L'année 2016 s'annonçait cruciale, non seulement parce que, conformément à la Constitution congolaise, elle devait sonner le glas de seize années de règne de Joseph Kabila, mais également parce qu'une large partie de l'opposition et de la société civile congolaise avait juré que le président devrait partir le 19 décembre 2016 au plus tard, au besoin de force. Rien ne s'est passé dans ce sens. Le changement tant attendu n'a pas eu lieu. Kabila est resté au pouvoir et continue à se renforcer des divisions qui existent au sein de l'opposition politique congolaise. Le temps a été le principal allié de la Majorité présidentielle ; il a été gagné notamment grâce aux dialogues politiques qui n'en finissaient plus. Il a ensuite suffi que la Cour constitutionnelle interprète l'article 70 de la Constitution : en cas de non-organisation d'élections, il appartiendrait au président de continuer à exercer le pouvoir. Mais 2016 aura aussi été l'année de grandes difficultés politiques dont la Majorité présidentielle est encore très loin de se remettre aujourd'hui : il s'agit surtout des schismes qu'elle a connus et qui ont conduit au départ de certains de ses grands ténors dans l'opposition politique. Elle reste profondément affaiblie, même si, en fin d'année, on en parlait moins, les projecteurs se tournant plutôt vers l'opposition congolaise. Plus grave encore, 2016 a vu s'effondrer progressivement certaines transformations économiques et sociales qui constituaient les principales réussites du Gouvernement, comme nous le soulignions en 2015. En effet, les fluctuations économiques en RDC, dont une des causes premières est le déclin de la production dans le Copperbelt, ont eu pour conséquence un ralentissement de la croissance. Si ces problèmes justifient la baisse des prévisions budgétaires, ils ont aussi des effets négatifs sur les avancées dans le domaine social, de même que sur le financement du processus électoral en cours.
La tradition critique occidentale s'est pendant très longtemps privée d'une ressource essentielle pour penser et agir. Il s'agit de l'école afro-critique, une tradition critique développée par des penseurs africains et afro-descendants à partir de l'expérience coloniale, et aujourd'hui indispensable pour comprendre les formes contemporaines de violence, qu'elles soient liées à la globalisation, à l'autoritarisme, au néolibéralisme ou encore à la résurgence des extrémismes de tout genre. Ce livre collectif présente et travaille la pensée d'Achille Mbembe, un représentant majeur de l'école afro-critique. Une pensée qui cherche constamment à se défaire du piège identitaire mais ne sous-estime pas le désir d'ancrage et de territoire. Une pensée qui ne cesse de garder les yeux ouverts sur le futur, sans pour autant céder aux sirènes du pessimisme. Une pensée exigeante et libre, profondément originale, mélange d'éclats et d'opacité. Ce livre est une invitation à la rencontre et au dialogue, sur les traces de l'un des grands penseurs de notre temps. Achille Mbembe a reçu en octobre 2017 le titre de docteur honoris causa de l'Institut d'analyse du changement dans l'histoire et les sociétés contemporaines (IACCHOS, UCLouvain).
Ansoms An ; Nyenyezi Bisoka Aymar ; Vandeginste St
Conjonctures de l'Afrique centrale est la publication annuelle du Centre de Référence pour l'Expertise sur l'Afrique centrale (CRE-AC), de l'Institut de Politique du Développement (10B) de l'Université d'Anvers, du Centre d'Etudes du Développement de l'Université catholique de Louvain (UCL) et du Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC). Elle offre une sélection de textes scientifiques de grande qualité (peer reviewed) en lien avec l'actualité politique, économique et sociale en Afrique centrale (Burundi, République démocratique du Congo, Rwanda, Ouganda). Cette année, les contributions de Conjonctures de l'Afrique centrale 2018 portent plus précisément sur le Burundi, la RDC, le Rwanda et l'Afrique des Grands Lacs de manière générale. En ce qui concerne le Burundi, les différents chapitres abordent des questions essentiellement politiques relatives aux forces de sécurité, aux identités narratives hutu et tutsi, aux politiques identitaires et, enfin, à l'ethnicisation des mémoires dans les médias sociaux. Les textes sur la RDC étudient la question de la politisation dans les transports publics, la gestion des parcs nationaux, les effets socio-écologiques de l'accaparement de l'eau, la pression fiscale, les liens entre l'agriculture et l'exploitation minière artisanale, l'exploitation minière industrielle face à la gouvernance participative, puis, enfin, les réformes et les "éléphants blancs" dans la gouvernance au quotidien. Deux chapitres traitent du Rwanda et interrogent ses politiques rurales, tout d'abord à partir des formes de subjectivité que ses politiques agricoles ont produites au cours de son histoire postcoloniale, et ensuite à partir de la critique de la réforme foncière et de ses conséquences sur l'accaparement des terres. Pour finir, l'ouvrage évoque l'Afrique des Grands Lacs, au travers d'un chapitre sur la limitation du mandat présidentiel et d'un dernier dédié aux déterminants de "l'efficience" des institutions de microfinance.
Alidou Sahawal ; Nyenyezi Bisoka Aymar ; Geenen Sa
Ce volume 2020 des Conjonctures de l'Afrique centrale propose quatorze chapitres sur le Burundi, la RDC et le Rwanda. Ces textes explorent notamment la nature des pouvoirs politiques au niveau central, les défis de la reconstruction en contextes fragiles et post-conflits, les enjeux agricoles locaux et globaux, et enfin la gouvernance des ressources naturelles. En analysant les structures politiques, économiques, sécuritaires et sociales, ainsi que les pratiques des différents acteurs - des présidents jusqu'aux paysans -, cet ouvrage se veut une contribution à une meilleure compréhension de la situation actuelle en Afrique centrale.
L'année 2018 en Afrique centrale a été marquée par une transition politique inopinée en République démocratique du Congo, une réforme constitutionnelle attendue au Burundi et une victoire législative prévisible de la coalition présidentielle au Rwanda. En RDC, les élections législatives et présidentielles se sont déroulées juste avant la fin de l'année, au moment où l'on n'y croyait presque plus. Malgré les difficultés logistiques et le report d'une semaine, des millions de Congolais se sont rendus aux urnes le 30 décembre 2018. Le 10 janvier 2019, Félix Tshisekedi a été proclamé vainqueur avec 38,6 % des votes. En dehors des controverses issues de la publication des résultats de ces élections, la situation sécuritaire en RDC est restée préoccupante, et l'économie a été caractérisée par une stabilité "fragile". Pour les Burundais, c'est une nouvelle Constitution qui a été adoptée après un référendum organisé le 17 mai. Cette révision constitutionnelle prolonge le mandat présidentiel de cinq à sept renouvelable une seule fois. La situation humanitaire reste cependant critique : plus de 400 000 réfugiés vivent toujours au Rwanda, en Ouganda, en RDC et en Tanzanie. Les médias et la société civile sont particulièrement ciblés parle régime. Au Rwanda, le Front patriotique rwandais (RPF) et le président Paul Kagame conservent leur hégémonie sur la société rwandaise après les législatives du 4 septembre, malgré l'entrée au Parlement d'un parti d'opposition pour la première fois, le Democratic Green Party of Rwanda. Ce nouveau volume des Conjonctures de l'Afrique centrale mène le lecteur à approfondir les récentes dynamiques dans ces pays à travers dix-sept chapitres riches et variés, analysant tour à tour cinq thématiques : les élections, les exilés, l'ethnidté, la gouvernance et les innovations. Par ailleurs, il permet d'envisager les transitions et les transformations en Afrique centrale, mais également les continuités et les reculs, afin de pouvoir penser des voies possibles et constructives vers des changements futurs au bénéfice de la population de la région.
Comme à son habitude, Marie est la première à se proposer pour venir faire les courses avec moi, deux autres jeunes du groupe nous accompagnent. C'est un soir du mois de novembre, il fait froid, nous parlons du temps, va-t-il neiger ou non? L'ambiance est détendue, je raconte une anecdote personnelle Marie, assise à côté de moi se tourne brusquement et me lance froidement "On n'en a rien à faire de ta vie!" Sur le coup je me tais, je ne comprends pas l'agressivité de ses paroles, je passe à autre chose mais au fond de moi je suis blessée. Que s'est-il passé? Pourquoi de telles attitudes, la sienne, la mienne? Pour quelles raisons cela me touche-t-il autant?.
Cet ouvrage aborde un sujet crucial pour les économies modernes à une époque où les échanges commerciaux internationaux se multiplient et où les frontières économiques deviennent de plus en plus pénétrables. Le texte met en lumière les enjeux complexes de la régularisation du commerce mondial, tout en proposant des pistes de réflexion pour adapter les pratiques douanières à ces nouvelles réalités. La réflexion de l'auteur est profonde et bien documentée, tant dans les recherches que dans les analyses. Le lecteur y est amené à réfléchir aux nouvelles stratégies à mettre en place et à comprendre les spécificités du caractère douanier.
La pensée de Dostoïevski a joué un rôle essentiel de charnière entre la philosophie rationaliste héritée de Descartes et les développements de la philosophie au XXe siècle. Elle part d'une réflexion critique sur le cogito cartésien, dans Crime et châtiment ; puis elle pose, dans L'Idiot, la question de l'être, d'une manière qui a profondément influencé la conception de l'ontologie de Heidegger - cette étude est historiquement la première qui démontre cette influence ; et enfin, dans Les Frères Karamazov, Dostoïevski développe la notion de "visage" , qui nourrira toute l'ontologie de Levinas.
L'histoire se raconte souvent au rythme des batailles. Pourtant, une autre trame la traverse : celle de la médiation, art de dépasser le conflit sans violence, pour préserver la cohésion du groupe. Des premiers rituels collectifs aux dispositifs contemporains, elle apparaît comme une fonction vitale : transformer l'affrontement en parole, organiser l'écoute, restaurer l'équilibre, éviter l'escalade. Une question anthropologique et politique est posée dans laquelle deux logiques s'opposent et se complètent : la contrainte (avec les lois, les sanctions, les institutions) qui protège mais peut aussi opprimer, et l'autonomie (avec la maîtrise de soi, la responsabilité) qui libère mais peut vaciller face aux passions. La médiation ouvre un espace intermédiaire : un tiers accompagne, les parties restent actrices, et la solution devient une justice partagée plutôt que subie. En cinq parties, ce livre suit la médiation à travers les sociétés premières, l'Antiquité, les mondes religieux, la modernité juridique et politique, puis dessine les enjeux actuels. Un fil rouge relie ces parties : comment apprendre à vivre ensemble en transformant la contrainte en responsabilité et la liberté en dialogue.