L'objectif de cette étude est de répondre à deux questions pourquoi la transmission de la mémoire de l'immigration postcoloniale a tant de mal à s'effectuer ? Quels sont les obstacles à cette transmission ? La perspective théorique choisie est en rupture avec une sociologie de l'immigration dont le concept central reste la notion d'intégration. Cette étude analyse les différents rapports au passé qu'entretiennent les héritiers et héritières de l'immigration postcoloniale, dans le cadre d'un rapport de domination hérité des structures sociales et des représentations construites pendant l'apogée de l'empire colonial français : l'injonction à l'intégration. La mémoire, comme l'histoire, est une somme de rapports de force qui travaillent la société française actuelle. A travers des entretiens réalisés auprès de lycéens des Minguettes à Vénissieux (Rhône), une plongée dans l'intimité des relations familiales permet de saisir les effets de l'injonction à l'intégration : l'ambivalence des héritages de l'immigration, et les ruptures familiales et spatiales. Ce sont ces conséquences qui permettent de comprendre la difficile transmission de la mémoire de l'immigration postcoloniale. " Ce petit livre nous interpelle, vous interpelle. "Français, encore un effort avant d'être républicains" (...). Cet effort, en ce début du XXIe siècle, consiste à abattre les bastilles économiques, sociales, idéologiques et culturelles qui empêchent encore les Français issus de la colonisation de devenir pleinement nos égaux. Le temps presse ". Dominique Vidal
Trente ans après, que reste-il de la Marche pour l égalité et contre le racisme de l automne 1983? Initiée par des jeunes du quartier des Minguettes à Vénissieux et des militants antiracistes de la Cimade à la suite des rébellions urbaines de la banlieue lyonnaise, cette mobilisation sans précédent est un événement à la fois mythique et méconnu. Mythique parce qu il symbolise l apparition dans l espace public des enfants d immigrés post-coloniaux. La Marche représente une sorte de « Mai 68 » des jeunes immigrés qui prennent la parole et formulent des revendications contre les crimes racistes, pour l égalité devant la justice et la police, le droit au travail, le droit au logement, l accès à la culture, etc. Paradoxalement, la Marche est aussi méconnue. Ce livre a pour objectif d éclairer certaines zones d ombre grâce à un travail scientifique fondé sur une démarche empirique. L analyse de cet événement est une porte d entrée idéale pour éclairer les relations sociales entre groupe national majoritaire et groupes minoritaires, au travers d enjeux cruciaux pour la société tout entière: légitimité de la présence des immigrés sur le territoire, reconnaissance des déviances policières violentes, recrudescence des crimes racistes, passage de la rébellion violente à l action collective non-violente, politisation des jeunes de cité, question post-coloniale, construction du « problème musulman », etc. L histoire de la Marche constitue un puissant révélateur de ces enjeux politiques toujours d actualité.
Résumé : Les frontières des Etats-nations se traduisent parla séparation entre les nationaux et les étrangers. La procédure de naturalisation permet aux étrangers d'appartenir à la "communauté nationale", mais cela passe parla démonstration de leur assimilabilité. La notion d'assimilation constitue en effet la matrice du droit de la nationalité, et le "défaut d'assimilation" est un des principaux motifs de refus de naturalisation des candidats à la nationalité française. Promue sous l'Empire colonial, cette notion polysémique permet à la communauté nationale de maintenir la distinction entre les Français blancs de métropole et les Autres. Si l'on met de côté la connaissance de la langue, les principales motivations avancées pour caractériser ces défauts d'assimilation touchent aux questions du hijab, de la polygamie et de l'"islamisme". Grâce une enquête ethnographique minutieuse en préfecture, Abdellali Hajjat met n lumière l'invention de ces critères et les usages administratifs qui en sont faits. Il réalise ainsi une socio-histoire des usages juridiques et administratifs de l'assimilation et trace la généalogie de la frontière nationale, qui peut se confondre avec une frontière raciale.
Résumé : La revue Sociologie est une revue généraliste qui a pour objectif principal de publier des articles scientifiques originaux. Comme son intitulé l'indique, il s'agit d'une revue de sociologie (et non de sciences sociales), mais ouverte sur ses frontières avec les autres disciplines qui viendraient discuter ses concepts et ses objets. Sociologie ne se revendique d'aucune école théorique ou méthodologique. Elle privilégiera une approche pluraliste de la discipline sous la seule condition du respect des règles d'administration de la preuve. Son intitulé, volontairement au singulier, témoigne de cet attachement à l'unité de la discipline. Ce numéro proposera des articles variés répartis en plusieurs rubriques : Enquêtes : articles originaux de recherche reposant sur l'analyse de matériaux empiriques. Théories et méthodes : articles originaux de recherche portant sur des enjeux théoriques et méthodologiques, y compris dans une perspective historique. Bilan critique : état des lieux national ou international sur un objet d'étude. Débats : regards croisés sur une question sociologique, ou intéressant la communauté sociologique.
Résumé : Alors que l'hostilité à l'encontre des musulmans se traduit quotidiennement par des discours stigmatisants, des pratiques discriminatoires et des agressions physiques, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed font ici oeuvre salutaire : ils expliquent comment l'islam a peu à peu été construit comme un " problème " et comment l'islamophobie est devenue l'arme favorite d'un racisme qui ne dit pas son nom. Faisant le point sur les débats autour du concept d'islamophobie, ce livre offre une description rigoureuse des discours et actes islamophobes, en les inscrivant dans l'histoire longue du racisme colonial et dans leur articulation avec l'antisémitisme. En insistant sur l'importance des stratégies des acteurs, les auteurs décortiquent le processus d'altérisation des " musulmans " qui, expliquant la réalité sociale par le facteur religieux, se diffuse dans les médias et ailleurs. Ils analysent en ? n la réception du discours islamophobe par les musulmans et les formes de contestation de l'islamophobie par l'action collective et la mobilisation du droit antidiscrimination.
Comme à son habitude, Marie est la première à se proposer pour venir faire les courses avec moi, deux autres jeunes du groupe nous accompagnent. C'est un soir du mois de novembre, il fait froid, nous parlons du temps, va-t-il neiger ou non? L'ambiance est détendue, je raconte une anecdote personnelle Marie, assise à côté de moi se tourne brusquement et me lance froidement "On n'en a rien à faire de ta vie!" Sur le coup je me tais, je ne comprends pas l'agressivité de ses paroles, je passe à autre chose mais au fond de moi je suis blessée. Que s'est-il passé? Pourquoi de telles attitudes, la sienne, la mienne? Pour quelles raisons cela me touche-t-il autant?.
Cet ouvrage aborde un sujet crucial pour les économies modernes à une époque où les échanges commerciaux internationaux se multiplient et où les frontières économiques deviennent de plus en plus pénétrables. Le texte met en lumière les enjeux complexes de la régularisation du commerce mondial, tout en proposant des pistes de réflexion pour adapter les pratiques douanières à ces nouvelles réalités. La réflexion de l'auteur est profonde et bien documentée, tant dans les recherches que dans les analyses. Le lecteur y est amené à réfléchir aux nouvelles stratégies à mettre en place et à comprendre les spécificités du caractère douanier.
La pensée de Dostoïevski a joué un rôle essentiel de charnière entre la philosophie rationaliste héritée de Descartes et les développements de la philosophie au XXe siècle. Elle part d'une réflexion critique sur le cogito cartésien, dans Crime et châtiment ; puis elle pose, dans L'Idiot, la question de l'être, d'une manière qui a profondément influencé la conception de l'ontologie de Heidegger - cette étude est historiquement la première qui démontre cette influence ; et enfin, dans Les Frères Karamazov, Dostoïevski développe la notion de "visage" , qui nourrira toute l'ontologie de Levinas.
L'histoire se raconte souvent au rythme des batailles. Pourtant, une autre trame la traverse : celle de la médiation, art de dépasser le conflit sans violence, pour préserver la cohésion du groupe. Des premiers rituels collectifs aux dispositifs contemporains, elle apparaît comme une fonction vitale : transformer l'affrontement en parole, organiser l'écoute, restaurer l'équilibre, éviter l'escalade. Une question anthropologique et politique est posée dans laquelle deux logiques s'opposent et se complètent : la contrainte (avec les lois, les sanctions, les institutions) qui protège mais peut aussi opprimer, et l'autonomie (avec la maîtrise de soi, la responsabilité) qui libère mais peut vaciller face aux passions. La médiation ouvre un espace intermédiaire : un tiers accompagne, les parties restent actrices, et la solution devient une justice partagée plutôt que subie. En cinq parties, ce livre suit la médiation à travers les sociétés premières, l'Antiquité, les mondes religieux, la modernité juridique et politique, puis dessine les enjeux actuels. Un fil rouge relie ces parties : comment apprendre à vivre ensemble en transformant la contrainte en responsabilité et la liberté en dialogue.