Benoni est le premier volet d'un diptyque qui tient une place à part dans l'?uvre de Knut Hamsun. Sans doute y retrouve-t-on la grande nature du Nordland, ses forêts, sa faune et sa flore, la mer, les nuits translucides de ses étés, la pesanteur de ses journées d'hiver ; de même y renoue-t-on connaissance avec un type d'analyse psychologique qui a fait école depuis, où tout n'est que suggéré par approches de biais, demi-teintes, gestes ébauchés et retenus, élans du c'ur arrêtés d'une parole.Cependant, Knut Hamsun y aborde de front, pour la première fois, ce qui deviendra une des préoccupations majeures de toute son ?uvre, un des problèmes essentiels aussi de la société scandinave : l'affrontement entre une culture rurale traditionnelle avec son éthique et ses valeurs typiques, et le monde de la ville, le capitalisme, l'argent. En second lieu, si l'amour joue, ici comme dans les autres romans hamsuniens, un rôle de premier plan, c'est en un camaïeu de gris qui a quelque chose de poignant dans son mélancolique bilan d'échecs et de ratés. Violence ou timidité, cynisme ou naïveté, mépris ou sensualité, rien ne paraît devoir triompher d'obstacles insurmontables jamais dits, qui font de ce livre un lamento pudique et feutré. Enfin, en bon Scandinave conscient des très lointains tropismes de son peuple, Hamsun a mis en scène ici, plus clairement que nulle part ailleurs, le seul vrai personnage de son ?uvre, ce Destin inexorable et fantasque qui se plaît cruellement à flétrir les corps comme il ride les c'urs.
Nombre de pages
288
Date de parution
03/11/1994
Poids
167g
Largeur
109mm
Plus d'informations
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EAN
9782070388257
Titre
Benoni
Auteur
Hamsun Knut
Editeur
FOLIO
Largeur
109
Poids
167
Date de parution
19941103
Nombre de pages
288,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Voici les dernières errances de Knut Pedersen, le vagabond perpétuel que nous avons suivi de lieu en lieu et d'amour déçu en amour vain dans Sous l'étoile d'automne et Un vagabond joue en sourdine. Nous retrouvons dans ce troisième roman ce qui fit le charme des deux premiers : la connivence instinctive avec la grande nature du Nord, ses forêts, ses animaux, ses ciels sans fond que multiplie l'eau des lacs et des rivières, que cernent les pics des montagnes redoutables où l'accident fatal vous guette. Et, de nouveau, voici la Femme, instable et fantasque, éperdue d'amour : de soi ? de l'autre ? qui le saura ? Une fois de plus, l'écriture épouse avec bonheur les intermittences du coeur et réussit à suggérer ce qui ne se peut dire. Mais La dernière joie se situe, dans l'oeuvre de Knut Hamsun, à l'articulation exacte entre inspiration d'ordre psychologique et sentimental et préoccupations désormais orientées fortement par l'idéologie. On y pressent la montée de thèmes qui seront bientôt majeurs : refus de notre prétendue civilisation, détestation d'une culture qui coupe l'être humain de ses véritables racines, exécration de la masse, de la ville, anglophobie, et cette misogynie qu'il faut entendre bien plus comme un aveu de déception profonde (mais pouvait-il en aller autrement chez ce pèlerin de l'absolu en amour ?) que comme une réelle aversion. On prendra garde pourtant que ce pessimisme n'est pas irrémédiable. La "dernière joie" n'est qu'un trompe-l'oeil. Elle est multiple, en vérité. Il n'est pas nécessaire de s'arrêter sur ses premières formulations : ce serait la solitude, loin des hommes, ou la mort. Elle est, en fait, tout entière dans la récompense suprême, un enfant qui est toute la vie, la vie renouvelée, recréée, infiniment porteuse de promesses.
Nous retrouvons, dans ce livre qui est la suite de Benoni, l'étrange et pittoresque parvenu au grand coeur qu'est Benoni Hartvigsen, devenu le riche B. Hartwich. En lui se prolonge l'un des thèmes majeurs du diptyque : cette exécration de l'argent, né de la civilisation urbaine et qui tue lentement les antiques valeurs de la culture rurale. Nous suivons également les errements des mêmes personnages principaux : Mack, le fier seigneur, et la douce Rosa avec ses angoisses d'amour. Cependant l'optique a changé avec l'irruption de deux nouveaux héros : le rédacteur du roman, l'étudiant Parelius, et la "baronne", la fille de Mack, fantasque, bizarre et volontiers machiavélique. La baronne vit dans la hantise du souvenir du lieutenant Glahn, le beau chasseur sauvage de Pan. Elle est la face primitive et folle d'une réalité dont Rosa représenterait l'aspect antithétique raisonnable et civilisé, tout comme Parelius équilibre Glahn. Ce roman apporte un souffle nouveau dans l'oeuvre de Knut Hamsun. En effet, derrière la diversité des personnages, s'impose l'obsédante présence de l'amour que l'on ne cesse de nous dire cruel. Dans ce monde frustré où le temps paraît ne s'écouler qu'avec peine, la cruauté de l'amour, de tout amour, confère à la vision de l'homme un tragique poignant, une intensité à la limite de l'étouffement, tant les coeurs et les rêves se meurtrissent, sur un fond de grisaille et d'angoisse qui finit par infuser à cet ouvrage une exceptionnelle et douce-amère gravité.
Présentation de l'éditeur August a parcouru le monde. De retour dans son village, il raconte ses aventures mystérieuses. Il envoûte son ami Edevart, naïf au coeur pur, qui rêve de partir. Le drame du village se noue entre les sédentaires heureux de leur sort et ceux que l'inquiétude pousse à la découverte du monde.
Au Pays des contes (1903) aurait pu s'intituler « Les Tribulations d'un Nordique en Russie ». De Moscou à Bakou, c'est un périple fantaisiste, en chemin de fer et à cheval, dans le Caucase d'il y a un siècle. Rien n'échappe au narrateur, ni les troupeaux, ni les grands espaces, ni l'accoutrement des femmes Tatars... La moindre anecdote (une montre obscène, des petits vendeurs de cristaux) lui saute aux yeux - des yeux malicieux car le voyageur ne se départit jamais d'une joyeuse ironie. Il joue avec les décors et le lecteur, bascule au détour d'une page, à la faveur d'une fièvre, dans des tableaux oniriques à la limité du délire, respectant le cahier des charges du sous-titre: Choses rêvées et choses vécues en Caucasie. Ce récit mouvant part donc dans tous les sens, bifurquant même vers un petit essai critique sur les mérites de Tourgueniev, Dostoïevski et Tolstoï. En fait Hamsun exploite les qualités qu'il prête au peuple russe: ? spontanéité ?, ? faculté de déraillement ?, ? aptitude à l'absurde ?...C'est drôle, alerte, vif, écrit au présent. Ce livre déroutant fait miroiter tous les talents, toute la verve d'un grand écrivain.
Après avoir raconté, dans le premier tome de ses Mémoires, son enfance dans le Maroc d'avant-guerre et son arrivée en France en 1945, Driss Chraïbi reprend le fil de son récit autobiographique. Au début des années 50, il découvre une autre planète, l'Alsace, et s'y installe avec sa femme dans une sorte d'ermitage amoureux voué à l'écriture. Puis ses premiers succès d'écrivain le ramènent à Paris et la communauté maghrébine trouve en lui l'une de ses premières voix dans le milieu littéraire. Défilent ensuite les années France Culture, les années canadiennes, les années à l'Ile d'Yeu, les amis et les rencontres (François Mitterrand, Lucien Bodard...), les paysages, les livres et les femmes de sa vie.
Oui, j'y avais repensé. Qu'est-ce qu'il s'imaginait. Je n'avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d'une ville, d'un premier amour, la forme d'un porte-conteneurs." Le corps d'un homme est retrouvé au pied de la digue Nord du Havre, avec, dans sa poche, griffonné sur un ticket de cinéma, un numéro de téléphone, celui de la narratrice. Convoquée par la police, elle prend le train pour Le Havre, ville de son enfance, de sa jeunesse, qu'elle a quittée il y a longtemps. Durant ce jour de retour, cherchant à comprendre ce qui la lie à ce mort dont elle ignore tout, elle va exhumer ses souvenirs mais aussi la mémoire de cette ville traumatisée par la guerre, ce qui a disparu, ce qui a survécu, et raviver les vestiges d'un amour adolescent.
Dans l'East Texas profond de la Grande Dépression, la pauvreté règne et dévaste la région comme une tornade. Le jeune Harry Crane découvre le corps mutilé d'une femme noire sur le bord de la rivière Sabine. Il est convaincu que le meurtre est l'oeuvre de l'Homme-chèvre, un monstre de légende. Le nombre de victimes s'alourdit, un homme est lynché et le père de Harry, l'homme de loi local, enquête.
Brontë Emily ; Bellour Raymond ; Lacretelle Jacque
Emily Brontë possède donc le plus singulier des pouvoirs : celui de sa dépendance à l'égard des faits. Avec quelques touches, elle sait évoquer l'âme d'un visage et rendre le corps superflu ; en parlant de la lande, elle fait souffler le vent et gronder le tonnerre. Virginia Woolf. Quand, parmi tous les arbres, je cherche celui dont la forme s'harmonise le mieux avec le cadre du roman tragique d'Emily Brontë, c'est l'image d'un vieux robinier tortueux qui me vient à l'esprit, d'un vieux robinier tordu par le vent qui souffle toujours dans la même direction ; l'écorce est noire, le tronc est creux et, dans ce creux, la pluie a formé une petite flaque où baignent quelques feuilles mortes. John Cowper Powys