
Les savants
Cheveux noirs épais ramenés sur le côté, Ayyan Mani se faisait une raie à la va-comme-je-te-pousse, en dents de scie telles les frontières tracées jadis par les Britanniques entre deux voisins hostiles. Il avait le regard acéré de l'homme à qui on n'en conte pas. Sa moustache drue abritait un perpétuel sourire. Sombre de peau, propre sur lui, il n'en avait pas moins l'air pauvre.Il observait les promeneurs du crépuscule. Des centaines sur la longue promenade face à la mer d'Oman. Des jeunes femmes solitaires bien chaussées marchaient à vive allure comme si elles fuyaient un sort funeste qui les aurait fait ressembler à leurs mères. Leurs fières poitrines rebondissaient, la chair de leurs cuisses tremblotait à chacun de leurs pas. Déformé par des grimaces de sportives, le visage de ces femmes des hautes castes, à la peau claire et à l'expression blasée, luisait de sueur. Ayyan les imagina succombant toutes à ses charmes. Manifestement, certaines n'avaient jamais fait de sport de leur vie. Elles venaient là parce que leur famille les avait depuis peu fiancées à un prétendant acceptable. Elles marchaient à grandes enjambées comme si elles avaient voulu mesurer le rivage, parce qu'elles devaient vite brûler des calories avant la nuit de noces, qui les verrait normalement abandonner leur vertu à un inconnu sur les pollens d'une couche nuptiale jonchée de fleurs. De vieux messieurs tranquilles et myopes marchaient en compagnie d'autres vieux messieurs, discutant de l'état de la nation. Ils avaient en main toutes les solutions. Raison pour laquelle leurs épouses, plus de cinq cents mètres devant, formant leur propre petit groupe, parlaient d'arthrite ou d'autres épouses absentes ce soir-là. Des couples d'amoureux furtifs commençaient à arriver. Ils s'asseyaient sur le parapet face à la mer, mains baladeuses ou yeux emplis de larmes suivant l'étape à laquelle se trouvait leur relation. Leurs jeans neufs avaient une taille basse au point de laisser dépasser deux virgules de leurs rachitiques fesses indiennes.Ayyan scrutait tout cela sans complexe, incapable de feindre une indifférence policée. Souvent, il disait à Oja: «Si on dévisage assez longtemps ces bourgeois qui se prennent tellement au sérieux, au bout d'un moment ils finissent tous par avoir l'air comique.» C'est pourquoi il aimait les observer longuement. Il fut dépassé par une fille à la queue de cheval tressautante, un iPod accroché aux oreilles. Il distingua son dos juvénile à travers son tee-shirt mouillé. Pressant le pas, il la rattrapa et la dépassa. Il tenta de distinguer son visage, espérant qu'elle n'était pas jolie. Les belles femmes le déprimaient. Au même titre que les Mercedes, les BlackBerry et les grands appartements avec vue sur mer.
| Nombre de pages | 425 |
|---|---|
| Date de parution | 15/11/2012 |
| Poids | 226g |
| Largeur | 108mm |
| EAN | 9782757831007 |
|---|---|
| Titre | Les savants |
| ISBN | 2757831003 |
| Auteur | Joseph Manu ; Turle Bernard |
| Editeur | POINTS |
| Largeur | 108 |
| Poids | 226 |
| Date de parution | 20121115 |
| Nombre de pages | 425,00 € |
| Disponibilité | Epuisé |
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