Philosophia Scientiae N° 28-2/2024 : Revisiting Stanley Milgram's Experiment : What Lessons Can We
Künstler Raphaël ; Ludwig Pascal ; Zielinska Anna
KIME
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EAN :9782380721416
Depuis la publication de "Behavioral studies of obedience" en 1963, puis de "Obedience to Authority" en 1974, l'expérience menée par Stanley Milgram à Yale au début des années 1960 a suscité de nombreux et vifs débats. L'ouverture de ses archives par l'Université de Yale (Blass 2002), la réplication partielle de l'expérience (Burger 2009), les interviews d'anciens "cobayes" ou collaborateurs (Perry 2012), ainsi que le contexte plus général de la crise de la réplicabilité en psychologie expérimentale (Ritchie 2020) ont déclenché une relance de ces débats. Sur la base de ces nouvelles données, plusieurs aspects des expériences de Milgram ont été réexaminés : leur protocole expérimental, qui ne correspond pas exactement au récit qu'en a fait Milgram (Gibson 2019) ; la décision de ne pas inclure dans l'interprétation les entretiens au cours desquels les sujets affirmaient ne pas avoir été dupés par le dispositif destiné à les tromper (Perry, Brannigan & alii 2018) ; les leçons à tirer des comportements observés (Burger, Girgis & Manning 2011 ; Reicher, Haslam & Smith 2012) ; l'utilité de ces résultats pour expliquer le comportement des auteurs ordinaires lors des génocides, et en particulier de la Shoah (Russell & Gregory 2015 ; Roth 2022) ; la légitimité morale du dispositif lui-même (Perry 2012). Par ailleurs, toutes ces recherches convergent vers la question de savoir si la crise de la reproductibilité affecte les expériences sur l'autorité et, si oui, dans quelle mesure. Comme le montre la prudence avec laquelle Stuart Ritchie (2020) traite le cas Milgram dans sa revue de la crise de la reproductibilité, cette question reste ouverte. Il n'en demeure pas moins que les débats autour de l'un des travaux fondateurs et paradigmatiques de la psychologie sociale expérimentale finissent par remettre en cause la valeur même de cette discipline ou, du moins, la direction qu'elle devrait prendre. Augustine Brannigan va jusqu'à appeler à la " fin de la psychologie sociale expérimentale " (Brannigan, 2017, p. 141) à cet égard. Enfin, tant Milgram que les psychologues et philosophes qui se sont inscrits dans son sillage ont interprété l'étonnement que ses résultats ont suscité comme le symptôme de l'adhésion à une anthropologie erronée. Le programme de recherche situationniste visait donc à comprendre ce qu'est cette erreur, d'où elle vient et comment la rectifier (Ross & Nisbett 1991 ; Doris 2005 ; Sabini & Silver 2005 ; Roth 2022). La remise en cause ultérieure des résultats de Milgram remet donc également en question la valeur de ce programme philosophique. Les expériences d'autorité reposaient sur des présupposés épistémologiques et ontologiques qui conditionnaient leur conception et leur interprétation, et qui ont jusqu'à présent rarement été mis en évidence et directement discutés. Par exemple, en désignant sa tâche comme une " expérience sur l'autorité ", Milgram présupposait l'existence d'un concept d'autorité qui s'appliquerait à l'expérience en question, mais au sujet duquel il restait confus, car il était théoriquement éclectique, s'appuyant aussi bien sur Hannah Arendt que sur la cybernétique (Milgram 1974). Stephen Gibson (2019) a donc cherché un concept qui puisse décrire adéquatement ce qui se passait réellement lors de l'expérience et a suggéré que le concept foucaldien de pouvoir était plus adapté que le concept d'autorité. Pour prendre un autre exemple, le but explicite de Milgram n'était pas seulement de reproduire en laboratoire un rapport de subordination ordinaire, mais de simuler la structure administrative et sociale qui a rendu possible la mise en oeuvre de l'extermination des Juifs d'Europe (Milgram 1963 ; Milgram 1974 ; Blass 2002). Contre le préjugé selon lequel les événements historiques sont des singularités non répétables, il a ainsi présupposé la possibilité de résoudre expérimentalement certains des problèmes explicatifs qui taraudent les historiens. Afin de contribuer de manière productive aux débats actuels sur la valeur des expériences de Milgram, et plus généralement de la psychologie sociale, il est nécessaire d'identifier les présupposés, les conséquences théoriques et les justifications de ces expériences : une tâche philosophique en soi, dans laquelle ce numéro thématique nous invite à nous engager.
Nombre de pages
224
Date de parution
14/06/2024
Poids
294g
Largeur
145mm
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EAN
9782380721416
Titre
Philosophia Scientiae N° 28-2/2024 : Revisiting Stanley Milgram's Experiment : What Lessons Can We
Auteur
Künstler Raphaël ; Ludwig Pascal ; Zielinska Anna
Editeur
KIME
Largeur
145
Poids
294
Date de parution
20240614
Nombre de pages
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Künstler Raphaël ; Charbonnier Sébastien ; Engel P
La réflexion pédagogique a pour objectif de déterminer comment un enseignant peut être le plus utile à la progression intellectuelle de ses élèves. Mais on peut inverser la relation en se demandant si les élèves sont utiles à la progression intellectuelle de l'enseignant, et comment faire en sorte qu'ils le soient On pourrait désigner cette question comme l'enjeu d'une pédagogie inverse, l'enseignant s'éduquant lui-même grâce à ses élèves. Tout comme la pédagogie, la pédagogie inverse doit prendre en compte les situations d'enseignement. Et cela d'autant plus que la nature de l'enseignement philosophique en lycée encouragerait à nouer un véritable dialogue avec les élèves, favoriserait un certain style de réflexion, conduirait à privilégier des questions, des méthodes et des références déterminées, à acquérir des vertus intellectuelles spécifiques. Est-ce vraiment le cas ? Telle est la question dont partent les contributions ici présentées et à laquelle elles apportent un certain nombre de réponses stimulantes pour la conduite de la classe de philosophie.
La métaphysique de tradition analytique ou continentale est florissante. Elle n’est plus seulement travaillée comme objet de l’histoire de la philosophie, elle est redevenue sujet de l’activité philosophique et productrice d’œuvres nouvelles – qu'il s'agisse de la tradition dite continentale ou de celle dite analytique. Du côté « continental », hérité de Heidegger, c’est estimer que la métaphysique, en tant qu’enquête rationnelle sur l’être, doit être dépassée au profit d’un questionnement poétique. Du côté analytique, hérité du Cercle de Vienne, et notamment de Carnap, c’est prolonger l’œuvre de philosophes qui estimaient que la logique symbolique nouvellement façonnée devait permettre d’établir le fait que tous les énoncés métaphysiques étaient dénués de sens. L’apologiste de la science que fut Carnap, tout comme son pourfendeur que fut Heidegger, ont l’un et l’autre convergé sur un même mot d’ordre : « le dépassement de la métaphysique ». Ce renouveau actuel est donc d’autant plus étonnant que ces deux courants se réclamaient l’un et l’autre de l’héritage de Kant, lequel récusait déjà la triple ambition de la métaphysique théorique à connaître rationnellement la surnature, les choses en soi et les faits ultimes constituant la nature. Cet ouvrage, qui réunit d'éminents spécialistes de la question, propose ainsi un état des lieux de la réflexion métaphysique contemporaine.
Peut-on convaincre un terroriste de renoncer à l’attentat qu’il projette ? Pourquoi des innocents risquent-ils d’être condamnés et incarcérés ? Les adhérents du Front national croient-ils vraiment à chaque proposition de l’idéologie du parti ? Les scientifiques peuvent-ils soutenir une théorie qu’ils croient fausse ? Ou encore, comment des riverains mobilisés contre un projet local d’aménagement du territoire en viennent-ils à adopter une position environnementaliste globale ? Autant de questions auxquelles ce volume apporte des éléments de réponses. À partir des travaux fondateurs de L. Jonathan Cohen et de la distinction opérée entre croyance et acceptation, les auteurs proposent ici aussi bien des analyses conceptuelles que des études de cas empruntés à des domaines variés (judiciaire, politique, religieux, scientifique), qui permettent une meilleure compréhension des phénomènes sociaux, et notamment des phénomènes de croyances collectives.
Il y a exactement deux siècles, en 1821, Charles Nodier inventait l'appellation "genre frénétique" pour désigner la face sombre du romantisme, sa part d'horreur et d'excès, et il fustigeait l'immoralité du genre tout en reconnaissant les séductions sulfureuses que celui-ci exerce sur le lecteur. Alors que la critique du XXe siècle, des surréalistes à Annie Le Brun et Jean-Luc Steinmetz, a retourné la condamnation moralisatrice du XIXe siècle en faisant l'éloge de la portée subversive de ces oeuvres qui structurent leurs intrigues autour du conflit entre le bien et le mal, il est temps d'adopter une approche dépassionnée des morales du romantisme noir. Si les oeuvres noires, comme on le leur a parfois reproché, se caractérisent par leur manichéisme, celui-ci peut prendre des formes variées. Les romans valorisant la vertu et l'innocence de l'héroïne s'opposent ainsi aux récits sadiens faisant goûter au lecteur les délices vertigineuses de la cruauté. Dès l'époque romantique se multiplient les oeuvres ambivalentes, qui, infusant l'ironie dans le modèle du roman noir, rendent plus incertaine la frontière entre bien et mal. Quelles sont les valeurs défendues dans ces fictions ? Les variations morales dessinent-elles une évolution historique ? Sont-elles corrélées à des tendances esthétiques particulières ? Les études réunies ici proposent quelques réponses à ces questions, à travers l'analyse de l'axiologie du romantisme noir de Ducray-Duminil à Gaston Leroux, en passant par Nodier, George Sand, Balzac ou Pétrus Borel.
Le numéro du Bulletin de la SHESVIE 28-2 sera consacré à un dossier spécial sur "Les classifications zoologiques d'Aristote à Linné. Approches historiques et lexicologiques" . Les éditeurs scientifiques en sont Meyssa Ben Saâd, Simon Thuault, Yoan Boudes et Axelle Brémont. Il sera découpé en cinq passionnants articles dont le premier explorera "La classification zoologique dans la civilisation arabe classique : approche lexicologique et épistémologique" (Philippe Provençal), puis les lecteurs pourront appréhender la richesse du " lexique de l'échelle des êtres dans le Traité des animaux d'Aristote et le De animalibus d'Albert le Grand" (Grégory Cless) avant de se pencher sur l'histoire du "Genre, maître mot du classement" (Philippe Lherminier) ainsi que sur "Les traités d'Ichtyologie vers 1555- La naissance de la "peinture scientifique" " (Katharina Kolb). Enfin, un groupe de jeunes chercheurs nous proposera une "Etude du lexique et des catégories zoologiques en vietnamien" (Phuong Duyen Nguyen, Arnaud Zucker, Danh Thành Do-Hurinville).
Comment des écrivains qui n'ont pas vécu la Shoah racontent-ils cet événement ? En France, cette question s'est posée de manière polémique à la parution des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006) et de Jan Karski de Yannick Haenel (2009). Cet essai est consacré à l'ensemble de la littérature écrite en français par la génération des petits-enfants, soit par vingt-deux auteurs, qu'il s'agisse de descendants de victimes de la Shoah ou d'auteurs qui se sentent héritiers de cette mémoire. L'analyse de ces oeuvres permet de se pencher sur des questions très actuelles, comme la délicate appropriation d'un héritage, les supposés dangers de la fiction, ou encore l'utopie qui consiste à croire que l'on peut se faire témoin du témoin ou réparer le passé.
Si la plus importante figure philosophique du vingtième siècle était une femme, ce serait Simone Weil (1909-1943), comme on commence à le discerner aujourd'hui. En parcourant les lieux par où elle est passée, ce livre tente de reconstituer le chemin intellectuel et spirituel de Simone Weil. A chaque lieu, qui constitue un moment mental, est attaché un questionnement majeur de son oeuvre, si bien qu'à la fin la pensée de la philosophe apparaît dans sa globalité : c'est d'abord une philosophie de l'esprit où le miracle de la pensée tient dans le mystère des inspirations qui nous traversent. Mais Simone Weil ne peut suivre le fil de ses pensées que si elle se confronte à l'actualité de son époque, de 1929 à 1943, et qu'à travers les milieux sociaux très différents où elle sème le trouble (du syndicalisme à la France libre de Londres, en passant par le monde des usines, la guerre d'Espagne, l'exode de Juifs français) et les rencontres qu'elle fait. C'est une pensée à la fois très intérieure (mystique même) et complètement ouverte aux problèmes économiques, sociaux et politiques d'une tranche d'Histoire que ces pages essaient de reconstruire à partir de la géographie concrète que sa vie dessine. Cependant, l'ouvrage refuse d'enfermer Simone Weil en son temps et prend le risque d'actualiser sa pensée en interrogeant ce que sont devenus les campagnes, les villes et les pays qu'elle a traversés, jusqu'à faire un état des lieux de la France d'aujourd'hui. Une lecture des lieux à partir de sa pensée ; une lecture de sa pensée à travers les lieux.