Affranchie de la logique hégélienne par l'aphorisme nietzschéen, certaine philosophie oppose aujourd'hui le fait de la différence au droit de l'identité. Attentive à l'écart de l'hellénisme et du christianisme, certaine théologie en vient à réunir la confirmation du vrai et la passibilité du divin. Eveillé par une double formation à ces questions de toujours, l'auteur renouvelle ici la recherche sur les rapports entre le Même et l'Autre, entre le Mal et Dieu. Si elles ne valident ni la théodicée rationnelle ni la christologie confessante, l'épreuve du sens et la justification du mal se veulent entendre les protestations des théologiens de ce temps aussi bien que les propositions des grands philosophes, qu'il s'agisse de Leibniz, de Kant ou de Schelling. Sans doute, Yves Labbé est chrétien, incessamment porté par la suscitation de la pensée de sa foi. Mais jamais, pour lui, la foi ne peut être scellée pour la raison philosophique, selon une indubitable instance catholique. C'est pourquoi il ne peut se satisfaire d'aucune justification du mal qui se déroberait à l'épreuve du sens. Précisément, le mal est réalité irréductible et non-sens qui dément les théodicées de la providence et désavoue nos manifestes de liberté. Dans l'écart entre le désespoir, la fermeture du non-sens et la grâce salvatrice, une théodicée du samedi-saint est le dernier mot de la philosophie qui a pu repenser la toute puissance et la toute faiblesse du Dieu vivant, à force de refuser les facilités des conciliations apparentes. Une philosophie laborieuse, intrépide, qui nous entraîne sans cesse ni ménagement à reprendre à nouveaux frais les questions brûlantes qui couvent sous nos certitudes . habituelles. (Claude BRUAIRE, extraits de la Préface). Né en 1944 à Lamballe, résidant actuellement à Rennes, Yves LABBE est chargé d'enseignement en philosophie au sein d'instituts théologiques régionaux : le S. I. E. T. (Bretagne) et l'Université Catholique de l'Ouest (Angers). Docteur du troisième cycle en théologie (Paris) et en philosophie (Tours), il associe dans ses travaux philosophie de la religion et théologie fondamentale. Le présent livre publie la seconde thèse.
Nombre de pages
504
Date de parution
01/04/1980
Poids
1 401g
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EAN
9782701010069
Titre
LE SENS ET LE MAL. Théocidée du Samedi Saint
Auteur
Labbé Yves
Editeur
BEAUCHESNE
Largeur
0
Poids
1401
Date de parution
19800401
Nombre de pages
504,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Qu'il soit religieux, artistique, littéraire ou simplement culturel, le symbole occupe une place essentielle au c'ur de l'expérience humaine. Signe d'une réalité qui dépasse l'objet immédiat, élaboration du langage qui ouvre à une dimension plus large, la figure symbolique est constitutive de la spécificité humaine. Pour l'anthropologie contemporaine, elle constitue comme un n'ud ou un carrefour. Elle demande d'unir ce que celle-ci a souvent opposé : l'agir et l'être, le don d'une alliance et l'assimilation à un monde, la formation d'un lien social et la participation à un mode d'être. Après les analyses qui ont développé une approche exclusivement éthique, voire ethnologique, du symbolique traditionnel, le temps est venu d'en esquisser une approche plus ouverte, plus compréhensive, sans pourtant avoir à restaurer une quelconque doctrine des archétypes. Passant par l'étude de quelques théories qui se sont imposées au cours du dernier demi-siècle, comme celles de M. Eliade et de C. Lévi-Strauss, l'ouvrage cherche à différencier l'innovation apportée par les symboles aussi bien des structures de la culture que des actes du discours, comme à distinguer un vrai symbole d'un symbole vrai. Bien qu'elle ne traite pas expressément de leurs usages religieux, cette philosophie des symboles contribue à en discerner les conditions, les exigences et les limites.
L'inconnaissance radicale de Dieu apparaît souvent comme la seule répartie crédible aux nombreux défis opposés à la foi chrétienne en Jésus. Seule la visée de l'absolu indicible libérerait la communication, rassemblerait les symboles, réconcilierait les religions et les préserverait de toute concurrence avec les savoirs. Ce livre montre pourquoi cette seule issue n'est pas la seule raisonnable. La raison autorise plusieurs fidélités. Le christianisme demeure la religion pour laquelle Dieu se donne lui-même en se disant lui-même. Si le dialogue entre les religions ne mérite son nom qu'en parlant du salut des hommes, la mystique du Dieu inconnu ne saurait se confondre avec la mystique de l'Esprit, du Christ, et finalement du Dieu caché. Les diverses questions abordées renouvellent la compréhension de concepts majeurs le symbole et le dialogue, la religion et la mystique, la révélation et la théologie.
Symbole et dialogue : ces deux modes de l'échange symbolique occupent une place centrale aussi bien dans la vie sociale que dans l'existence religieuse, tout en se prêtant à des interprétations contradictoires. Sommes-nous enfermés dans les limites d'une culture ou ouverts à une transcendance ? Sommes-nous assignés à reproduire des appartenances ou encore promis à créer des alliances ? Avons-nous la capacité et le courage de nous mettre ensemble à la recherche de la vérité ou ne nous reste-t-il qu'à réaliser des compromis ? Pourquoi devons-nous toujours distinguer ce qui peut être vrai de ce qui est simplement sensé ? Ce second tome de La Foi et la Raison se saisit de ces questions pour leur apporter une réponse et en suivre les conséquences dans la vie et la pensée des chrétiens : comment accorder le dialogue avec la charité et avec le salut et comment conjuguer le symbole avec la parole et avec le sacrement. Le thème central de l'altérité invitait à aborder la manière dont l'oeuvre de Lévinas a été reçue dans la théologie catholique. L'analyse ne semble pas avoir été faite jusqu'à maintenant à partir des textes mêmes. Elle révèle des surprises.Yves Labbé, né en 1944, est philosophe et théologien. Professeur à la Faculté de théologie catholique de l'Université Marc-Bloch de Strasbourg, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont La Foi et la Raison (Salvator, 2000) et Dieu contre le Mal (Ed. du Cerf, 2003).
Peut-il y avoir une vérité de Dieu en philosophie ? Celle-ci peut-elle affirmer Dieu et le connaître, en toute liberté, sans devenir une théologie honteuse ni accéder seulement à un substitut de Dieu ? Nommée naguère théologie naturelle, la théologie philosophique s'est effacée sans que théologiens et philosophes s'en inquiètent. Au contraire. Réputée par tous obsolète, la tâche apparaît inconvenante aux uns et impossible aux autres, même si ce bilan peut être contesté à l'échelle du monde. Dieu contre le mal cherche à rouvrir un chemin en posant successivement cinq questions auxquelles il tente aussi de répondre : Pourquoi voulons-nous Dieu ? D'où pouvons-nous parler de Dieu et le dire ? Qu'est-ce qui nous permet d'affirmer Dieu ? Que dirons-nous encore de Dieu ? Comment avons-nous discouru sur Dieu ? L'ordre des questions apparaît déterminant. Il se trouve commandé aujourd'hui par des questions critiques, relatives à la genèse puis à la situation de toute présentation possible de Dieu. Sur ce chemin, l'ouvrage est conduit à s'expliquer plutôt sobrement, avec quelques classiques de la philosophie (le Pseudo-Denys, saint Thomas, Kant, Hegel, Nietzsche), mais aussi avec plusieurs auteurs contemporains (Whitehead, Nabert, Lévinas, Phillips, Swinburne, etc.). L'absence d'une question sur le mal n'en signifie nullement l'oubli. Au contraire, le mal se présente dans sa positivité et sa diversité à chaque stade du chemin, jusqu'à justifier de parler de Dieu et de le dire contre le mal. Au terme, Dieu ne serait pas attendu dans et par-delà la souffrance s'il ne l'était pas d'abord contre elle. C'est grâce à Dieu que l'homme est capable de se maintenir dans sa responsabilité et de ne pas désespérer de lui-même.
Dans l'Eglise du Moyen Age central, l'inspiration charismatique n'est pas antinomique de la bureaucratisation : elle en est la condition nécessaire. C'est ce que montre cette étude des mobilisations ecclésiologiques de la référence à l'Esprit. Loin d'oublier l'Esprit dans la routine d'une bureaucratie sans âme, les agents de l'institution de l'appareil ecclésial sont les premiers à y faire référence pour opérer, à partir du milieu du XIe siècle, une centralisation pontificale des différentes tendances réformatrices. La monopolisation pontificale de la référence légitime à l'Esprit permet à la fois d'affirmer l'autonomie - la théonomie - de l'appareil ecclésial et d'en suspendre les règles ordinaires. L'appropriation de ce discours ecclésiologique par les chroniqueurs et réformateurs du XIIe siècle va conduire à une nouvelle perception de l'histoire, fondée sur l'idée d'un progrès inspiré et mené par des hommes spirituels. Moines charismatiques et administrateurs peuvent ainsi s'associer autour du fragile malentendu d'une institution spirituelle. Lorsque celui-ci se délite, les discours prophétiques en font l'aune à laquelle juger le présent ou un projet d'avenir. Au cours des XIIIe et XIVe siècles, ce modèle d'une bureaucratie charismatique se dissocie en conceptions antagonistes de la référence à l'Esprit : un usage intégré dans les rouages de l'administration, qui n'apparaît explicitement que dans les périodes de crise, et une référence de plus en plus eschatologique visant à condamner tous ceux qui persécutent les "spirituels".
Scolastique : dérisoire ou sérieuse ? Savante ou bornée ? Ratiocination ou perfection rationnelle de l'investigation universelle ? Virtuosité intellectuelle ou figement formel ? Peu de mots, assurément, résonnent de manière aussi contradictoire dans notre chambre cognitive. Faut-il s'en étonner ? La scolastique, avec le Sic et non d'Abélard au XIIe siècle, se construit sur l'exploration inextinguible de la contradiction. Elle progresse vers la vérité grâce au kaléidoscope des possibles logiques. En son âge d'or, du XIIIe au XVe siècle, auxquels est consacré ce volume, elle ne structure pas seulement la pensée des intellectuels. Imprimant sa forme et ses processus heuristiques à la littérature - latine ou romane - qu'elle érige en son extension, elle trouve en celle-ci non seulement un réceptacle et un lieu de diffusion, mais un révélateur. Codifiée mais libre comme une forme fixe, elle est littérature à part entière, partageant avec elle les ambitions et les modalités protéiformes d'une architectonique savante dévouée à l'éveil de l'esprit. Les vingt-quatre contributions ici réunies sondent la manière dont la littérature médiévale, tirant partie de sa propre diversité, sérieuse, comique, savante, ambiguë ou critique, s'est emparée de la scolastique pour faire d'un phénomène social qui aurait pu devenir un puissant outil de contrôle, un formidable moteur d'émancipation individuelle.
Une exclamation d'Origène (empruntée à Jérémie) : Tu m'as trompé, Seigneur ! Une autre de saint Anselme : Seigneur, je cherche ton visage ! L'une et l'autre nous a paru valoir d'être scrutée, comme introduisant à une demarche de pensée qui caractérise chacun de ces deux grands esprits, et plus encore au mouvement foncier de leur âme. Deux exemples, propres à faire voir, à travers les différences de deux époques aussi bien que de deux individualités, une parenté plus essentielle. Et nous encore, "nous sommes de leur race" . Tous ceux que nourrit de sa substance indéfiniment féconde une même grande tradition, sont frères. Pour compléter ce sentiment de l'unité dans un incessant pluralisme, nous avons cru pouvoir proposer un troisième exemple, pris à notre siècle même, celui du débat qui fut institué, au cours des années trente, sur les rapports de la foi chrétienne, et de la philosophie. Le lecteur verra de lui-même, sans qu'il soit besoin d'instituer parallèles ou contrastes, combien les questions qui agitaient ce débat sont encore aujourd'hui les nôtres.
En octobre 1703, Claude Poullart des Places, un jeune Rennais, arrive à Paris sans autre intention que de faire sa théologie au collège Louis le Grand. Un an plus tard, simple tonsuré, il fonde un séminaire pour les pauvres écoliers, ces aspirants au sacerdoce dont la misère, par ses conséquences, est la plaie majeure de l'Eglise de France. Il assure à ses élèves une longue et solide formation théologique et sait leur communiquer sa mystique de pauvreté et sa hantise des âmes abandonnées. Il meurt en 1709, prêtre depuis moins de deux ans. Il laisse soixante-dix séminaristes et une petite équipe de directeurs, noyau de cette congrégation du Saint-Esprit qui compte aujourd'hui 4 000 religieux. La Compagnie de Marie de son ami Grignion de Montfort ne voit le jour et ne survit jusqu'à la Révolution que grâce à son affiliation à la congrégation du Saint-Esprit ; pendant près d'un siècle et demi, ses membres se font appeler Prêtres missionnaires du Saint-Esprit. Quant aux Filles du Saint-Esprit, la plus florissante des congrégations bretonnes, elle doit son existence à l'un des premiers disciples de Poullart des Places qui leur forma un règlement sur le modèle de celui qui s'observait au Séminaire du Saint-Esprit. Poullart des Places est le plus jeune fondateur d'ordre et aussi celui qui disposa du délai le plus court pour consolider son oeuvre. Son histoire était une énigme que, grâce aux archives de l' Aa, une congrégation secrète de piété, Joseph Michel réussit à élucider. La cause de canonisation de Poullart des Places a été introduite en 1989.