejeter le joug de la modernité. Non pas pour des raisons philosophiques, ni politiques, mais théologiques. La modernité était fille du nominalisme et des Lumières. Elle avait engendré un monde à son image : rationnel, technique, déshumanisant, sans mémoire, sans poésie - un monde sur lequel le discours théologique n'avait plus de prise faute de pouvoir légitimer son statut face à la critique des penseurs du nihilisme. De livre-programme, " Radical Orthodoxy " est devenu un Mouvement dont l'influence ne cesse de grandir. Deux théologiens francophones, Adrian Pabst (Institut Catholique de Paris) et Olivier-Thomas Venard (École Biblique de Jérusalem), présentent ici les idées maîtresses d'un des plus vigoureux courants de pensée chrétiens depuis la Nouvelle Théologie.
Voir, laisser voir, faire voir ; apparaître, laisser apparaître, faire apparaître ; nous ne résumons pas ainsi la tâche de la pensée, mais il n'y aurait pas pensée si cela n'avait lieu. Voir la "chose" que nous disons dissimulée derrière le sacrement. "Voir" l'existence telle quelle distribuée en manières d'exister, communes ou moins communes. "Faire apparaître" l'amour, tel que le masquent les jeux du sentiments et tel que le vouloir le restitue à sa destinée propre. "Laisser apparaître" paix et guerre, qui ne sont pas d'abord des phénomènes politiques mais des heurs et malheurs ancrés en nous-mêmes. Et puisque le travail du "faire voir" ne peut se passer des textes qui nous l'apprennent, "voir" aussi comment des textes, malgré les maladresses du dit, font apparaître exactement ce dont ils parlent et prolongent l'intuition. Ce livre constitue un recueil d'exercice en phénoménologie. Qui dit phénoménologie ne dit pas une manière de philosopher ou de théologiser, mais une manière de s'essayer à penser sur un fondement inébranlable d'intuition. Les questions traitées en ce livre sont philosophiques, elles sont théologiques, elles sont le plus souvent l'un et l'autre, et cela n'importe pas. A chaque fois, le cahier des charges était simple : fournir une réponse, ou l'esquisse d'une réponse, à la mesure de la question. Et à la mesure de questions telles qu'elles nous permettent de reconduire le questionneur dans les parages de l'intuition.
Ne pas mentir, et ainsi creuser jusqu'au roc pour se frotter à la vérité résistante, voilà ce que réussissent parfois les grands écrivains. On ne s'étonnera donc pas qu'à ce niveau de sérieux, la littérature finisse toujours - explicitement ou non, selon un regard de croyant ou non (nul ne peut en décider, surtout pas le lecteur et pas même l'auteur) - par renvoyer à Dieu, la dernière instance en matière de lettres et de vérité, la dernière et donc la première. Sans récupération forcée, ni apologétique indiscrète, on a tenté d'ainsi identifier la situation spirituelle des personnages de la littérature, selon le postulat herméneutique que nul n'est en un lieu neutre par rapport au Christ, lui qui connaît les coeurs et les raisonnements des hommes (Luc 9, 47 ; 16, 15). Si la vie est bien, comme le dit Paul Claudel, un "drame qui se joue sous le regard de Dieu et qui a pour objet l'élucidation de ce grand problème qu'est l'existence", alors la littérature reste une voie royale, pour avancer dans cette élucidation. Sous le regard de Dieu, elle offre l'occasion de nous comprendre nous-mêmes et de comprendre autrui, ou du moins de pénétrer un peu - sans bien sûr prétendre le saisir complètement et le dominer - le mystère des êtres et de soi-même.
Articles parus dans France Catholique réunis et présentés par Sandra Bureau. Ces articles constituent une page de l'histoire de l'Eglise - de ces années pré- et post- conciliaires. Ils y sont une entrée en matière. Ils ouvrent aux débats théologiques qui y ont vu le jour, aux tensions liturgiques et pastorales qui se sont parfois déclinées en scission douloureuse, mais aussi en redécouvertes spirituelles qui, presque par nécessité, s'imposaient. Loin cependant de laisser ces pages au seul fil de l'Histoire, Sandra Bureau a fait choix de les regrouper autour de quelques thématiques, révélatrices de la figure de Louis Bouyer et de sa pensée : l'oecuménisme, l'Eglise, la liturgie rénovée, la sécularisation et son nécessaire pendant : le rapport au monde, l'homme, le mystère du Christ, la spiritualité. C'est un véritable maître spirituel qui offre aux lecteurs de France catholique ses analyses, qui ne sont jamais un regard extérieur sur le Mystère mais regard de celui qui, profondément, en vit. Le Père Bouyer, maître spirituel incontesté, n'aurait pas totalement dévoilé qui il était si, en ces quelque vingt années de collaboration à l'hebdomadaire catholique, il n'avait adressé un dernier appel : celui de l'ascèse. Pour lui comme pour toute la tradition spirituelle, il ne peut y avoir de vie authentiquement chrétienne sans cette croix qui vient pénétrer jusqu'en la chair pour y laisser jaillir la lumière du Ressuscité.
Quel intérêt présente aujourd'hui la personnalité et l'oeuvre de saint Philippe Néri (1515-1585) ? Avant tout le fait que ce prêtre italien du XVIe siècle était un homme libre et qu'il peut nous apprendre le sens de la vraie liberté. Saint Philippe, ce Florentin de la Renaissance, ne s'est jamais laissé enfermer dans l'"armure de la Contre-Réforme", pour reprendre une formule de Newman. Transporté dans la Rome de son temps (une Rome qui n'avait pas grand-chose à envier à celle de la mafia aujourd'hui), cet homme sans carapace, jamais tendu, souriant toujours et souvent riant aux éclats, a montré des nerfs d'acier, un coeur de flamme. Dépouillé spontanément, enraciné dans l'essentiel, il a su comme personne "s'adapter", selon cet instinct de la vraie charité qui sait que l'adaptation passe par une ouverture de tout l'être à toute la vérité ; là est la seule manière d'y gagner les autres. L'Oratoire, la libre société de prêtres qui s'est spontanément constituée autour de lui, n'a jamais eu d'autre message. C'est la conviction que Louis Bouyer veut faire partager dans cette biographie, qui reparaît pour le 500e anniversaire de la naissance de saint Philippe Néri.