D'Eschyle à Christa Wolf, la figure de Cassandre représente le modèle du témoin dont la parole est inaudible. On ne la croit pas plus sur ce qu'elle prédit que sur ce qu'elle a vu de ses yeux. C'est dire combien elle est devenue d'actualité à une époque où les grandes catastrophes et ceux qui en témoignent ont acquis une place importante, sinon cruciale, dans la culture occidentale. Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi et c'est bien également là une caractéristique de la place testimoniale qu'elle occupe : ceux qui annoncent des vérités insupportables aux normes de la communication sont mis à l'écart, ceux qui exposent ce que, par convention, l'on se cache ou que l'on ne peut pas voir sont mal considérés. Convoquant les meilleurs spécialistes de la question, ce recueil propose un parcours encore inédit des oeuvres dans lesquelles Cassandre apparaît sous la forme de la visionnaire ou du dernier témoin. Ainsi, au fil des siècles et dans différentes aires linguistiques, l'on peut se rendre compte qu'elle acquiert une importance croissante jusqu'à devenir une figure mythique à part entière, représentante des sans paroles et des réprouvés. A travers les réinvestissements dont elle fait l'objet, Cassandre est ainsi élevée à hauteur d'autres grandes figures féminines exemplaires telles qu'Antigone ou Médée.
Nombre de pages
328
Date de parution
19/10/2015
Poids
430g
Largeur
145mm
Plus d'informations
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EAN
9782841747313
Titre
Cassandre. Figure du témoignage
Auteur
Léonard-Roques Véronique ; Mesnard Philippe
Editeur
KIME
Largeur
145
Poids
430
Date de parution
20151019
Nombre de pages
328,00 €
Disponibilité
Epuisé
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A Caïn, chacun associe le premier meurtre commis au seuil de la Bible et la condamnation à l'errance qui vient châtier ce geste fratricide. Mais on ignore souvent que le criminel est aussi le fondateur de la civilisation, le père de la ville, des arts et des techniques. Sobre, elliptique et ambigu, le chapitre IV de la Genèse est inducteur d'interrogations et de rêveries : pourquoi Dieu agrée-t-il le sacrifice offert par Abel alors qu'il rejette celui de Caïn ? Pour quelle (s) raison(s) l'aîné des deux frères tue-t-il son cadet ? Quelle est la nature du signe que la divinité appose sur Caïn ? Pourquoi la civilisation procède-t-elle d'un fratricide ? Du Moyen Age à nos jours, les réécritures littéraires s'emparent donc de manière fructueuse des questions existentielles que pose le mythe de Caïn : la préférence arbitraire, l'envie, la nécessité de différenciation, la culpabilité innocente, le lien entre mort et civilisation. Méditant sur la part nocturne mais féconde du moi, la littérature dissèque les rivalités, sonde les responsabilités, en appelle à la responsabilisation comme gage d'une véritable fraternité et d'une création authentique.
Comment le fils prodigue s'est-il embarqué dans un siècle résolument athée ? Pourquoi les écrivains contemporains ont-ils adopté l'enfant qui désobéit puis revient pleurer dans les bras de son père ? Drôle de modèle pour une époque qui prône la liberté individuelle et voue la famille aux gémonies. Or le voici qui s'invite dans la littérature, la peinture, le théâtre, la musique, le cinéma et même.
Il y a exactement deux siècles, en 1821, Charles Nodier inventait l'appellation "genre frénétique" pour désigner la face sombre du romantisme, sa part d'horreur et d'excès, et il fustigeait l'immoralité du genre tout en reconnaissant les séductions sulfureuses que celui-ci exerce sur le lecteur. Alors que la critique du XXe siècle, des surréalistes à Annie Le Brun et Jean-Luc Steinmetz, a retourné la condamnation moralisatrice du XIXe siècle en faisant l'éloge de la portée subversive de ces oeuvres qui structurent leurs intrigues autour du conflit entre le bien et le mal, il est temps d'adopter une approche dépassionnée des morales du romantisme noir. Si les oeuvres noires, comme on le leur a parfois reproché, se caractérisent par leur manichéisme, celui-ci peut prendre des formes variées. Les romans valorisant la vertu et l'innocence de l'héroïne s'opposent ainsi aux récits sadiens faisant goûter au lecteur les délices vertigineuses de la cruauté. Dès l'époque romantique se multiplient les oeuvres ambivalentes, qui, infusant l'ironie dans le modèle du roman noir, rendent plus incertaine la frontière entre bien et mal. Quelles sont les valeurs défendues dans ces fictions ? Les variations morales dessinent-elles une évolution historique ? Sont-elles corrélées à des tendances esthétiques particulières ? Les études réunies ici proposent quelques réponses à ces questions, à travers l'analyse de l'axiologie du romantisme noir de Ducray-Duminil à Gaston Leroux, en passant par Nodier, George Sand, Balzac ou Pétrus Borel.
Comment des écrivains qui n'ont pas vécu la Shoah racontent-ils cet événement ? En France, cette question s'est posée de manière polémique à la parution des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006) et de Jan Karski de Yannick Haenel (2009). Cet essai est consacré à l'ensemble de la littérature écrite en français par la génération des petits-enfants, soit par vingt-deux auteurs, qu'il s'agisse de descendants de victimes de la Shoah ou d'auteurs qui se sentent héritiers de cette mémoire. L'analyse de ces oeuvres permet de se pencher sur des questions très actuelles, comme la délicate appropriation d'un héritage, les supposés dangers de la fiction, ou encore l'utopie qui consiste à croire que l'on peut se faire témoin du témoin ou réparer le passé.
Si la plus importante figure philosophique du vingtième siècle était une femme, ce serait Simone Weil (1909-1943), comme on commence à le discerner aujourd'hui. En parcourant les lieux par où elle est passée, ce livre tente de reconstituer le chemin intellectuel et spirituel de Simone Weil. A chaque lieu, qui constitue un moment mental, est attaché un questionnement majeur de son oeuvre, si bien qu'à la fin la pensée de la philosophe apparaît dans sa globalité : c'est d'abord une philosophie de l'esprit où le miracle de la pensée tient dans le mystère des inspirations qui nous traversent. Mais Simone Weil ne peut suivre le fil de ses pensées que si elle se confronte à l'actualité de son époque, de 1929 à 1943, et qu'à travers les milieux sociaux très différents où elle sème le trouble (du syndicalisme à la France libre de Londres, en passant par le monde des usines, la guerre d'Espagne, l'exode de Juifs français) et les rencontres qu'elle fait. C'est une pensée à la fois très intérieure (mystique même) et complètement ouverte aux problèmes économiques, sociaux et politiques d'une tranche d'Histoire que ces pages essaient de reconstruire à partir de la géographie concrète que sa vie dessine. Cependant, l'ouvrage refuse d'enfermer Simone Weil en son temps et prend le risque d'actualiser sa pensée en interrogeant ce que sont devenus les campagnes, les villes et les pays qu'elle a traversés, jusqu'à faire un état des lieux de la France d'aujourd'hui. Une lecture des lieux à partir de sa pensée ; une lecture de sa pensée à travers les lieux.