L'essentiel est invisible pour les yeux ", disait Saint-Exupéry. C'est un peu le postulat de départ de ce livre qui applique la formule au champ du patrimoine culturel dans ses modalités, sinon toutes immatérielles, du moins sous-jacentes. Enfouies dans le sein de la terre ou reposant au fond des mers, essaimant sur les ailes des mots, ricochant dans les arts, dans les traditions populaires, éclatant dans les fêtes, bruissant dans les marges d'un texte, gîtant dans les recoins de la mémoire, perçant dans les représentations..., c'est à ces manifestations, plus ou moins évanides mais d'une rémanence opiniâtre et que l'UNESCO a reconnues comme vecteurs d'un " sentiment d'identité et de continuité " liant populations, héritage et territoires que s'intéresse cet ouvrage. Seize spécialistes venus d'horizons disciplinaires diversifiés lui ont apporté leur expertise et ont contribué à la réflexion, assumant dans toute sa rigueur le rôle patient du chercheur à la fois engagé dans l'interprétation scientifique des structures et dans leur appropriation par les acteurs de terrain et concourant ainsi doublement à revitaliser ce substrat identitaire que constitue, tant pour les individus que pour les sociétés, un patrimoine culturel aussi vivace que fragile, résistant à l'épreuve des siècles.
Ce volume envisage sur deux millénaires une dialectique de la guerre et de la paix qui prend la forme d'une succession de conflits à peine entrecoupés de paix. Loin du bruit des armes, impuissantes à imposer la paix, les auteurs explorent ici des pistes tenant à la mémoire des conflits et plaident pour une gestion sans amnistie et sans amnésie de ces enjeux.
Les enjeux de mémoire, vécus ou non comme autant de devoirs de mémoire sont au coeur des stratégies d'élaboration des identités, individuelles et collectives. Le jeu des réinvestissements et des réappropriations intéresse les divers genres et supports médiatiques, des textes à vocation politique, littéraire, poétique à la bande dessinée et au cinéma. Ces liens de mémoire interrogent l'imaginaire social et les représentations qu'une société se fait d'elle-même.
Au-delà de la complexité du concept de paysage, cet ouvrage interroge sur l'invention du paysage pour montrer sa prégnance dans la longue durée, tant dans les aménagements anthropiques que dans les grands enjeux de société et dans la pluralité des représentations, figurées ou imaginaires. Il intègre aussi les politiques, les pratiques et les outils actuels de valorisation des paysages, véritables stratégies mémorielles, qui focalisent de plus en plus l'intérêt collectif.
Ce n'est pas le seul édifice social que la Révolution de 1789 a jeté à bas : la volonté refondatrice s'affiche jusque dans le calendrier, où la proclamation de l'An I installe la gestion de l'héritage mémoriel au coeur des enjeux symboliques qu'affronte alors la nation en construction, imposant d'emblée d'inventer de nouveaux rapports qui permettent d'ouvrir des perspectives d'avenir. Quand le sujet se mue en citoyen et que l'abolition des droits féodaux sape les bases sur lesquelles reposaient depuis des siècles l'édifice social et l'identité individuelle, définitivement refondée par l'égalité des droits, alors, avec l'effondrement des repères et l'aboutissement de la longue mise en cause des valeurs reçues, dans la tension extrême entre l'individu et la collectivité, penser la nation passe par une recomposition sans précédent de l'ensemble des référents, qui puise dans l'histoire les chaînes mémorielles capables de fournir des modèles propres à structurer une nouvelle identité collective - pour ne pas parler d'identité nationale , résolument fondatrice et valorisante, sans laquelle aucune reconstruction n'est pensable.
En cette année 2017, le temps des révolutions revenait dans les têtes. Anniversaire de la révolution libérale de Russie et bien sûr de cette première, inattendue et triomphante révolution bolchévique d'octobre. Révolution(s) entre commotions et commémorations est le fruit des échanges des 5e Rencontres d'histoire critique, tenues en 2017, comme depuis huit ans, à Gennevilliers, à l'initiative des Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique et de l'Université populaire des Hauts-de-Seine. Le livre croise les approches d'historiennes, de sociologues, de géographes, de spécialistes de littérature autour de ces temps du social inhérents à notre modernité, celle de la pensée du contrat social et des droits inaliénables des hommes, libres et égaux, qui savent désormais que nul ordre social n'est légitime au-delà de leur consentement. Révolutions toujours inachevées, emportant plus ou moins de transformations réelles, plus ou moins durables, le livre embrasse la diversité de ces événements de la France, matrice féconde, à la Russie devenant URSS, à l'Ukraine, l'Irlande, l'Italie, la Chine et aux Etats-Unis, si profondément hantés par les échos des révolutions. Ce volume fait suite à ceux des précédentes Rencontres d'histoire critique, Guerre et paix et Nation(s), Mondialisation(s) : toute une histoire.
Après le séisme du 10 janvier 2010 en Haïti, au milieu des ruines et des abris de fortune, une abondante littérature a été produite. Ecrits immédiats, ces témoignages, poèmes, romans, essais, manifestes ont relayé, complété ou contredit les images et les discours diffusés par les médias. Née dans l'urgence, cette littérature a eu pour première ambition de faire savoir au monde ce qui s'était produit et comment les Haïtiens avaient vécu la catastrophe. Cette littérature a été aussi acte de survie et de résistance, témoignant de femmes et d'hommes debout. Ce n'était pas le premier cataclysme frappant un point de la terre : d'autres l'avaient précédé dont l'écriture s'était emparée. Et depuis sont survenus d'autres tornades, d'autres inondations, d'autres tremblements de terre, d'autres tsunamis. En ce début de siècle frappé par la crise environnementale, la " bibliothèque " de la catastrophe naturelle ne cesse de s'épaissir. Dans cette vaste production, les oeuvres francophones occupent une place de choix car leurs créateurs viennent des points du globe souvent frappés. C'est pourquoi, de la Caraïbe au Maghreb, en passant par l'Afrique sub-saharienne, l'Asie et l'Océanie, les auteur(e)s de cet ouvrage proposent l'analyse d'une trentaine de récits contant îles blessées et terres meurtries. Tous et toutes persuadé(e)s que la création littéraire peut relayer la colère de la nature et exprimer le désarroi des humains, en écho avec les avancées scientifiques et les projections des mythes pour rendre compte d'un monde en perpétuel bouleversement.