Régulièrement - à la faveur d?élections majeures, notamment - la France découvre l?existence d?inconnus qui vivent, ignorés, à l?intérieur de ses frontières. Médusée, elle constate que des individus se montrent soudain capables de voter en s?enrôlant sous la bannière de la hargne, que le peuple, désespéré, a perdu la foi dans ses institutions et ne prend plus la peine de donner son opinion, que des gens vivent de presque rien, travaillent parfois sans gagner de quoi se loger et sont, pour survivre, tributaires d?expédients en tous genres? Ces gens que tels ou tels événements font alors, à la surprise générale, apparaître sous les espèces de l?anomalie (et, plus rarement, du miracle), deviennent sur-le-champ l?objet d?analyses et d?interprétations sauvages et sans vergogne: leurs gestes, leurs mots (voire, le plus souvent, leurs silences?) sont récupérés à l?envi, dépecés, étiquetés, médiatiquement ?rentabilisés? (et, dans la plupart des cas, bientôt anesthésiés). Les analyses répondent aux analyses en oubliant que ces paroles, qu?il est question d?analyser, nul ne les entend plus - en admettant qu?elles aient jamais été entendues. Ces anonymes, il y a dix ans, quand a débuté l?émission Les Pieds sur terre, la demi-heure quotidienne de documentaire produite sur France Culture par Sonia Kronlund (du lundi au vendredi, de 13h30 à 14h), on les appelait ?la France d?en bas?: ils venaient tout juste de remplacer ?les vrais gens?, expression très en vogue à la fin des années 1990: quel que soit le nom qu?on leur donne, ce sont bien eux, en tout cas, que Sonia Kronlund et ses collaborateurs se sont, sur une décennie, attachés à rencontrer, à tirer de l?ombre et à faire tout simplement s?exprimer, semaine après semaine, sur les ondes d?une radio connue pour son exigence et sa créativité. Et ce sont eux, à travers une émission au long cours qui rendait leur discours enfin ?audible?, que des milliers d?auditeurs ont, dès lors, rencontrés à leur tour et appris à connaître. Pour célébrer les dix ans d?existence de cette aventure radiophonique et citoyenne, et parce que le colossal matériau archivé lui semblait pétri de questions essentielles (et parfois détenteur de quelques réponses?), Sonia Kronlund a voulu, avec ce livre, fédérer une parole plurielle à travers une sélection de voix (une petite centaine), choisies non pour ce qu?elles ?représentent? ou pourraient ?illustrer?, mais pour leur humanité, pour leur capacité à apporter la contradiction, pour leur résilience ? voire pour l?humour (pas forcément désespéré!) qui parfois, souvent, les traverse. Prolonger, par écrit, le bruit immense du vivant, redonner pleinement droit de cité à une parole libre (ou que le génie propre de l?émission a su libérer) et, ce faisant, apporter un éclairage inédit, sur cette décennie qui a commencé en 2002 avec l?arrivée de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui va s?achever, en mai 2012, avec une nouvelle élection elle aussi susceptible de réserver des surprises, tel est le but de cet ouvrage qui semble donner une suite vocale à l?enquête (elle aussi collective) naguère publiée sous la direction de Pierre Bourdieu sous le titre La Misère du monde, en dressant le ?portrait? d?une langue française en mouvement - parlée, vécue, travaillée, chahutée, bousculée, radicalement plurielle et résolument mutante. Les témoignages ici rassemblés fourniront donc au lecteur-citoyen une autre sorte d??information? sur ce qui, pendant ces dix ans, s?est passé et a changé en France: dans la vie des gens, dans les méthodes de travail, dans les maisons, les familles, les couples, dans le rapport à la politique. Et, également, sur ce qui est resté en l?état (pour le meilleur ou pour le pire). Rendant compte aussi bien d?une époque à la fois proche et lointaine que de questions de société récurrentes, écrits au style direct, d?une longueur variable, chacun de ces ?portraits de langue? est précédé d?une brève introduction, d?une description du ?grain de la voix? du locuteur et, si nécessaire, suivis de quelque précisions sur ce qu?est devenu, au fil du temps, l?interlocuteur concerné. Mémoire sonore d?une décennie, l?ouvrage s?ouvre sur une préface où Sonia Kronlund évoque non pas le making-off et les coulisses de quelque exploit radiophonique quotidien mais la ?simple? angoisse du documentariste au moment de sortir le micro, le rapport des médias aux ?gens normaux? et l?évolution de la société française durant dix ans. Dix années consacrées à relayer, avec autant d?humilité que de rigueur, la parole multiple de tous ceux qui, ?indignés? ou non, édifient jour après jour la communauté. Et ce au prix d?une résilience qui s?exprime ici en mots suffisamment inédits pour fossoyer durablement toutes les langues de bois qui s?emploient à stériliser le débat qu?une société doit nécessairement entretenir avec elle-même.
« Il se fait appeler Ricardo, Alexandre, Daniel ou Richard. Il est argentin, brésilien ou portugais. Il se prétend chirurgien, ingénieur, photographe ou policier, sans qu?aucune femme ne doute de la réalité de ses activités. Car ce menteur de haut vol parvient à mener en parallèle quatre vies conjugales dans plusieurs pays et sous différentes personnalités imaginaires, toutes plus séduisantes les unes que les autres.Lorsqu?une de ses compagnes m?a contactée et que j?ai découvert l?histoire de celui que je nommerai Ricardo, elle s?est immédiatement imposée. Les hommes que j?ai aimés étaient souvent malhonnêtes et menteurs. Et dans mon travail, je me suis beaucoup intéressée aux baratineurs, bonimenteurs, vendeurs de bobards de tout acabit.Ricardo, c?était le niveau supérieur. Il est devenu un nouvel objet à l?intérieur d?une quête personnelle sans fin ni vérité, mais dont le chemin me passionne. Quels invraisemblables stratagèmes utilise-t-il ? Pourquoi vivre sur un fil, de légende en légende? Dangereux manipulateur, grand malade, amoureux compulsif ? J?ai décidé d?enquêter, persuadée que si je n?avais pas croisé sa route, si je ne figurais pas sur la liste de ses victimes, c?était une simple coïncidence. Il m?a fascinée, terrifiée, amusée aussi.Ce livre raconte un imposteur extraordinaire, à travers les témoignages des femmes qui l?ont aimé, un détective privé qui l?a suivi, les policières qui l?ont attrapé. De Paris à Varsovie en passant par les favelas du Brésil, un incroyable voyage à la recherche d?un caméléon de génie. Elles cherchaient l?homme idéal, il composait l?amoureux de leurs rêves. Au risque de tout perdre, et de se trouver pris à son propre piège : le nôtre, celui du livre et de la fiction ». Sonia Kronlund.Notes Biographiques : Sonia Kronlund a créé et produit depuis 2002 l?émission Les Pieds sur Terre sur France Culture. Elle a collaboré à l?écriture de nombreux scénarios, et réalisé le documentaire Nothingwood (2017). Elle a publié Je me souviens du 9e arrondissement, (Parigramme, 2001) et Les pieds sur terre, nouvelles du réel (Actes Sud, 2012).
Résumé : "Il se fait appeler Ricardo, Alexandre, Daniel ou Richard. Il est argentin, brésilien ou portugais. Il se prétend chirurgien, ingénieur, photographe ou policier, sans qu'aucune femme ne doute de la réalité de ses activités. Car ce menteur de haut vol parvient à mener en parallèle quatre vies conjugales dans plusieurs pays et sous différentes personnalités imaginaires, toutes plus séduisantes les unes que les autres". Qui est cet imposteur ? Comment procède-t-il ? Pourquoi ? Avec l'aide des femmes qui l'ont aimé, d'un détective privé polonais et de policières brésiliennes, Sonia Kronlund a mené l'enquête. Pendant cinq ans, elle a cherché les traces de l'homme aux mille visages. Aujourd'hui, elle raconte comment ce fascinant caméléon s'est trouvé pris au piège de sa propre démesure.
A l'orée des grands incendies, nous aurons au moins eu ça, la bière, le sel et la pénombre d'une chambre où l'on marche pieds nus, nos veilles aux yeux plissés et le petit matin à trente-deux degrés déjà, les draps qui claquent dans le vent dehors et le bleu de la mer, nos engueulades et la catastrophe de tes reins. C'est assez de souvenirs pour dix romans et nos deux vies.
Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu'il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s'évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l'arme, et il tira.
Reito Naoi est un jeune homme en manque de repères, qui a appris à grandir seul. Accusé d'effraction et de tentative de vol, il risque la prison, mais se voit proposer un marché qui pourrait bien changer sa vie. Un avocat, agissant pour le compte d'un mandataire qui souhaite rester anonyme, lui propose la liberté en échange d'une mystérieuse mission. Reito devient le gardien d'un illustre camphrier, niché au coeur d'un sanctuaire de Tokyo, qui semble renfermer bien plus que du bois et des feuilles. La légende dit en effet que, si l'on suit un rituel bien établi, l'arbre centenaire exauce les voeux et se fait le messager des défunts. "Le Gardien du camphrier" interroge avec émotion et grâce les liens du sang ou ceux du coeur, qui se tissent ou s'érodent au fil du temps et jusque dans la mort. Il est une ode poétique à la découverte de soi et à la connexion aux autres.
La double trajectoire d'un policier des frontières qui perd le sens de sa mission et d'un jeune émigrant soudanais qui tente d'atteindre l'Eldorado européen.A Catane, le commandant Salvatore Piracci surveille les frontières maritimes. Gardien de la citadelle Europe, il navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d'intercepter les bateaux chargés d'émigrés clandestins qui ont tenté la grande aventure en sacrifiant toute leur misérable fortune... en sacrifiant parfois leur vie, car il n'est pas rare que les embarcations que la frégate du commandant accoste soient devenues des tombeaux flottants, abandonnés par les équipages qui avaient promis un passage sûr et se sont sauvés à la faveur de la nuit. Un jour, c'est justement une survivante de l'un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant Salvatore Piracci, et cette rencontre va bouleverser sa vie. Touché par l'histoire qu'elle lui raconte, il se laisse peu à peu gagner par le doute, par la compassion, par l'humanité... et entreprend un grand voyage.Au Soudan, pour Soleiman et son frère Jamal, c'est le grand jour : ils ont enfin amassé la somme d'argent qui leur permettra de quitter le pays et le continent pour une vie meilleure. Mais les jeunes gens sont bientôt séparés par le destin. Soleiman rencontre Boubakar le boiteux et c'est avec ce nouveau compagnon qu'il poursuivra - d'Al Zuwarah à Ghardaïa, Oujda, puis Ceuta... - son voyage vers l'Eldorado européen. Parce qu'il n'y a pas de frontière que l'espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s'inventer une terre promise.
Nouvelle édition augmentée de ce petit pamphlet nécessaire à lire et à diffuser ! Salomé Saqué nous relate des faits, vérifiés et sourcés, sur l’extrême-droite, ses méthodes, ses origines comme ses dangers pour les droits et la démocratie. Mais elle nous donne aussi des pistes pour résister ensemble. Un ouvrage éclairant qui inspire à faire front commun avec beaucoup de justesse mais aussi de force et qui invite à un vrai débat démocratique.
D'une communauté médiévale de clercs, l'université est progressivement devenue un véritable enseignement de masse, où les professeurs, censés être des érudits et des savants, sont de plus en plus confrontés à des étudiants impréparés aux exigences du haut enseignement, notamment en raison des déficiences d'un enseignement secondaire miné par l'idéologie de l'égalité des capacités et de la réussite pour tous. L'établissement est par ailleurs menacé par la toute-puissance de l'administration, la barbarie du "managérialisme" , l'irruption du juridisme, et plus récemment encore la "cancel culture" et le "wokisme" . Renvoyant dos à dos les excès du gauchisme culturel et la toute-puissance du néolibéralisme triomphant, l'auteur s'attache à identifier ce qui a progressivement muté une forteresse du savoir en ce que d'aucuns voudraient voir comme une machine à délivrer des diplômes. Il entend aussi dénoncer tout ce qui restreint la liberté et le pouvoir des professeurs. Depuis trop longtemps l'université absorbe peu à peu les dérives d'une société clientéliste dont les valeurs culturelles et intellectuelles se dégradent peu à peu, et en appelle à un sursaut salutaire de l'institution, qui suppose la fin de toute sujétion au pouvoir politique et économique.
Résumé : Pourquoi la théorie de l'évolution est-elle contestée dans nos écoles ? Pourquoi les cours d'histoire sont-ils remis en cause ? Pourquoi le port du voile est-il devenu un tel enjeu ? Pourquoi Samuel Paty a-t-il payé de sa vie l'exercice de l'esprit critique ? Enseigner est aujourd'hui devenu un métier dangereux. L'école n'est plus un sanctuaire, un lieu protégé de la fureur du monde. Les islamistes la considèrent comme l'école de la mécréance, parce qu'elle enseigne la liberté de conscience. De Kaboul à Bruxelles ou Paris, elle est une cible. Déconsidérés, trop peu entendus, les enseignants ne sont pas armés pour y faire face. Dans cet ouvrage qui se veut un cri d'alarme, Laurence D'Hondt et Jean-Pierre Martin sont partis à la rencontre de ces professeurs qui osent évoquer leur solitude et briser le silence. Des témoignages entrecoupés de chapitres qui raconteront l'influence de l'islamisme au coeur de nos écoles publiques et privées, la détresse des directeurs, le silence embarrassé des syndicats et des partis politiques, les enjeux de la laïcité. Enfin, les auteurs rapporteront, à travers les réflexions et les expériences de professeurs, des initiatives pour refaire de l'école un lieu d'instruction et non de prosélytisme.