Portrait de l'écrivain en déchet. Autopsie du lent
Mabin Chennevière Yves
SEUIL
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EAN :9782021103526
J'ai toujours beaucoup marché. Plutôt vite. À quarante-cinq ans, habitant Paris, j'ai donné ma voiture neuve à un ami qui en avait besoin, en le remerciant de m'en débarrasser. Quand je ne marchais pas, j'utilisais les transports publics. L'oisiveté, mode mou du laisser-aller, m'étant insupportable, j'ai négligé les vacances. Avec plaisir, j'ai beaucoup agi. Aujourd'hui, je marche très peu, très mal. Je n'agis presque plus pour autrui. Mes seules actions: survivre, écrire, aimer, lire, écouter, parler. L'essentiel, encore. En voie d'affaiblissement.Souffrir fait rire, sourire, pleurer, crier. Le plus souvent en cachette. La plupart des gestes que mon état m'impose de faire sont douloureux. Il dépend de moi que j'en rie. Je suis leur unique, permanent, spectateur. Sourire, rire, meilleures façons de me protéger. De plus en plus difficiles. Une autre serait d'interrompre ce spectacle privé.À la suite d'un accident vasculaire cérébral (AVC) fin 2006, j'ai changé d'identité: je suis un hémicorps. Jusqu'alors, à l'exception du temps où j'écrivais, je ne considérais pas mon corps comme le centre du monde. Je n'ai plus le choix. Il s'impose au coeur de l'espace qu'il s'alloue. C'est déplaisant, ennuyeux, incurable. Vivre sans s'user n'est pas vivre. Vivre handicapé, c'est être en partie mort.L'autre corps avec lequel mon corps, ce qu'il en reste, entretient les relations les plus intimes, les plus fréquentes, est le corps médical. Mon corps ne peut se passer de lui, qui en prend soin plus efficacement qu'aucun autre. On reproche à tort à ce partenaire, le corps médical, de garder ses secrets. Malades et bien-portants ont en commun une certitude qui depuis longtemps n'est pas un secret: ils mourront. Ils n'en tiennent pas compte. Bien-portants, ils attendent d'être malades pour y réfléchir. Malades, la plupart ne souhaitent pas vraiment connaître le mal dont ils souffrent ni la thérapie qu'ils vont devoir suivre pour le combattre. Ce qu'ils veulent: guérir. Chaque fois que j'ai été hospitalisé, quitte à être inquiet, déprimé, j'ai voulu connaître mon mal, son évolution, les incertitudes, les variations du diagnostic, les risques attachés aux soins qu'on me prodiguait.J'ai toujours en tout préféré savoir qu'ignorer. Savoir de quoi on parle quand on me dit que je suis malade. Souffrir en connaissance de cause. Ne pas hésiter à se servir de la souffrance comme prétexte à des mises en cause utiles qui lui sont étrangères. Si elle est grave, elle implique tant de réalités et d'effets qu'elle interdit d'être traitée avec légèreté. La douleur peut être décrite, l'expérience de la douleur ne s'imagine pas, elle se vit. Alors elle peut être écrite. Comme l'amour. Ne pas craindre son corps, les maux qui l'atteignent, est la condition minimale pour l'accompagner dans ses aventures périlleuses, douloureuses. Malade, je l'observe, le surveille. Je confie mon corps à la médecine mais c'est de lui -même que dépend sa survie. À condition de connaître mon exact état, j'accepte d'avoir avec le corps médical, dont j'ai besoin, cette relation de soumission/guérison. Forme particulière d'amour que ce corps à corps, à la vie à la mort. Avant d'être mort, mon corps est déjà médicalisé. L'expérience de la douleur peut être philosophique si philosopher est apprendre non à mourir mais à vivre. Plus difficile. Beaucoup plus.
Nombre de pages
294
Date de parution
14/03/2013
Poids
230g
Largeur
109mm
Plus d'informations
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EAN
9782021103526
Titre
Portrait de l'écrivain en déchet. Autopsie du lent
ISBN
2021103528
Auteur
Mabin Chennevière Yves
Editeur
SEUIL
Largeur
109
Poids
230
Date de parution
20130314
Nombre de pages
294,00 €
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Les vieux, et dissemblable de tous : lui-même. Il se remémore ses plus grandes passions, achevées, mais qui restent vives : pour une aristocrate bohémienne plus âgée que lui, pour un australien adhérant aux idées des années soixante-dix, pour une anglo-italienne qu'il épousera et avec qui il aura deux enfants. Il rend compte d'émotions qu'il ne supposait pas avoir et qui l'ont surpris, comme le désir de tuer. Il affronte les réalités présentes de la vie quotidienne d'un vieillard handicapé par un accident vasculaire cérébral : perte de mémoire, maladresses, décrépitude physique et en particulier sexuelle, analyse des problèmes qu'il s'est toujours posés et n'a pas résolus, les autres, ses relations avec eux, la foi, les dangers de tous ordres à venir, la fin de vie. Dans une langue d'une grande richesse et d'une grande fermeté, écrivant avec une extraordinaire franchise, avec humour aussi, sans aucune déploration, il dresse un bilan souvent ému de sa vie, dont il confie le souvenir à un enfant.
Nous sommes dans les années 70. Pierre Urvoy, historien d'art, travaille sur la Transfiguration de Raphaël. Quand il était enfant, son père et sa soeur, militants dans la Résistance, ont été tués sous ses yeux. Blanche Dalm, veuve d'Erik Dalm qui s'est suicidé, a un beau-frère, Louis Dalm. On apprendra à la fin que ce Louis Dalm, collaborateur, n'est autre que l'assassin du père et de la soeur de Pierre. Thelma, journaliste juive et palestinienne, est la maîtresse de Louis Dalm. D'elle aussi on découvre peu à peu le secret : c'est un agent soviétique. Il y a d'autres personnages ; tous s'intéressent à l'art et à la politique, et les couples se font et se défont. Le sens de cette fresque historique et sentimentale est donné : "Tu me demandes pourquoi je m'intéresse tant au thème de la Transfiguration : chaque être dans sa vie a une idée, dit une phrase, commet une action, fait un rêve, un geste que depuis la création du monde et jusqu'à la fin des temps il a été, est et sera le seul à avoir, à dire, à faire. Cette singularité qui le définit, qui fonde son droit à la vie, au respect de sa vie par les autres s'exprime visiblement au moins une fois pendant son existence. Cette révélation c'est la Transfiguration. J'espère être là, témoin de cette unique expression de ton âme".
Pour échapper à un douloureux passé, Pierre Dost, archéologue, a quitté la métropole où il enseignait et où il vivait avec sa femme, Hélène, et leur fils, Marc. Il s'est exilé dans une île tropicale où Julie Kern, qui fut son étudiante, l'accueille chez elle. Dans une villa coloniale vivent aussi Zia, la magicienne, Péri, le jardinier, leur fille Nao et, par intermittence, un enfant muet. Indépendante depuis peu, l'île est troublée par la rivalité entre les deux clans indigènes qui la peuplent. Le chef du clan des Aigles, Rebelle, héros de l'Indépendance, est aussi l'amant de Julie. Pierre et son assistant Kambé découvrent une statuette qui bouleverse l'histoire traditionnelle de l'Ile. La révolte éclate. Au même moment, Hélène arrive de métropole pour apprendre à Pierre les circonstances du drame qu'il a voulu oublier. Nuages, fleurs, arbres, animaux, habitants, tout, dans cet espace où les esprits animent les êtres et les choses, vit, lutte, aime, meurt sous le regard permanent, attristé du grand Touraco, l'oiseau solitaire, témoin de la tendresse, de la violence, de la cruauté, du désordre du monde.
Le 29 décembre 1956, l'Algérie française portait en terre l'un de ses leaders, Amédée Froger, tué la veille, alors qu'il sortait de son domicile. La nouvelle de l'assassinat a fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger ont rassemblé une foule nombreuse. Elles ont surtout été l'occasion de ratonnades qui ont marqué les observateurs. S'appuyant sur de nombreuses sources, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault retrace ces événements et propose à travers eux une généalogie des violences exercées par les Français sur les Algériens dans le contexte de la colonisation. Trop souvent résumées à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux seules exactions de l'OAS à la toute fin de la guerre, ces violences - non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de la minorité française, née là-bas - s'inscrivent dans une histoire longue. Elles se nourrissent d'un rapport de domination brutal, empruntant à toutes les formes d'oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s'ancrent dans un espace urbain où les différences et les inégalités se lisaient à la moindre échelle, celle du quartier, voire de la rue ou de l'immeuble. Faisant des événements ayant entouré la mort et l'enterrement d'Amédée Froger le chaînon manquant de cette longue histoire, Sylvie Thénault propose ici une histoire spatiale et sociale de la guerre à Alger, en plaçant au coeur de l'interrogation ce que les ratonnades doivent aux rapports entre les populations en présence.
XVIIe siècle. Aux Antilles. C'est la nuit sur une plantation où se déroule une veillée mortuaire. Un vieux-nègre esclave entre dans le cercle des flambeaux. Dès ses premiers mots, il se métamorphose en " maître-de-la-Parole ". Comment ce vieil homme a-t-il pu s'ériger en père fondateur de la littérature des Amériques ? Quels sont les secrets de cet improbable résistant à l'esclavage et à la colonisation ? D'où lui vient cette assignation à ne conter que la nuit, sous peine d'être transformé en panier ? Et pourquoi un panier ? Partant de l'extraordinaire émergence du conteur créole, Patrick Chamoiseau interroge son propre travail d'écrivain, sa mémoire intime et les mystères de la création. Quels sont les grands enjeux de la littérature contemporaine ? En quoi rejoignent-ils ceux de ce vieux maître-de-la-Parole ? ... " Chaque création est une avancée de la réflexion, de la connaissance, du rapport désirant avec cet horizon sans horizon qu'est la Beauté. " Patrick Chamoiseau, né en 1953, a élargi la portée de la littérature antillaise à un niveau mondial. Prix Goncourt pour Texaco (Gallimard, 1992), il est l'auteur d'une oeuvre narrative et théorique majeure où se mêlent imaginaire foisonnant et conscience politique. Sa voix est aujourd'hui l'une des plus influentes de la Caraïbe. Au Seuil ont récemment paru La Matière de l'absence (2016), Frères migrants (2017), Contes des sages créoles (2018) et, en Points Thriller, J'ai toujours aimé la nuit (2018).
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