Les « banlieues » sont devenues l'un des principaux enjeux du débat politique français, et il est probable que ce terme soit l'un des maîtres mots de la campagne pour l'élection présidentielle de 2012. Or, « banlieues », dans cet usage, désigne en réalité les quartiers populaires périphériques où se concentrent notamment des populations d'origine immigrée - et non les banlieues en général, dont la plupart sont « résidentielles ». Enjeu complexe, les « banlieues » représentent à la fois la cristallisation des peurs d'une société inquiète face à des nouvelles « classes dangereuses » du XXIe siècle, et la mauvaise conscience de celle-ci, accusée d'avoir laissé se développer et perdurer des zones d'exclusion en marge de sa prospérité. Cette ambivalence est propice à l'emballement du discours médiatique sur un sujet propre à toutes les surenchères idéologiques ainsi qu'aux simplifications des images-chocs - voitures brûlées, caches d'armes dans les HLM, musulmans en prière sur la chaussée? autant de « figures » de la banlieue dont l'accumulation est censée produire du sens, au détriment d'une construction rationnelle de celui-ci. Ces « figures » sont au coeur du malentendu persistant entre la presse et les habitants des banlieues concernées, qui discrédite à leurs yeux la pratique journalistique « stigmatisante ». Le « trou noir » d'une représentation rationnelle de ce problème crucial renvoie à une question très douloureuse, centrale, qui touche à l'identité même de la France au moment où celle-ci connaît une crise profonde. Cette crise est relayée sur le territoire français par ces zones d'exclusion qui paraissent à la fois défier le pacte républicain traditionnel (elles produiraient le communautarisme) et rester en marge du monde du travail malgré des aides et subventions massives prélevées sur les impôts des classes moyennes - les « banlieues » sont perçues comme un parasite sur le corps malade du pays. Ce sentiment de malaise et de crainte est encore accentué par le vieillissement de la population française « de souche » alors que ces banlieues populaires bigarrées, jeunes et en plein essor démographique, portent en partie l'avenir de la France. Face à l'ampleur de ces bouleversements, et à l'importance des enjeux dont on peut penser qu'ils vont s'exacerber lors de la prochaine élection présidentielle puisqu'il auront une incidence directe sur la conquête du pouvoir politique en France et où Mme Le Pen a déjà pris date, avec ses remarques sur les musulmans comme « force d'occupation », il est important de disposer de travaux et d'un livre qui puissent faire référence afin que les débats de société soient nourris d'une matière que l'on voudrait originale, substantielle et gouvernée par la « neutralité quant aux valeurs » prônée par Max Weber.
Nombre de pages
322
Date de parution
02/02/2012
Poids
412g
Largeur
158mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782070134328
Titre
Quatre-vingt-treize
Auteur
Kepel Gilles
Editeur
GALLIMARD
Largeur
158
Poids
412
Date de parution
20120202
Nombre de pages
322,00 €
Disponibilité
Sur commande en 2-4 jours
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
Après une première vague, qui culmina avec la révolution iranienne de 1979, l'islamisme, favorisé par le recul du messianisme socialiste, se répandit dans l'ensemble du monde musulman, tandis que l'Iran et l'Arabie saoudite, conservatrice, s'en disputaient férocement l'hégémonie. Déclenché l'année suivante en Afghanistan contre l'URSS, le jihad devint la cause islamiste par excellence, contaminant et exacerbant partout les conflits : en Egypte et en Algérie notamment, où les groupes radicaux s'engagèrent dans une escalade de la violence qui leur aliéna peu à peu la population. En dépit de poussées parfois spectaculaires - jusque dans les pays occidentaux -, dès la seconde moitié des année 1990, de la Turquie à l'Indonésie, de l'Egypte à l'Algérie et aux banlieues européennes, le déclin était manifeste. Tout indique aujourd'hui que l'heure du post-islamisme a sonné, et que les sociétés musulmanes vont entrer de plain-pied dans la modernité, selon des modes de fusion inédits avec le monde occidental.
Gilles Kepel est l'auteur d'essais traduits dans plus de vingt langues, dont La Revanche de Dieu (Seuil, 1991), Jihad (Gallimard, 2000), Fitna (Gallimard, 2004) et Al Qaida dans le texte (avec Jean-Pierre Milelli, PUF22005). Professeur des universités à Sciences Po, il dirige la chaire "Moyen-Orient Méditerranée".
Par rapport à l'ouvrage Les Banlieues de l'islam (1987), qui se basait notamment sur une enquête effectuée durant le Ramadan de juin 1985, cet ouvrage, basé sur une nouvelle enquête effectuée durant le Ramadan d'août/septembre 2010 (certaines des questions sont identiques afin de mesurer les évolutions sur 25 ans), ne parcourt pas la France entière, mais se concentre sur une zone particulièrement symbolique, Clichy/Montfermeil, visant ainsi à une sorte de « portrait total ». Il s'agit ici d'analyser et de comprendre comment s'imbriquent concrètement des variables comme la relégation et l'enclavement spatial, les problèmes de l'éducation et de l'emploi, de la sécurité, pour produire une émeute qui se répand à travers tout le pays, et comment les réactions à celle-ci - de l'injection massive de fonds à travers la Politique de la Ville, les Zones Franches Urbaines, etc., à l'émergence d'une contre-élite politique dans la jeunesse d'origine immigrée - sont à même ou non, et selon quelles modalités, de relever le défi. On sera particulièrement attentif à observer comment la référence à l'islam a pénétré en profondeur l'espace social, et comment celle-ci peut se combiner à l'expression politique soit dans une logique de participation à la vie de la cité avec des revendications propres, soit dans une logique de rupture. Outre l'observation directe et la consultation des sources, l'enquête porte une grande attention aux propos des habitants, ce qui permet, pour la première fois à cette échelle, d'entendre et de comprendre la parole des principaux intéressés, par-delà les propos normatifs et généralement réducteurs tant de la presse que des militants associatifs.
Le 17 septembre 2010, Mohamed Bouazizi, jeune Tunisien vendeur ambulant de fruits et légumes, s'immole par le feu en place publique - et embrase le monde arabe. Les régimes de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Ali Saleh sont précipités dans les flammes, et l'incendie porte jusqu'à Bahreïn et en Syrie. Afin de sauver leurs trônes, les gazo- et pétromonarchies déboursent des milliards de dollars pour allumer des contre-feux. Cette manne favorise la victoire électorale des islamistes, mais le feu social couve sous la cendre politique. Pour comprendre ces événements de grande portée, Gilles Kepel est allé partout, d'Israël en Syrie, et il a vu tout le monde, salafistes, Frères musulmans, djihadistes, blogueurs, intellectuels, militaires? Durant ce périple, il a tenu des carnets. Écrits au jour le jour et enrichis au cabinet de travail, ils aboutissent à ce beau livre, où l'humeur vagabonde du randonneur le dispute à l??il acéré du chroniqueur, au savoir de l'orientaliste et à la plume de l'écrivain, le tout dans une forme alerte et vive, celle même du journal.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.